Dr Moulay Said Afif : Quand il y a un vaccin contre une maladie, il ne faut pas s’en priver


Libé
Vendredi 5 Avril 2024

L’importance de la vaccination comme moyen de prévention réside dans la protection des individus contre les maladies infectieuses et la contribution à la santé publique. La couverture vaccinale est indispensable pour garantir l’immunité collective.
En dépit des défis vécus à cet égard, le Maroc a fait des progrès dans sa campagne de vaccination, démontrant son engagement envers la santé publique.
Mettre en évidence le système de santé marocain est l’objectif de cet entretien avec le Docteur Moulay Said Afif, pédiatre et spécialiste de la vaccination.


Libé : Vous êtes président d'INFO-VAC, pourriez-vous nous en parler ?

Dr Moulay Said Afif : C’est un réseau d’experts dans le domaine des maladies infectieuses et des vaccinations. Il consiste à fournir aux professionnels de la santé des informations sur la vaccination et la disponibilité des vaccins au Maroc.
Cette plateforme est considérée comme un moyen efficace pour les Marocains de rester informés et de prendre des décisions idoines concernant leur santé.

Ces derniers temps, on a constaté la hausse des cas de rougeole, comment expliquez-vous cela ? Quelle est la situation sanitaire aujourd'hui au Maroc à cet égard ?

La flambée des cas de rougeole a été enregistrée dans la région de Souss-Massa, cela est dû à une couverture vaccinale non satisfaisante. En fait, pendant le Covid, la vaccination contre la rougeole a été malheureusement interrompue. Par conséquent, beaucoup d’enfants n’en ont pas bénéficié ou bien ne l’ont pas complétée. Face à cette situation, le ministère de la Santé et de la Protection sociale a lancé une campagne nationale étendue pour renforcer la vaccination contre la rougeole.
J’aimerais rappeler que le calendrier vaccinal de cette maladie contagieuse est aux 9e et 18e mois et le vaccin en question peut se faire dans les centres publics de santé comme dans ceux privés.
En outre, nous avons constaté la montée des cas d’oreillons, une maladie virale. La majorité des enfants atteints n’étaient pas vaccinés contre cette infection. D’ailleurs, le vaccin anti-ourlien ne peut être réalisé que dans le secteur privé, contrairement aux centres publics car il n’est pas inclus dans le calendrier vaccinal.

A quel point la campagne nationale étendue que vous avez citée est importante ?

A chaque fois qu’il y a un vaccin qui peut protéger contre une maladie grave, il ne faut pas s’en priver parce qu’il est le seul moyen de prévention.
Cette initiative est très importante et bénéfique dans les provinces de Souss-Massa dans un premier temps. Le ministère encourage toutes les familles concernées à se rendre aux centres de santé pour faire bénéficier leurs enfants des deux doses requises de vaccin.
Le but de cette campagne est de contenir les maladies épidémiologiques et de protéger la santé publique.

Quel est le rôle des sociétés savantes dans la promotion de la santé, notamment le côté préventif ?

Elles jouent un rôle vital dans la promotion de la santé, notamment le côté préventif. Nous, les pédiatres, quand on reçoit un bébé, nous utilisons le premier vaccin BCG contre la tuberculose en fournissant des  explications claires à la maman. On rappelle les vaccins qui existent au niveau du ministère de la Santé ainsi que ceux qui n’y existent pas mais sont importants à l’instar des oreillons entraînant des complications qui peuvent être graves comme la stérilité, la méningite, la pancréatite, etc. De plus, on met en lumière d’autres vaccins essentiels tels que le vaccin contre la méningite.
On lance également des campagnes de sensibilisation à travers des fiches qu’on distribue chez tous les pédiatres privés. Bref, nous faisons un travail complémentaire à côté de  ce que fait le ministère de la Santé, notamment la Direction de la population.

Quels sont les apports du grand chantier Royal de la réforme du système de santé ?

On a commencé ce projet Royal par la couverture médicale universelle. Elle était hier un rêve, et elle est devenue aujourd'hui une réalité.
Pour pouvoir réussir ce projet, il fallait faire une refonte du système de santé. Sa Majesté le Roi Mohammed VI a donné ses Hautes instructions pour la mise en œuvre de la loi 06-22 relative au système national de santé. Le pilier central de cette loi est la valorisation morale et financière des ressources humaines.
Le deuxième pilier est la création de la Haute Autorité de santé qui englobera l’Agence nationale de l’assurance maladie, une fois créée.
Par ailleurs, dans ce chantier il y a aussi l’Agence nationale des médicaments. Nous sommes actuellement à 65% d’autonomie et nous voulons parvenir à 80%. Le dernier pilier est la création de l’Agence de sang qui vise à assurer une meilleure gouvernance de la problématique du sang.

Quel rôle peuvent jouer les partenariats public-privé dans l’amélioration de la santé au Maroc ?

Il faut savoir que pendant le Covid, nous avons travaillé tous ensemble la main dans la main, à savoir le secteur universitaire, public, privé et militaire. Le principe de la complémentarité est un concept fondamental à cet égard pour prodiguer les meilleurs soins au citoyen marocain.

Propos recueillis par
Samira Lagsir, journaliste stagiaire 


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