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Ces Marocains attelés à la défense des droits des migrants


Hassan Ammari, Omar Naji et Hicham Rachidi… entre autres noms à citer en exemple



Le Maroc célèbre aujourd’hui la Journée 
internationale du migrant proclamée en l’an 2000 par l’ONU en commémoration de l'adoption de la Convention internationale sur la protection des droits de tous 
les travailleurs migrants et des membres 
de leur famille. Pour la communauté 
internationale, cette journée est une occasion pour dissiper les préjugés et sensibiliser 
l’opinion publique à la  contribution économique, culturelle et sociale 
de ces derniers à leur pays 
d’origine et de destination. 
Cette année,  Libération a fait le choix 
de braquer les projecteurs non pas sur les 
migrants installés au Maroc ou en transit mais plutôt sur certains défenseurs des droits de 
migrants.  Il s’agit des militants de longue date qui agissent seuls ou en groupes, souvent dans la discrétion la plus totale. Beaucoup d’entre eux sont des personnes hautement qualifiées 
et  tous ont en commun cette conviction 
fondamentale à savoir que les droits de l’Homme doivent être protégés et soutenus.

Hassan Ammari : Le confident des migrants

On ne peut pas parler de migration au Maroc sans mentionner son nom.  Il est devenu, en quelques années, la référence et une source d’information incontournable pour les chercheurs, les journalistes, les organismes internationaux et les associations. Il est connu comme un homme de terrain qui dispose d’un vaste réseau de connaissances allant de l’Europe jusqu’au fin fond de l’Afrique. Hassan Ammari est né en décembre 1968 à Figuig. Il est titulaire d’une licence en littérature arabe de l’université Mohamed Ier. Durant ses années d’étude, il a été un membre actif de l’UNEM avant de rejoindre l’Association nationale des diplômés-chômeurs, l’AMDH et le Syndicat national des collectivités locales.
Sa passion pour la migration a commencé au début des années 2000 mais dès 2003, il a été carrément happé par ce dossier. « J’ai pressenti que cette question allai être d’une actualité brûlante à l’avenir et j’ai senti que ce dossier allait me permettre d’être plus utile et plus productif ». Pourtant, le vrai déclic est à rechercher du côté de sa rencontre fortuite avec une migrante nigérienne enceinte sur les frontières avec l’Algérie. « Elle était seule et sur le point d’accoucher. Et il n’y  avait personne pour l’aider. Même-moi j’étais incapable de lui porter secours. Je me suis interrogé pourquoi il n’existait pas d’organisation d’aide et de soutien à pareilles personnes et c’est comme ça que je me  suis engagé à aider et à soutenir les migrants », se souvient-il. « Hassan a été le premier à se préoccuper de ce sujet à un moment où l’on parlait fort peu de ce dossier. Il a été le seul à avoir côtoyé les migrants et à être allé à leur rencontre dans les forêts où ils résidaient, à les accompagner pour accéder aux soins en un temps où l’accès aux établissements de soin était fort ardu. Son rôle exceptionnel s’est matérialisé à travers l’accompagnement juridique des migrants, notamment au niveau de l’enregistrement à l’état civil ou de l’établissement des actes de décès. En fait, nombreux sont ceux parmi les migrants morts qui ont pu se faire enterrer grâce à l’intervention de Hassan Ammari qui a toujours lutté pour leur procurer les  autorisations nécessaires », témoigne Abdelmajid Amaya, journaliste à Oujda.  Et d’ajouter : «Cependant, le travail de Hassan Ammari ne consiste pas seulement à faciliter l’accès des migrants aux services administratifs,  juridiques ou de santé. Il a toujours été présent sur le train et il a su développer un  réseau de relations avec les migrants grâce à sa présence physique auprès d’eux. En fait, il ne cesse de tourner avec  son motocycle même jusque dans les zones les plus reculées. C’est ce qui lui a conféré une crédibilité certaine et lui a permis de devenir une référence pour les ONG, les organismes internationaux, les  journalistes et les chercheurs. ». Aujourd’hui, le nom de Hassan Ammari figure sur plusieurs thèses de doctorat et mémoires de master sans oublier les centaines d’articles de presse. En fait, il est souvent sollicité par les doctorants, les chercheurs et les étudiants en master venus  de France,  d’Espagne, des Etats-Unis et même de Colombie. Il a été également l’invité de plusieurs universités en Europe comme au Maghreb. 
Alpha Camara, secrétaire général  de la Plate-forme des associations et communautés subsahariennes au Maroc (ASCOMS), estime lui aussi que Hassan est un militant hors pair qui a toujours été au rendez-vous et prêt à défendre et soutenir la cause des migrants. « C’est un ami des migrants qui est très proche d’eux et qui est disponible à tout moment. D’ailleurs, personne ne peut nier  le mérite de Hassan sur les premières associations de migrants qui ont été régularisées. Ces dernières ont beaucoup bénéficié de son appui technique et de ses conseils. C’est grâce à lui  que ces ONG ont appris le travail associatif », raconte-il. Et de poursuivre : « Le projet Alarmphone au Maroc (un collectif d’activistes et d’acteurs de la société civile européenne et nord-africaine qui a mis en place une ligne téléphonique d’urgence à destination des personnes se retrouvant en situation de détresse pendant leur traversée de la Méditerranée) a été porté par lui  et c’est grâce à lui que des centaines de migrants ont eu la vie sauve».  
Pour beaucoup de ses amis et proches, Hassan est  un homme sérieux, droit et discipliné. Son ami Abdelmajid  Amaya le trouve plutôt généreux,  accueillant  et serviable. «  Il invite souvent les migrants chez lui pour partager son couscous ou prendre une tasse de café », confie-t-il.  Ses détracteurs le trouvent plutôt têtu et préférant agir seul. Certaines mauvaises langues n’ont pas hésité à l’accuser de faire commerce de la misère et des souffrances des migrants. « J’ai souvent entendu ces accusations et je m’en fiche carrément. J’ai pris un engagement et je suis prêt à aller jusqu’au bout », lance-t-il. Pour lui, ses nombreuses années passées auprès des migrants lui ont permis d‘apprendre que la question de la migration est plus complexe qu’il n’y paraît et qu’il difficile d’en saisir l’ensemble des dimensions politiques, économiques, sociales ou culturelles. « Tout au long de ces nombreuses années, j’ai eu l’occasion de rencontrer des personnes de tous âges et de toutes catégories sociales. J’ai rencontré des femmes seules, des mineurs non accompagnés et même une femme paralysée qui tentaient de franchir les frontières. Toutes ces rencontres et ces expériences m’ont marqué à jamais et m’ont rendu plus sensible aux souffrances d’autrui. Et c’est pourquoi je crois en l’action humanitaire notamment au profit des personnes qui sont dans le besoin ». 

