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Entretien avec l’ambassadeur de l’Egypte au Maroc, Achraf Ibrahim

L’Egypte soutient la proposition marocaine d’autonomie pour régler la question du Sahara




Entretien avec l’ambassadeur de l’Egypte au Maroc, Achraf Ibrahim
Libé : Comment évaluez-vous les relations actuelles entre le Maroc et l’Egypte surtout  qu’il y aurait eu des questions qui ont un peu envenimé ces relations ?
Achraf Ibrahim : Les relations entre les deux pays sont au beau fixe. Je crois qu’elles sont à un niveau très haut et je ne sais pas à quelle détérioration vous faites allusion.

A titre d’exemple, certains médias avaient relayé que l’Egypte se serait opposée au retour du Maroc à l’Union africaine…
J’ai déjà expliqué cette question. J’affirme que c’est absolument faux. L’Egypte a toujours considéré que le Maroc devrait reprendre sa place naturelle à l’Union africaine et moi-même j’étais présent à Kigali, parce que le retour du Maroc a été décidé à ce sommet au mois de juillet 2016,  mais ce retour a été reporté à cause de quelques problèmes qui ont été créés par d’autres pays. En fait, l’Egypte a consenti un grand effort pour pousser les autres pays à accepter le retour du Maroc. Au sommet de l’UA à Addis-Abeba en janvier 2017, notre pays a joué un rôle essentiel à tous les niveaux pour faciliter ce retour. Je réitère donc que notre pays ne s’est jamais opposé à cette réintégration et qu’il n’y a aucune raison de s’opposer à telle décision.
Je voudrais souligner que les deux peuples sont frères et sont très liés par l’histoire et la culture. Ne laissez donc pas quelques-uns envenimer les relations entre les deux parties.  
En ce qui concerne le dossier du Sahara,   l’Egypte par le biais de son ministre des Affaires étrangères en 2015 avait affirmé qu’elle respecte l’intégrité territoriale du Maroc. Nous soutenons la proposition d’autonomie proposée par le Souverain pour régler ce problème. D’aucuns prétendent que l’Egypte soutient le Polisario, c’est absolument faux. Notre position est fort claire sur la question.

La haute Commission maroco-égyptienne ne s’est pas réunie depuis des années. Selon vous, quelles en sont les raisons ?
La tenue de cette Commission dépend de l’agenda du Souverain du Maroc et du président de la République égyptienne. Cette Commission a tenu sa dernière réunion  en 2006. Depuis cette date jusqu’à 2011, le président de la République, à l’époque Houssni Moubark, n’avait pas beaucoup de déplacements à l’étranger pour des raisons de santé essentiellement, et de 2011 à 2014 l’Egypte traversait une période d’instabilité. Les dirigeants se penchent sur la situation interne en vue de stabiliser notre pays économiquement et politiquement. Mais, la situation maintenant s’est beaucoup améliorée. Depuis 2014 jusqu’à aujourd’hui, on a eu beaucoup de concertations et de  consultations entre les autorités des deux pays pour réactiver la réunion de la haute Commission mixte. Le Souverain devait se rendre en Egypte en 2016, mais cette visite a été reportée, et aujourd’hui on essaye de fixer une date pour la visite de S.M le Roi au Caire en vue de célébrer cette haute Commission mixte. Nous considérons que sa tenue est extrêmement importante, parce que beaucoup de dossiers doivent être résolus au niveau de cette commission. Qui plus est, la célébration de cette commission permettra également de renforcer les  relations entre les deux pays.

On remarque qu’il y a un paradoxe : d’une part, les relations historiques et culturelles entre les deux pays sont fortes, mais d’autre part on constate que les relations économiques et les échanges commerciaux ne sont pas au même niveau. Comment expliquez-vous ce paradoxe ? Et par quels moyens doit-on renforcer les relations économiques entre Rabat et Le Caire ?
Tout d’abord, les relations entre les deux pays sont des relations ancestrales, elles remontent à des siècles. Vous savez qu’une grande partie des Egyptiens sont d’origine marocaine, car, dans le passé, des Marocains accomplissaient le pèlerinage et de retour de La Mecque, beaucoup d’entre eux s’installaient définitivement en Egypte.
Quant aux échanges culturels entre le Maroc et l’Egypte, elles remontent également à des siècles. On pratique la même religion, voire presque les mêmes rites. L’on sait que notre pays a connu une renaissance culturelle aux XIXème et XXème siècles. Et je crois qu’il y a de forts liens culturels entre les deux pays.
Sur le plan économique et commercial, ce n’est pas d’un niveau souhaitable, mais je vous assure qu’on est arrivé à un  bon niveau même. En effet, les échanges commerciaux entre le Maroc et l’Egypte avoisinent les 600 millions d’euros, ce qui n’est pas mal. Et je crois qu’il faut intensifier les échanges commerciaux, mais vous savez nos deux pays sont en développement : on importe et exporte les mêmes produits. C’est là qu’il faut chercher à augmenter les échanges. Je suis convaincu qu’il y a des possibilités d’atteindre cet objectif. Cela nécessite, bien entendu, d’étudier la situation. L’on sait que l’Egypte se dirige vers l’Italie, le Moyen-Orient et le Golfe, alors que le Maroc est fortement lié à l’Europe (Espagne, France…). Personnellement, je crois qu’il faut changer cette donne et renforcer les échanges entre les deux pays.

