Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Conforté dans son droit, le Maroc récupère Sa Coupe

Le pourquoi d’un verdict qui fera date

Jeudi 19 Mars 2026

Libre au Sénégal d’interjeter appel auprès du TAS

L’entraîneur sénégalais en flagrant délit et délire
L’entraîneur sénégalais en flagrant délit et délire
Il y a des moments où le droit rattrape l'histoire. Le 17 mars 2026 restera, pour le football marocain et africain, l'un de ces instants rares où la règle du jeu reprend ses droits sur la confusion des hommes. Le Jury d'Appel de la Confédération africaine de football, réuni au Caire sous la présidence de la juriste nigériane Roli Daibo Harriman, a prononcé une décision sans précédent dans les annales de la compétition continentale : le Sénégal est déclaré forfait lors de la finale de la Total Energies CAN Maroc 2025, et le résultat est homologué sur le score de trois buts à zéro en faveur du Maroc. Les Lions de l'Atlas sont, officiellement et irréfutablement, champions d'Afrique.

Ce verdict met un terme à près de deux mois d'une séquence troublante, faite de silences institutionnels, d'indignations populaires et de batailles juridiques menées avec une détermination sans faille par la Fédération Royale marocaine de football. Il clôt un chapitre douloureux, celui d'une finale entachée par des événements que le football africain n'avait jamais connus à ce niveau de gravité, et il en ouvre un autre, porteur d'espoir pour l'intégrité des compétitions continentales.
 
Une finale qui avait basculé dans l'inacceptable
 
Pour comprendre la portée de cette décision, il faut replonger dans les événements du 18 janvier 2026, au Complexe Sportif Moulay Abdellah de Rabat. Ce soir-là, le Maroc et le Sénégal se disputaient le titre suprême du football africain devant les yeux du monde entier. La scène était digne des plus grandes finales : une atmosphère électrique, deux nations passionnées, un football de haute intensité. Puis, dans les dernières minutes, après l'intervention du VAR accordant un penalty aux Lions de l'Atlas, quelque chose d'impensable se produisit.

Sur instruction de leur sélectionneur Pape Thiaw, les joueurs sénégalais quittèrent la pelouse. Pendant seize longues minutes, le stade devint le théâtre d'un chaos sans précédent. Dans les tribunes, des supporters tentèrent d'envahir le terrain, des stadiers furent pris à partie, des équipements endommagés. La vitrine que le Maroc avait bâtie avec une organisation saluée universellement vacillait sous les coups d'un comportement que rien, dans le football, ne pouvait justifier ni excuser.

Le retrait délibéré d'une équipe de la pelouse n'est pas un geste d'humeur. Ce n'est pas une protestation ordinaire. C'est, dans la hiérarchie des fautes sportives, l'acte le plus grave qui soit : une suspension de l'ordre du jeu, une prise en otage de l'adversaire, une rébellion contre l'autorité arbitrale. Les articles 82 et 84 du Règlement de la Coupe d'Afrique des Nations ont été précisément conçus pour sanctionner cela, sans ambiguïté, sans espace d'interprétation politique.
 
La première décision : un renoncement institutionnel
 
Dans les semaines qui suivirent, le Jury disciplinaire de la CAF rendit une première série de sanctions. Des amendes furent prononcées. Des suspensions furent décidées. Mais l'essentiel manquait. La qualification juridique de l'acte central — le retrait non autorisé des joueurs sénégalais — était absente. Pire encore, le sélectionneur Pape Thiaw, artisan direct de cet abandon de la pelouse, écopa d'une sanction financière identique à celle infligée au milieu de terrain marocain Ismaël Saibari pour un jet de serviette. Un parallélisme absurde, révélateur d'une institution incapable d'établir une hiérarchie cohérente des fautes.

Ce verdict de première instance fut perçu, à juste titre, comme une capitulation. Il n'avait pas seulement failli à rendre justice au Maroc. Il avait créé un précédent terrifiant : celui selon lequel une équipe peut, impunément ou presque, interrompre une finale continentale, puis reprendre le jeu comme si rien ne s'était passé, sans que cela ne déclenche les mécanismes réglementaires prévus à cet effet. C'était ouvrir, dans le code de conduite du football africain, une brèche dangereuse.