Omar Naji L’humaniste

C’est l’homme de toutes les migrations à Nador. Timide, discret et prudent, il préfère travailler dans l’ombre. Son rôle dans l’observation,  le suivi, et l’évaluation de la situation des droits de migrants est incontestable. 
Omar Naji est né en juillet 1968 à Laâyoune orientale, près d’Oujda. Il est ingénieur de formation et diplômé de l’Institut national d’aménagement et d’urbanisme.  Son activisme associatif a commencé au sein de l’UNEM et de l’AMDH et a pris une dimension nouvelle au sein du  Forum d’urbanisme,  d’environnement et de développement (FUED), conçu comme un cadre pour débattre des problèmes concrets de l’urbanisme et de l’environnement, monter des projets de développement et assister la population pour l’amélioration de leur cadre de vie en les sensibilisant et en  les faisant participer aux activités afférentes à la protection de l’environnement.  
Le dossier de la migration s'est invité à lui par la force des choses. «La réalité de la migration dans la ville de Nador est exceptionnelle et il  est impossible de ne pas s’y intéresser en tant que défenseur des droits de l’Homme. L’acharnement des autorités locales contre les migrants nous a interpellés. En fait, l’approche sécuritaire est omniprésente et  les migrants vivent ici au rythme des opérations de ratissage, des arrestations et de refoulements vers l’intérieur du pays», nous a-t-il déclaré.  Une violence qui a marqué à jamais la mémoire de Omar Naji, qui ne semble pas être près d’oublier le souvenir de cet agent d’autorité qui avait osé arrêter  des enfants sans leur mère et de les jeter dans un bus afin de les refouler sans se préoccuper un seul instant de leurs larmes ou leurs supplications et sans penser à la peine qu’il causait ainsi à leurs mères. 
«Omar Naji est  un militant de tous les jours et de tous les combats. Et il ne cesse de fournir  les efforts nécessaires et déployer l’énergie qu’il faut pour défendre les droits de l’Homme dans sa ville. C’est un homme de terrain infatigable qui  s’acquitte de sa noble tâche avec passion, abnégation et fidélité », constate Amine Abidar, membre de l’AMDH-section Nador. Et de poursuivre : « C’est un citoyen simple et humble qui symbolise le Marocain, le vrai. Il est d’une grande modestie et entretient de bonnes relations avec ses collaborateurs et ses proches ainsi qu’avec le commun des mortels. Bref, c’est un grand humaniste».
Amine n’oubliera jamais que Omar Naji, jadis directeur du Centre d’investissement de Nador, avait pris part aux manifestations du 20 février en compagnie de sa femmes et de ses enfants malgré ses responsabilités et le poste sensible qu’il occupait. « Et c’est à cause de ses positions et de son engagement qu’il a été combattu et sanctionné. Mais,  un homme de principe comme lui, n’était  pas prêt à infléchir ses prises de positions ni renoncer à ses principes et à son humanisme», précise  Amine Abidar. 
Alpha Camara a eu l’occasion de côtoyer Omar Naji lors d’un cycle de formation initié par l’AMDH sur les personnes en besoin de protection internationale. Il se souvient d’un homme de terrain, professionnel et méthodique dans son travail.  « Dans ses interventions ou au cours des discussions, on ressentait sa passion et sa sincérité. Il est très solidaire de la cause des migrants. Notamment dans une ville comme Nador où la situation de ces derniers est exceptionnelle. En fait, cette cité est en retrait sur plusieurs plans  (droits, intégration..) par rapport à d’autres villes marocaines », observe-t-il. Et de poursuivre : « Omar Naji donne de sa personne pour cette cause, de sa disponibilité, de son énergie, de son expérience et de ses compétences pour améliorer les conditions de vie des migrants et surtout lutter contre les violences physiques qui leur sont faites ». 
Sa longue expérience dans le domaine de la migration lui a appris que cette question s’est transformée, au fil des ans, en véritable business. Pour lui, si la construction des barrières a certainement  rendu difficile l’accès à Sebta et Mellilia, elle a par contre permis de développer le trafic des êtres humaines via certains points de passage. Ces traversées coûtent aujourd’hui entre 1.500 et 3.000 euros. «On est passé de l’ère des migrations gratuite à celles qui sont payantes. Et qui dit argent, dit trafiquants et nombre de complicités parmi les autorités chargées de lutter contre la migration irrégulière. C’est là tout le danger puisque  de plus en plus des personnes risquent  leurs  vies quotidiennement », a-t-il conclu.   

