-
Prestation royale du onze national
-
Des journalistes étrangers saluent des infrastructures sportives de classe mondiale
-
Tenue à Rabat de la réunion périodique sur le suivi de la mise en œuvre du chantier de la régionalisation avancée
-
Pedro Sánchez plaide pour le renforcement du partenariat stratégique entre l'UE et le Maroc
Alors que le pays traverse une phase délicate marquée par des chantiers de réforme majeurs dans le secteur de la santé, la décision unilatérale du ministère de la Santé et de la Protection sociale de suspendre tout échange avec les représentants des médecins internes et résidents apparaît comme un contresens politique et social. Elle intervient à un moment où l’apaisement, l’écoute et la concertation auraient dû être érigés en principes cardinaux de l’action publique. Au lieu de cela, l’exécutif a préféré la politique de la chaise vide, alimentant un climat de crispation qui ne peut que nuire à la stabilité du secteur et, par ricochet, à la qualité des soins offerts aux citoyens.
La Commission nationale des médecins internes et résidents a tiré la sonnette d’alarme en appelant à la tenue de réunions en urgence afin de débattre des dérives actuelles et d’envisager des formes de mobilisation à la hauteur du mépris institutionnel constaté. Cette démarche n’est pas le fruit d’un réflexe corporatiste mais l’expression d’un ras-le-bol profond face à une accumulation de dysfonctionnements devenus insupportables. En rompant le fil du dialogue, le ministère a choisi d’ignorer des revendications pourtant élémentaires et légitimes, dans un contexte où les professionnels de la santé redoublent d’efforts pour maintenir à flot un système hospitalier fragilisé par des années de sous investissement et de mauvaise gouvernance.
La situation sociale des médecins internes et résidents atteint aujourd’hui un niveau de précarité alarmant. Dans plusieurs régions du Royaume, des centaines de jeunes médecins attendent toujours le versement de leurs salaires ou de leurs indemnités liées aux missions qui leur sont confiées. Cette attente ne se compte pas en semaines mais en longs mois, parfois proches d’une année entière. Cette réalité plonge ces professionnels dans une vulnérabilité extrême, compromettant leur stabilité financière, leur équilibre psychologique et, inévitablement, leur capacité à exercer sereinement leur métier. Comment exiger excellence et dévouement lorsque l’Etat faillit à ses obligations les plus élémentaires envers ceux qui font vivre ses hôpitaux jour et nuit.
A cette injustice financière s’ajoute un climat d’incertitude généralisée. L’absence totale de calendrier clair concernant les réformes annoncées, notamment celles liées aux groupements sanitaires territoriaux, entretient un sentiment de flou et d’angoisse parmi les internes. Les changements structurels se dessinent sans garanties formelles sur la préservation des acquis, sans cadre précis et surtout sans l’implication directe des principaux concernés. Cette méthode technocratique, déconnectée du terrain, trahit une vision autoritaire de la réforme, où les acteurs sont réduits au rôle de simples exécutants plutôt que de partenaires à part entière.
Il est encore temps de rectifier le tir. A défaut,Le paradoxe est d’autant plus frappant que les deux parties avaient, il y a quelques mois à peine, réussi à dégager des avancées significatives à l’issue d’une réunion tenue à la fin de l’été dernier. Des engagements avaient alors été pris concernant l’amélioration des rémunérations, la réduction de la durée de contractualisation et l’intégration des internes et résidents dans un nouveau système de rémunération variable. Des promesses avaient également été formulées sur la révision des indemnités de garde et l’amélioration de leurs conditions d’attribution. Aujourd’hui, ces engagements semblent suspendus dans un vide politique inquiétant, sans suivi, sans explication et sans volonté apparente de concrétisation.
le gouvernement portera l’entière responsabilité d’un
conflit dont la première victime sera, une fois
encore, le citoyen marocain
Cette rupture de communication, qui dure depuis plusieurs mois, révèle un malaise plus profond dans la manière dont le gouvernement conçoit le dialogue social. Elle traduit un refus persistant de reconnaître la légitimité des corps intermédiaires et de construire des réformes sur la base du consensus. Une telle approche ne peut que produire des tensions durables et affaiblir davantage un secteur déjà sous pression. En persistant dans cette logique de surdité institutionnelle, le ministère porte une lourde responsabilité dans l’aggravation du climat social et dans la dégradation progressive du service public de santé.
Au-delà des revendications professionnelles, c’est bien l’intérêt général qui se trouve menacé. Car fragiliser les médecins internes et résidents, c’est fragiliser l’hôpital public, et fragiliser l’hôpital public, c’est exposer les citoyens les plus modestes à une prise en charge de plus en plus défaillante. Le gouvernement semble oublier que ces jeunes médecins sont souvent en première ligne dans les services d’urgence, dans les hôpitaux régionaux et dans les structures les plus démunies. Leur précarisation n’est pas un détail budgétaire mais un choix politique aux conséquences humaines lourdes.
Face à cette situation, la revendication d’un dialogue sérieux, responsable et inclusif apparaît non seulement légitime mais indispensable. L’exclusion de la Commission nationale des médecins internes et résidents du processus d’élaboration des textes réglementaires constitue une erreur stratégique majeure. Aucune réforme durable ne peut réussir en faisant abstraction de ceux qui la mettront en œuvre sur le terrain. Le gouvernement gagnerait à se rappeler que la réforme de la santé ne se décrète pas dans les bureaux mais se construit dans l’écoute, la confiance et le respect mutuel.
La crise actuelle n’est donc pas une simple crise sectorielle mais le symptôme d’un mode de gouvernance qui tourne le dos à la concertation et à la dignité du travail. Il est encore temps de rectifier le tir, de rouvrir les canaux de communication et de restaurer la confiance avant que la fracture ne devienne irréversible. A défaut, le gouvernement portera l’entière responsabilité d’un conflit dont la première victime sera, une fois encore, le citoyen marocain.
Mehdi Ouassat