La Fédération Royale marocaine de football, refusant de s'incliner devant cette lecture tronquée des faits, fit le choix de l'appel. Non pas par caprice. Non pas par orgueil blessé. Mais parce que la question posée dépassait largement le résultat d'un seul match. Elle concernait la capacité de la CAF à gouverner ses compétitions avec rigueur, à appliquer ses propres textes avec cohérence, à protéger l'intégrité du football africain face à ceux qui tenteraient, un jour ou l'autre, de s'y soustraire par la force des faits.
 
La FRMF, gardienne du temple du droit sportif
 
L'appel introduit par la FRMF  fut d'une précision chirurgicale. Il ne s'agissait pas d'un plaidoyer émotionnel, mais d'une démonstration juridique fondée sur des textes clairs, sur une lecture rigoureuse des faits et sur une argumentation que le Jury d'Appel a jugée, dans sa totalité, recevable et fondée. La FRMF s'est constituée, dans cette affaire, en véritable gardienne du droit sportif, portant une bataille de principe que le football africain lui doit de reconnaître.

Les articles 82 et 84 du Règlement de la CAN ne laissaient, en effet, aucune place à l'ambiguïté. Le premier définit les comportements contraires aux règles du jeu susceptibles d'entraîner des sanctions disciplinaires graves, incluant explicitement le refus de jeu. Le second prévoit, comme conséquence directe et automatique d'une telle violation, la déclaration de forfait. C'est ce mécanisme que le Jury d'Appel a finalement activé, après que le Jury disciplinaire avait choisi, incompréhensiblement, de le contourner.

La décision du 17 mars ne se contente pas de renverser un verdict. Elle corrige une lecture institutionnelle défaillante. Elle rappelle que le droit disciplinaire sportif repose sur le principe intangible de la proportionnalité : la sanction doit être à la hauteur de la faute, pas à la hauteur des équilibres politiques internes à une confédération. En ce sens, la FRMF n'a pas seulement défendu ses intérêts. Elle a défendu ceux de tous les acteurs du football africain.
 
Un jury aux contours continentaux
 
La composition du Jury d'Appel mérite, elle aussi, d'être soulignée. Neuf juristes venus des quatre coins du continent africain ont siégé sous la présidence de Roli Daibo Harriman, magistrate nigériane de haute réputation. A ses côtés, le Cap-Verdien Faustino Varela Monteiro occupait le poste de vice-président, entouré de membres venus de Tunisie, du Togo, du Malawi, de Namibie, de Mauritanie, de Djibouti et de la République démocratique du Congo. Cette diversité géographique confère à la décision une légitimité panafricaine incontestable. Elle ne peut être présentée comme le fruit d'une influence particulière. Elle est, au contraire, le fruit d'une délibération collective, sereine et fondée sur le seul mérite juridique du dossier.

Le Jury a également fait preuve d'une rigueur équilibrée qui renforce davantage sa crédibilité. S'il a pleinement accueilli l'appel de la FRMF sur la question centrale du forfait, il a aussi confirmé certaines responsabilités du côté marocain : la question des ramasseurs de balles, sanctionnée d'une amende réduite à cinquante mille dollars, et l'incident lié à l'usage de lasers, pénalisé à hauteur de dix mille dollars. La justice sportive n'est pas partisane lorsqu'elle est forte. Elle est cohérente. Et c'est précisément cette cohérence qui donne à ce verdict toute sa force et toute son autorité.
 
Pour le Maroc, bien plus qu'un titre
 
A Casablanca, à Rabat, à Marrakech et dans chaque recoin du Royaume, la nouvelle s'est répandue comme une lumière. A Aïn Diab, malgré une pluie battante, des milliers de Marocains se sont rassemblés pour célébrer, les drapeaux aux couleurs nationales brandis avec une fierté intacte, presque décuplée. Car cette victoire porte une saveur particulière, une saveur que ceux qui ne connaissent pas l'histoire du football marocain ne peuvent peut-être pas pleinement mesurer.

Le Maroc n'avait plus soulevé le trophée continental depuis 1976. Cinquante ans d'attente, de grandes équipes, de campagnes héroïques et de rendez-vous manqués. Cinquante ans au cours desquels le football marocain a pourtant construit patiemment une réputation d'excellence, culminant dans ce Mondial 2022 où les Lions de l'Atlas avaient stupéfié la planète entière en atteignant le dernier carré. Aujourd'hui, le titre continental est là. Et il vient couronner non seulement une génération de joueurs exceptionnels, mais aussi une fédération qui a su se battre, avec méthode et dignité, pour que la vérité sportive triomphe.