Hicham Rachidi L’homme des réseaux

 Il est de tous les événements et de toutes les réunions sur la migration. Son nom est souvent prononcé au détour des conversations  ou lors des débats.  En fait, il est souvent sollicité par les journalistes pour commenter  les évènements en relation avec  la migration ou approché par les ONG voulant empêcher le refoulement d’un migrant  ou tout simplement contacté pour avoir un numéro de contact vu son carnet de téléphone extrêmement  fourni. 
Hicham Rachidi est né en 1971 à Khouribga et précisément à Douar Ouled Abdoune comme il aime souvent à le répéter avec fierté, dans une famille connue par son activisme et son engagement  syndical. « J’ai été bercé par le militantisme depuis mon jeune âge. Mon père, mes oncles,  mes tantes ont été des personnes engagées. Ils ont été des pionniers du syndicalisme phosphatier qui fut  l’un des plus forts au Maroc ».  Après ses études primaires et secondaires à Khouribga, il a rejoint l’Université Mohammed V où il a fait deux ans de philosophie avant de changer de cursus et de décrocher une licence en droit public.
Son engagement auprès des migrants a commencé dès la fin des années 90 dans un contexte marqué par l’ampleur des décès de Harragas marocains en Méditerranée.  « J’ai été personnellement touché par ce  drame puisque plusieurs membres de ma famille  ou de mes amis sont décédés  lors de leur tentative de passage vers l’Europe. Et je ne suis pas le seul dans ce cas. Toutes les familles khouribgies ont été également  touchées vu que cette région, était  comme un vivier important  d’immigration. Le hic, c’est que ces migrants mouraient dans l’indifférence générale des autorités». Pour faire face à cette réalité amère, Hicham et d’autres natifs  de la région ont créé en 2001 « l’Association  des familles et amis des victimes de la migration clandestine » avec comme objectif  de médiatiser et de rendre compte du sort des centaines de jeunes qui périssaient sans que personne n’y ait pris garde ou ne s’en soit ému outre mesure.   En 2003, une autre aventure va commencer avec la découverte  des camps de migrants de Nador et Sebta. Hicham Rachidi et ses amis en ont pris conscience suite à un article provocateur publié par un journal de la place relatant les conditions inhumaines dans lesquelles vivaient les migrants subsahariens sans recevoir une quelconque assistance  de qui que ce soit. 
Une aventure qui a marqué à jamais Hicham Rachid qui n’a pas oublié la déportation de centaines de migrants subsahariens  au Sahara après les évènements de Sebta et Mellilia en 2005, ainsi que le transfert de certains d’entre eux vers les frontières algérienne et mauritanienne. 800 à 1000 Africains de diverses nationalités avaient été abandonnés sans eau ni nourriture dans ces zones. Certaines sources ont rapporté la disparition et la mort de 12 à 16 personnes qui vivaient dans des conditions atroces dans des forêts jouxtant Sebta et Melillia. « On revient de très loin. On est passé d’une  approche purement sécuritaire à une vision qui tente tant bien que mal de combiner le sécuritaire et l’humain. Personne n’aurait  imaginé, en 2005, qu’il y aurait mise en place d’une politique de migration et d’asile, qu’il y aurait régularisation de migrants et qu’il y aurait  promulgation d’un décret permettant la scolarisation de leurs enfants. C’était inimaginable vu le traitement que l’on faisait subir aux migrants à l’époque et au regard de l’expérience terrible qu’ils ont vécue et qu’on a vécue avec eux  au Sahara », se souvient-il. Et d’ajouter : «Ce qui s’est passé après 2013 nous a vraiment rendu espoir. Et c’est pourquoi il ne faut pas lâcher prise. Il faut poursuivre ce processus malgré les lacunes et les déficits qui existent. Il faut aller de l’avant ».   
