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Dr. Imane Oukheir, pédopsychiatre et psychothérapeute

En l’absence d’un travail de réparation psychologique, un enfant qui a grandi dans un climat de violence conjugale peut devenir agressif et violent à l’âge adulte


Dr. Imane Oukheir, pédopsychiatre et psychothérapeute
Libé : L’âge de l’enfant compte-t-il dans l’appréhension des violences conjugales ?
Dr. Imane Oukheir
: L’enfant à venir commence déjà à ressentir son environnement même en étant fœtus. Il arrive à détecter le degré de stress de sa maman à travers le niveau d’adrénaline et de cortisone, les indicateurs biologiques du stress chez l’être humain. Donc, une maman victime de violence conjugale risque de conditionner son enfant à avoir un tempérament violent. Ensuite, il faut savoir qu’une fois bébé, la première peur qui est développée est celle des bruits forts. Notamment les bruits et les cris violents qui caractérisent les violences conjugales. Plus l’enfant grandit, plus il acquiert des compétences cognitives qui lui indiquent que les violences conjugales sont une situation anormale.

Quel est le rôle de la relation parents-enfants dans l’impact de la violence conjugale sur ces derniers ?
Une relation parent enfant sécurisante peut certainement en atténuer l’impact. Mais il ne faut pas oublier que l’impact des violences conjugales sur le parent aura inévitablement des répercussions sur sa relation avec son enfant. Ce dernier développe un sentiment d’insécurité en présence d’un parent victime de violences conjugales et incapable de se défendre.

Est-il possible qu’un enfant dans cette situation soit touché par le syndrome de Stockholm ?
Oui. C’est un mécanisme d’adaptation pathologique face à une violence chronique. Donc, faute de moyen de protection, l’enfant finira par se dissocier. Il continuera de refouler une partie de son psychisme souffrant, mais, en parallèle, il pourra cautionner cette violence, en y voyant un moyen de communication, et même un signe d’affection et d’attention.

Quand un enfant a pour figures d’attachement des parents non sécurisants, comment vit-il cette situation?
De différentes manières. En sollicitant parfois l’attention de ses parents, de peur d’être rejeté. Ou à l’inverse s’en détacher pour se protéger de toute déception. Il peut aussi avoir des réactions discordantes à l’image de sa relation avec ses parents. Avec le risque de préserver ce mode relationnel à l’âge adulte.

Un enfant qui vit de telles expériences dans une atmosphère aussi délétère, peut-il reproduire le même schéma relationnel à l’avenir ?
En l’absence d’un travail de réparation psychologique à travers un accompagnement et des actions sur son environnement, un enfant qui a grandi dans un climat de violence conjugale évoluera très probablement à l’âge adulte vers une personne agressive et violente. Il peut aussi devenir une personne qui acceptera d’être maltraitée et reproduira la posture de victime. Il y en a aussi certains qui auront beaucoup de mal à accepter l’idée de fonder leur propre famille.

Les mécanismes d’auto-protection activés par les enfants, comme le processus d’intériorisation, ne mettent-ils pas en danger leur développement affectif, intellectuel et social ?
Le mal-être sera exprimé différemment. Par plaintes somatiques ou des troubles affectifs, à travers la dépression également ou l’anxiété ainsi que les troubles d’estime de soi et les troubles d’ordre intellectuel. Ces derniers peuvent être causés directement par la violence et sont associés à un fonctionnement social et familial délétère. Enfin, le mal-être peut aussi se traduire par des troubles relationnels et sociaux qui sont secondaires aux troubles de comportement.

Peut-on être violent tout en étant un bon parent ?
Quand on expose son enfant à un environnement délétère et handicapant pour son développement psycho affectif et intellectuel, on peut difficilement prétendre être un bon parent. Pour cela, il faut certainement revoir ses stratégies de résolution concernant les problèmes de couple et trouver des alternatives plus saines.

En plus des atteintes psychologiques chez l’enfant, pourrait-il y avoir des conséquences à d’autres niveaux?
Un enfant peut exprimer son mal être à travers son corps, par des troubles de sommeil, de l’asthme, de l’exéma ou des vomissements. On peut aussi constater des régressions au niveau du langage et de certaines acquisitions comme l’autonomie. Il peut y avoir des répercussions intellectuelles. Cela peut résulter directement de la violence ou bien de l’association de plusieurs éléments pathologiques comme le désinvestissement scolaire. Et finalement, un enfant qui a grandi dans une ambiance de violence pourrait développer à l’âge adulte des troubles de comportement qui vont avoir un effet négatif sur ses capacités d’intégration professionnelle.

Propos recueillis par C.C

Libé
Dimanche 6 Décembre 2020

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