Cette victoire revêt une dimension symbolique supplémentaire que l'histoire, avec son ironie habituelle, a pris soin de souligner. Depuis des années, une rumeur persistante circulait dans certains milieux sportifs africains, celle d'une prétendue influence marocaine au sein des instances continentales. Le verdict du 17 mars 2026 achève définitivement de démonter cette fable. Si une telle mainmise avait existé, comment expliquer que la première instance ait infligé au Maroc des sanctions jugées sévères et incohérentes, et que ce soit précisément au terme d'un appel ardu, mené argument par argument, article par article, que la vérité ait finalement émergé?
 
Un signal fort pour l'avenir du football africain
 
Au-delà de la liesse populaire et de la fierté nationale, ce verdict ouvre une perspective institutionnelle d'une importance capitale. Le football africain est à un carrefour de son histoire. Les investissements explosent, les droits télévisuels se multiplient, la visibilité internationale des compétitions continentales n'a jamais été aussi grande. Dans ce contexte, la crédibilité de la CAF n'est plus une question de prestige. C'est une condition économique et sportive fondamentale.

En appliquant ses textes avec rigueur, en refusant de céder à la tentation du compromis politique, en traitant avec cohérence les infractions de chaque partie, le Jury d'Appel a envoyé un message que toutes les fédérations du continent ont intérêt à entendre. Les règles ne sont pas négociables. Le terrain n'est pas un espace où les rapports de force supplantent l'autorité de l'arbitre. Une finale de  la CAN n'est pas un match que l'on peut interrompre impunément pour faire pression. Désormais, chaque sélection saura que cet acte emporte une conséquence réglementaire claire, immédiate et sans appel possible sur le principe.

Ce précédent est, à sa manière, aussi important que le résultat lui-même. Il redéfinit les règles du jeu — au sens propre comme au sens figuré. Il élève la CAF à un standard de gouvernance que beaucoup attendaient depuis longtemps. Et il inscrit le football africain dans ce que les spécialistes du droit sportif appellent l'Etat de droit sportif mondial, cet ensemble de principes qui font que les grandes compétitions internationales fonctionnent avec une autorité que tous respectent parce que tous savent qu'elle s'applique sans exception.
 
Et maintenant ?
 
La Fédération sénégalaise de football dispose d'un délai de dix jours pour porter le dossier devant le Tribunal Arbitral du Sport, juridiction suprême du sport mondial dont le siège se trouve à Lausanne. Si un tel recours venait à être introduit, il ne ferait que prolonger une procédure dont l'issue semble, au regard des textes applicables, difficile à renverser. Car le Jury d'Appel de la CAF n'a pas statué sur des impressions ou des convenances. Il a statué sur des faits établis et des articles de règlement dont le libellé ne laisse que peu de place à l'interprétation.

Pour le Maroc, quoi qu'il advienne, la vérité est désormais établie. Le titre existe. La couronne est là. Et elle porte, gravés dans chacune de ses facettes, non seulement les noms des joueurs qui ont foulé cette pelouse en janvier, mais aussi ceux des juristes, des dirigeants et des milliers de supporters qui, dans la patience et la dignité, ont attendu que le droit fasse son œuvre.

Le Maroc est champion d'Afrique. Pas seulement sur un tableau de score. Pas seulement sur un tapis vert. Champion d'Afrique parce que ses joueurs ont joué, parce que sa fédération a combattu, et parce que, au bout du compte, la vérité — comme elle le fait toujours lorsqu'on lui en laisse le temps — a fini par triompher.

Mehdi Ouassat

Mehdi Ouassat
Jeudi 19 Mars 2026

Lu 160 fois


Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Dossiers du weekend | Actualité | Spécial élections | Les cancres de la campagne | Libé + Eté | Spécial Eté | Rétrospective 2010 | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Archives | Vidéo | Expresso | En toute Libé | USFP | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | Rebonds | Vu d'ici | Scalpel | Chronique littéraire | Chronique | Portrait | Au jour le jour | Edito | Sur le vif | RETROSPECTIVE 2020 | RETROSPECTIVE ECO 2020 | RETROSPECTIVE USFP 2020 | RETROSPECTIVE SPORT 2020 | RETROSPECTIVE CULTURE 2020 | RETROSPECTIVE SOCIETE 2020 | RETROSPECTIVE MONDE 2020 | Videos USFP | Economie_Zoom | TVLibe