En 2006, changement de cap. Hicham Rachidi démissionne de l’AFAVIC et participe avec d’autres activistes à la création du Groupe antiraciste de défense et d’accompagnement des étrangers et migrants (GADEM).  L’initiative a été prise suite au lancement du Processus de Rabat, une plateforme pour la coopération politique entre les pays concernés par les routes migratoires qui relient l'Afrique centrale, de l'Ouest et du Nord à l'Europe. Hicham sera le premier président de cette structure. Ironie du sort, le GADEM ne sera reconnu  par les autorités locales qu’en 2016. 
«  Au GADEM,  j’ai essayé de placer la barre plus haut en prenant compte des erreurs commises lors de ma première expérience au sein de l’AFAVIC. Ainsi,  j’ai tenté de ne plus dépendre d’un seul bailleur de fonds pour le financement de notre association, d’être entouré par une équipe professionnelle travaillant sur une thématique spéciale et ouverte sur le monde des académiciens » indique-t-il.  
Pour Aminata Pagni, chargée des droits des migrants au CNDH et ancienne militante du GADEM, Hicham Rachid est plus qu’un militant, c’est un leader qui jouit d’une capacité d’anticipation exceptionnelle. Et qui arrive avec son expérience, ses compétences et son capital relationnel à  s’imposer comme un élément incontournable dans l’équation de la migration au Maroc. « Rachidi a sa légitimité  et sa crédibilité au sein du champ associatif et c’est de là qu’il tire toute sa force », explique-t-elle. Des propos que confirme un ami proche de Hicham qui  estime que  la force de celui-ci réside dans sa capacité à collecter les informations et à anticiper les réactions. « Il est toujours en avance par rapport aux autres », lance-t-il.
Un journaliste qui a accompagné Hicham Rachidi dans plusieurs voyages et évènements décrit un homme toujours souriant et qui a le contact facile. Un homme doté d’une forte personnalité et d’un franc-parler à toute épreuve. «  Il est le seul à même d’entrer dans une salle de conférence, de   saluer tout le monde et de leur demander  leurs coordonnées», plaisante-t-il. Et de poursuivre : « Il est toujours en train de noter un mail ou un numéro de  téléphone ou de donner sa carte de visite à quelqu’un. C’est l’homme du réseautage par excellence ». 
Ce journaliste et beaucoup d’autres voient en l’ex-président du GADEM un homme chaleureux,  drôle,  fraternel et sur qui on peut compter. Mais avant tout, c’est un homme de principes.  « Hicham fait partie des personnes qui m’ont redonné confiance en les valeurs humaines et a conforté mes convictions les plus profondes. Je n’oublierai jamais son engagement lors du procès du migrant Mamadou devant le tribunal militaire. Il a été le premier arrivé et il s’est fortement engagé alors qu’il  faisait partie du Conseil d’administration du GADEM et non pas de son équipe opérationnelle», raconte Aminata Pagni. «Ce qui me surprend chez Hicham, c’est son amour et son attachement à son pays dont il est vraiment fier. Malgré le fait qu’il critique certains agissements ou attitudes de certains officiels, il pense que le Maroc est et doit rester un pays qui mérite qu’on le défende bec et ongles. C’est un véritable patriote », a conclu notre interlocuteur. 
 

Hassan Bentaleb
Lundi 18 Décembre 2017

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