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El Mehdi Ferrouhi, enseignant-chercheur à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Kénitra

Les transferts des MRE se sont maintenus malgré la crise sanitaire


Les volumes des transferts d’argent effectués par les MRE vers le Royaume se sont maintenus à des niveaux importants en pleine crise du Covid-19. Cette évolution, pour le moins imprévisible, défie la logique et les calculs de probabilité. Les envois des MRE dépendent de deux principaux facteurs structurels, à savoir la croissance économique mondiale et l’évolution de la population des MRE. Or dans ce cas de figure, ces deux facteurs ne peuvent expliquer la résistance des transferts de la diaspora marocaine face à la crise.
Ci-dessous, le décryptage d’El Mehdi Ferrouhi, enseignant-chercheur à la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Kénitra, Université IbnTofail



Les transferts des MRE ont enregistré une baisse significative entre mars et mai avant de reprendre à partir du mois de juin. Comment expliquez-vous cette évolution ?
L’augmentation des cas positifs et des décès dus au Covid-19 ont poussé les gouvernements de par le monde à prendre plusieurs mesures pour limiter la contagion, tels que la fermeture des espaces de travail y compris les bureaux de transfert d’argent, ce qui explique la chute des transferts des MRE durant les mois de mars, avril et mai. A cela s’ajoutent les pertes d’emplois causées par la pandémie. Les prévisions de Bank Al-Maghrib en juin prévoyaient une baisse des transferts des MRE de 20% en 2020. Cependant, nous avons assisté à une progression des transferts en juin de 21,2% et de 14,2% en juillet. Plusieurs raisons expliquent cette reprise. Tout d’abord, nous pouvons citer l’allégement des mesures restrictives et la réouverture des bureaux de transfert d’argent dès mai, ce qui explique la reprise à partir de juin. Ensuite, la solidarité qui caractérise les MRE vis-à-vis de leurs proches et de leur pays.

En effet, les MRE qui rentrent chaque été au Royaume pour passer leurs vacances n’ont pas pu le faire cette année à cause des restrictions relatives au transport à l’international. Les MRE ont dû alors transférer cet argent qu’ils apportent chaque année à leurs familles. Ces fonds, qui n’étaient jamais comptabilisés comme transferts, vu qu’ils sont apportés en espèce ou sous forme de cadeaux, le sont maintenant parce qu’ils sont effectués via les bureaux de transfert d’argent. Sans oublier les transferts des pensions des retraités au Maroc. A fin août, les transferts des MRE n’ont enregistré qu’une baisse de 2,3% par rapport à 2019 et une augmentation de 0,5% par rapport à 2016.

Tous ces éléments expliquent les dernières prévisions de Bank Al-Maghrib qui s’attend à ce que les transferts des MRE n’accusent, malgré la crise sanitaire du Covid-19, qu’une légère baisse en 2020, soit 5%, avant de s’améliorer de 2,4% l’année prochaine. A toutes ces raisons que je viens de citer, je peux dire que les informations prometteuses quant à la découverte du vaccin contre le Covid-19 d’ici la fin de l’année ou au plus tard début 2021, font que les prévisions de la banque centrale soient optimistes.

Le Maroc compte parmi les pays qui bénéficient le plus des transferts des migrants. Quelles sont les raisons de cette performance ?
Les principales raisons qui expliquent pourquoi le Maroc compte parmi les pays qui bénéficient le plus des transferts des migrants sont le patriotisme de nos compatriotes résidant à l’étranger et leur attachement à leur pays d’origine, le sentiment de devoir soutenir leurs familles et proches. Ceci explique que même en temps de crise et juste après l’allégement des restrictions relatives à la fermeture des espaces de travail (bureaux de transfert d’argent et banques, principalement en Europe), les transferts des MRE ont repris. A ces raisons, s’ajoutent la qualification et la qualité de la maind’œuvre marocaine qui travaille à l’étranger.

Les transferts des MRE sont considérés comme des flux financiers moins volatiles par rapport aux IDE. Pourquoi ?
En temps normal, les IDE sont déterminés, entre autres, par le degré d’ouverture des marchés, le niveau de qualification de la main-d’œuvre et sa qualité, la qualité des infrastructures, la taille du marché ainsi que la proximité géographique. En temps de crise, et avec le manque de visibilité qui caractérise les marchés, les investisseurs attendent qu’ils aient plus de visibilité, ce qui explique la chute des IDE. Cependant, nous pouvons dire que les transferts des MRE échappent à toute théorie. Ainsi, aussi bien en temps normal qu’en temps de crise, les MRE continuent de transférer des fonds vers le Maroc. Ceci est expliqué par l’esprit de solidarité qui caractérise les MRE et le caractère familial et social de ces transferts.

Libé
Jeudi 8 Octobre 2020

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1.Posté par berroug le 10/10/2020 10:17
Bonjour
En réponse à la première question il faut rajouter deux raisons solides qui ont encouragé les marocains à faire des transferts vers le Maroc.
La première est que le taux de change (en relation avec l'évolution du Dollar) est très bénéfique aux marocains qui veulent faire des envois. Avant la pandémie l'Euro s'échangeait à 10,43 DH alors que des le début de Mars il est passé à 10.85 voire 10,95 DH.
La deuxième raison a également encouragé les marocains a faire des transferts vers le Maroc. Ce sont les frais d'envoi qui ont fortement baissé (probablement grâce à un accord entre les autorités financières marocaines et les opérateurs). A titre d'exemple les frais d'envois de 1000 Euros sont passée en France de 33 Euros à 15 Euros. Pour 5000 Euros, de 57,50 euros à 15 Euros également.

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