Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Abdellah Ouzitane : Il faut favoriser les recherches portant sur l’universalisme des valeurs et le pluralisme des cultures

“La visite Royale à Bayt Dakira d’Essaouira est hautement symbolique et historique”




Abdellah Ouzitane : Il faut favoriser les recherches portant sur l’universalisme des valeurs et le pluralisme des cultures
La belle demeure datant du XIXème siècle, réhabilitée par l’Association Essaouira-Mogador en partenariat avec le ministère de la Culture sert de siège au complexe historique et culturel «Bayt Dakira ». Un espace dédié à la préservation et la valorisation de la mémoire de cohabitation judéo-marocaine. Un lieu de spiritualité, de mémoire, d’histoire et de science qui  comprend aussi une synagogue, «Slat Attia», érigée par la veuve Attia en 1892 en hommage à son mari Simon.
Visité par le Souverain le 15 janvier 2020, « Bayt Dakira » n’a cessé d’émettre des messages de paix confirmant le rôle avant-gardiste du Maroc comme terre de tolérance et du vivre-ensemble.
 Abdellah Ouzitane, président fondateur du Centre Abraham Zagouri d’études et de recherches sur le droit hébraïque au Maroc, professeur universitaire  à l’université de Bordeaux et président du Réseau des compétences franco-marocaines du Grand Sud-Ouest – France, nous en parle.



Libé : Quels enseignements peut-on tirer de la visite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à « Bayt Dakira » le 15 janvier 2020 ?
Abdellah Ouzitane : La visite Royale à « Bayt Dakira » est hautement symbolique et historique. Elle est extrêmement riche en significations. C’est un rendez-vous que l’Histoire nous offre. Cette visite Royale scelle la forte impulsion donnée à la préservation de notre mémoire et nous invite à nous rassembler autour de valeurs humaines et humanistes. Elle donne du sens à un avenir commun qui rompt avec toutes les velléités communautaires et tout cloisonnement.

« Bayt Dakira » est  un lieu de culte et de mémoire qui renaît de ses cendres. Quels rôles peuvent jouer pareils lieux dans l’enracinement de notre identité plurielle ?
« Bayt Dakira » est inscrit dans l’ADN d’Essaouira-Mogador qui a été, au 19ème siècle, la seule ville en terre d’islam à avoir évolué avec une population en majorité juive. Ce lieu réunit un espace mémoriel et historique et un Centre de recherche sur l’histoire des relations entre l’islam et le judaïsme. Ce Centre compte en son sein l’Institut des humanités avancées en Méditerranée (INSANIA), le Centre d’études sur le droit hébraïque au Maroc et le Centre de recherches Haim Zafrani sur les 3000 ans d’histoire du judaïsme au Maroc.
« Bayt Dakira » s’inscrit pleinement dans la dynamique insufflée par Sa Majesté Mohammed VI et l’intérêt particulier que le Souverain ne cesse d’accorder au dialogue des cultures et des religions en Méditerranée et ailleurs dans le monde.
Sous le leadership de Sa Majesté le Roi et grâce à l’engagement indéfectible de son conseiller André Azoulay, Essaouira s’est positionnée en haut lieu de transmission des valeurs universelles et humanistes, de culture, d’art, d’histoire et d’échanges où la centralité de l’humain est célébrée dans une continuité responsable et engagée.
Je suis à la fois heureux pour ce travail formidable de préservation de notre patrimoine et de promotion de notre culture si singulière, et fier d’être né à Essaouira.

Cet exercice de mémoire est confronté à l’amnésie et à l’hostilité de certains ainsi qu’à la fermeture sur soi d’autres. Comment pensez-vous protéger et faire rayonner cet esprit ouvert et pluraliste ?
Le Maroc, sous la conduite de Sa Majesté le Roi, est l’exemple parfait d’une terre de paix. La très forte singularité du Royaume s’exprime à travers la grande richesse spirituelle et culturelle de notre identité dans toute sa diversité et pluralité. Ceci nous amène nécessairement à étudier les mécanismes de transmission des valeurs communes en favorisant davantage les éléments de connexion collectifs liés aux normes sociales et morales. Etudier et analyser les singularités du Royaume dans une perspective d’approches pluridisciplinaires nous aide à contribuer à la compréhension de l’identité plurielle marocaine en participant ainsi au respect mutuel des cultures ; le tout en favorisant les études et les recherches portant sur l’universalisme des valeurs et le pluralisme des cultures. « Bayt Dakira » est un bel exemple d’édification d’un projet de société davantage ouvert sur le monde.
Dans un monde où la culture a du mal à se faire entendre, Essaouira résiste via la culture et la portée objective de la transmission de ses valeurs. Ce processus se caractérise par l’échange et le dialogue dans une dynamique intégrée en vue de donner du sens à une histoire collective. Le Maroc a intégré avec responsabilité la compréhension des enjeux d’une adhésion collective aux normes et aux valeurs qui en découlent. « Il n’est d’histoire véritable que par la mémoire et le projet », disait Jacques Berque.

« Bayt Dakira » abrite aussi le Centre Abraham Zagouri d’études et de recherches sur le droit hébraïque au Maroc. Quelle est la vision de ce  projet pluridisciplinaire qui traite certains aspects identitaires importants  que beaucoup de Marocains ignorent ?
Le Centre d’études et de recherches sur le droit hébraïque est une initiative scientifique et humaine. Il reflète parfaitement la détermination du Royaume à faire connaître ce patrimoine inestimable et à mener une réflexion profonde sur ses aspects philosophiques, sociologiques, anthropologiques et juridiques. La préservation du patrimoine culturel juif marocain à Essaouira tire sa légitimité d’une profondeur historique plusieurs fois millénaire. Elle revêt un particularisme d’exception, à savoir celui d’une culture originale fondée sur le respect, la dignité et l’esprit d’ouverture et c’est ce qui explique la réussite de cette proximité extraordinaire entre les religions musulmane et hébraïque en terre d’islam.
Le Centre d’études et de recherches sur le droit hébraïque a pour objet de contribuer à valoriser la mémoire coutumière et institutionnelle du droit hébraïque marocain, d’entamer des études sur la porosité du droit hébraïque particulièrement avec le droit musulman et à mettre ainsi en exergue le patrimoine juridique judéo-islamique du Maroc.
Il vise également à mettre en exergue la place, le rôle et l’influence de l’Ecole hébraïque andalouse, puis marocaine et enfin d’Essaouira sur le judaïsme mondial. L’accent sera mis également sur l’étude des interférences et des points de contact entre le droit juif et le droit musulman et les dynamiques de leur rencontre. Les travaux de recherche seront aussi consacrés à honorer concomitamment des juristes juifs marocains et leurs contemporains musulmans, ayant contribué au rayonnement d’une expérience juridique inédite dans un pays musulman.
Notons, à cet effet, que sa troisième rencontre scientifique, tenue à Essaouira en décembre 2018 en présence du conseiller de Sa Majesté le Roi, André Azoulay, a rendu hommage au grand penseur et humaniste Haïm Zafrani.

Propos recueillis par Abdelali Khallad
Mercredi 29 Janvier 2020

Lu 7545 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Actualité | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Archives | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | Rebonds | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito | Sur le vif













Mots Croisés

Maroc Casablanca www.my-meteo.com