Balendra Shah, de rappeur à maire de Katmandou


Libé
Mercredi 11 Février 2026

Balendra Shah, de rappeur à maire de Katmandou
A 35 ans, Balendra Shah, un rappeur devenu maire de Katmandou, se prépare à affronter lors des législatives de mars l'ex- Premier ministre KP Sharma Oli, 73 ans, contraint à la démission lors de manifestations en septembre.

Connu sous le surnom de "Balen", ce musicien à l'apparence soignée s'est imposé comme un symbole du changement politique voulu par la jeunesse face à la vieille garde marxiste incarnée par M. Oli. 
Connu sous le surnom de "Balen", ce musicien à l'apparence soignée s'est imposé comme un symbole du changement politique voulu par la jeunesse face à la vieille garde marxiste
Né à Katmandou en 1990, Balendra Shah a grandi pendant la guerre civile (1996-2006) qui a fait plus de 16.000 morts et conduit à l'abolition de la monarchie en 2008.

Cet ingénieur civil, titulaire d'un master en génie structurel, s'est d'abord fait connaître sur la scène hip-hop underground népalaise avec ses morceaux dénonçant la corruption et les inégalités.
Deux problèmes qui ont poussé des milliers de jeunes à descendre dans les rues du pays le 8 septembre.

Le lendemain, la foule en colère avait pris le contrôle des rues de Katmandou et brûlé ou pillé de nombreux symboles du pouvoir, dont le Parlement.
Au moins 77 personnes avaient péri en deux jours, conduisant M. Oli à démissionner de son quatrième mandat le 9 septembre.
Ses morceaux l'ont aidé à fédérer une génération de partisans engagés sur les réseaux sociaux - un mode de communication qu'il continue de privilégier par rapport aux médias traditionnels
 Loin de cette éruption de violences, Balendra Shah appelle à "cultiver la dimension émotionnelle de nos vies", citant l'importance de la musique et de la littérature.
"Un responsable politique devrait avoir cette sensibilité", a-t-il estimé dans un entretien à l'AFP à l'approche du scrutin du 5 mars.

Ses morceaux, qui ont cumulé des millions de vues sur internet, l'ont aidé à fédérer une génération de partisans engagés sur les réseaux sociaux - un mode de communication qu'il continue de privilégier par rapport aux médias traditionnels.

Cette popularité a culminé en 2022, lorsqu'il est devenu le premier candidat indépendant à remporter la mairie de Katmandou, à la surprise générale. Une première qui a bousculé une classe politique vieillissante.

En tant que premier magistrat de la capitale, il s'est attaqué à plusieurs grands chantiers : de la collecte des ordures à la circulation automobile, en passant par l'éducation ou le recouvrement des impôts.
 
"Justice sociale "
 
En janvier, il a démissionné de son poste de maire pour se présenter aux législatives, les premières depuis les émeutes de septembre.

Plutôt qu'être candidat dans son fief de Katmandou, il a choisi d'affronter directement M. Oli dans sa circonscription très rurale de Jhapa, située à environ 300 kilomètres au sud-est de la capitale.

"Se présenter face à un poids lourd (...) signifie que je ne choisis pas la facilité", souligne le maire, "topi" - le calot traditionnel népalais - noir posé sur le crâne
"Cela montre qu'en dépit des problèmes ou des trahisons qui ont secoué le pays, nous avançons vers leur résolution", veut-il croire.

Pour viser la tête du gouvernement, il s'est rallié au parti centriste Rastriya Swatantra Party (RSP) du populaire animateur de télévision Rabi Lamichhane. Au scrutin de 2022, cette formation avait décroché la quatrième place, quelques mois seulement après sa formation.
"Nous partageons la même idéologie", affirme Balendra Shah, celle d'un "système économique libéral accompagné de justice sociale", promettant éducation et soins de santé gratuits pour les plus démunis.

Le candidat se dit convaincu d'avoir le soutien de la Génération Z qui avait manifesté en septembre pour dénoncer le blocage des réseaux sociaux, la corruption de la classe politique et l'absence d'emploi qui contraint nombre de jeunes à s'expatrier.

"La première demande de la Gen Z est une bonne gouvernance, car le niveau de corruption est élevé dans le pays", estime-t-il.
En cas de victoire, Balendra Shah en est certain: la musique continuera à faire partie de sa vie.
"C'est un moyen d'expression", souligne-t-il, "je continuerai, même si je suis élu Premier ministre".


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