Comment peut-on renforcer ces échanges ?
Je pense qu’il y a des complémentarités entre le Maroc et l’Egypte. Aujourd’hui, le Maroc produit des voitures (Renault, Peugeot…).

Effectivement, dans le passé, on relevait des problèmes d’exportation des voitures produites au Maroc à l’Egypte.
Je le sais parfaitement, car j’ai travaillé sur ce dossier. Il a été résolu en 2006 par le président de la République, Housni Moubarak et le Souverain du Maroc. Et ce problème s’est posé une nouvelle fois. C’est une question purement technique (NDLR les autorités égyptiennes soulèvent un «non-respect» par ces marchandises des règles de cumul de l’origine inclus dans le cadre de l’Accord d’Agadir qui regroupe le Maroc, l’Egypte, la Tunisie et la Jordanie.). Cette question a été soulevée lors de la visite de notre ministre de Commerce et de l’Industrie au mois d’octobre dernier. Il y a donc des discussions entre les deux parties pour résoudre cette problématique. Je suis convaincu que cette question sera bientôt résolue. D’ailleurs, jusqu’au 2015, il y avait des voitures qui entraient en Egypte sans payer de douanes. Mais ce que je veux dire, si le Maroc produit des voitures, il y a en Egypte la production de pièces qui rentrent dans l’industrie de l’automobile. Je crois qu’il y a complémentarité dans ce domaine entre les deux pays. L’Egypte peut exporter ces pièces au Maroc et celui-ci exporte les voitures. Dans d’autres domaines économiques, on peut trouver des complémentarités entre les deux pays.
Par ailleurs, il y a beaucoup d’investissements égyptiens au Maroc dans le domaine du tourisme, de l’hôtellerie. Et récemment, un ami,   investisseur dans le domaine de la pâtisserie, m’a appelé pour me dire qu’il allait s’installer au Maroc. Il y a également des investisseurs marocains en Egypte.

Quels sont les obstacles auxquels se heurtent les investisseurs égyptiens au Maroc ?
Je ne crois pas qu’il y ait de gros problèmes. On a de grands investisseurs ici au Maroc. Les seuls problèmes auxquels ils font face concernent  les démarches administratives. Mais je crois qu’au Maroc les choses ont nettement évolué. De même en Egypte, parce qu’on a adopté récemment la nouvelle loi d’investissement qui de toute évidence facilitera les choses pour les investisseurs marocains.

Le Maroc et l’Egypte mènent depuis des années une lutte acharnée contre le terrorisme. Quelle évaluation  faites-vous de la coopération entre les deux pays dans le domaine sécuritaire ?
Personnellement, je ne connais pas les détails de la coopération sécuritaire entre le Maroc et l’Egypte. Cette coopération se fait à un autre niveau qui ne relève pas des missions des politiques et des diplomates. Mais ce que je sais, c’est qu’il y a une étroite coopération entre Rabat et Le Caire dans ce domaine, car l’intérêt des deux pays l’exige. Notre pays a souffert des attentats terroristes et le Maroc aussi. En matière de lutte contre le terrorisme, les autorités marocaines ont fait leurs preuves en surveillant de près tous les réseaux terroristes. Le Maroc joue donc un rôle central dans ce domaine.

Votre pays n’envisage-t-il pas de supprimer les visas d’entrée des Marocains en Egypte ?
Annuler les visas d’entrée c’est extrêmement difficile.

Pour des raisons sécuritaires ?
Effectivement. Mais vous savez qu’obtenir un visa d’entrée dans notre pays n’est pas si difficile. Un Marocain qui désire se rendre en Egypte peut présenter sa demande au consulat. Et au cours d’une période ne dépassant pas 15 jours, il peut obtenir son visa. Je l’ai dit et je le répète, demander un visa pour visiter l’Egypte ne pose aucun problème et 99 % des demandeurs de visa l’obtiennent facilement.


Propos recueillis par Mourad Tabet
Vendredi 9 Février 2018

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