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Abdelfattah Kilito : Intellectuel tout simplement !




L'écriture de Kilito est profonde comme les océans. Elle est loin d'être un agencement de mots. C'est un écrivain qui a pu ériger l'étrangeté en un thème littéraire, en la rendant synonyme de littérature même. Quand nous lisons Kilito, nous entrons dans un monde sans commencement, ni fin. Son écriture n'est pas une structure, c'est une structuration. Elle n’a pas un signifié. Kilito qui possède une œuvre arborescente, est un auteur-lecteur qui écrit pour parler de ses lectures. Il est question ici d’une œuvre intensément travaillée par une pensée de  l’inter et de l’altérité, adoptant une optique réflexive et englobante. Cette pensée est une véritable mise en perspective de la différence.
Kilito intellectualise les questions à partir d'une écriture qui convoque plusieurs chefs-d’œuvre, à commencer par Les Mille et Une Nuits, La Divine comédie, L’Épître du pardon, les divans des poètes antéislamiques, etc. Il matérialise son angoisse dans un style en mouvement qui ne peut pas dire un dernier mot, parce que l'horizon, dit-il, est gigantesque. Sa manière de traiter les grands textes suggère le souci de la déconstruction lié à son œuvre. Il déconstruit les habitudes stéréotypiques liées à la lecture des anciens pour leur donner un autre aspect. De là le retour au passé n’est pas une arriération, mais il s’agit d’un discours qui construit le présent. Tout cela est rendu possible grâce à son intelligence de penser par-delà les classifications  chronologique et générique.
Kilito est un  intellectuel qui navigue librement entre les langues. Quand il écrit en arabe, le français se présente et vice versa. Cette plasticité entre les idiomes fait de Kilito un intellectuel qui cherche à revendiquer un monde pluriel. Son appel est un appel de la différence. Elaborant ainsi une pensée plurielle, Kilito remonte à l’origine pour défendre la pluralité ; évoquant dans ce sens le mythe de la tour de Babel, la langue d’Adam, l’écrivain insiste sur la pluralité et l’enrichissement de l’imaginaire universel. Derrière son retour aux origines se cache la volonté de critiquer la langue une et la culture «élue», lesquelles procèdent par l’exclusion.
Fin connaisseur des Mille et Une Nuits, Kilito invite son lecteur vers un monde mystérieux et vaste. Ceci dit, le lecteur de Kilito est dans l’obligation d’avoir un rapport intellectuel avec ses écrits. Lesquels posent et reposent des questions, ce qui suscite le désir de la pensée. Il est intéressant d’affirmer qu’Abdelfattah Kilito a franchi l’infranchissable à partir du moment où son discours s’inspire de la philosophie. En outre, il y a une confusion entre le discours littéraire et celui philosophique. Les deux s’entremêlent pour aboutir à une pensée relative et critiquable. Il s’agit d’une pensée critique et instable. La lecture que fait Kilito de l’héritage arabo-musulman et occidental est une lecture philosophique. Il lit l’impensé des textes afin de proposer un autre texte truffé de lacunes et d’inachèvement. Toutes ces questions créent une atmosphère d’étrangeté au sein de son œuvre. Tout porte à dire que l’effervescence de la pensée consiste à démolir toute stabilité et toute certitude pour installer au contraire « la sagesse de l’incertitude», selon l’expression de Milan Kundera.
  Ce seuil incontournable de notre époque re-problématise la littérature et la philosophie dans le but de bien structurer une pensée non-systématique, une pensée poétique. Car il est conscient que l’intellectuel est inclassable et sans frontières, d’où son désir de présenter l’image de l’intellectuel pluridimensionnel. Il est constamment un intellectuel à voir et à revoir. Son texte qui embrasse la critique et le récit pense ! Il pense l’être humain jeté dans un monde dominé par la nouvelle métaphysique qui est la technique. Ceci dit, la leçon de l’œuvre de Kilito, si leçon il y a,  est de nous pousser à penser par le biais des arts en général et de la littérature en particulier. Cet aspect est à vérifier dans l’avalanche des questions qui surnagent sur le texte kilitien. La question est la voie royale de la pensée. Le texte kilitien est plein de secrets et de silences.

Par Abdelouahed Hajji
Vendredi 19 Octobre 2018

Lu 4159 fois


1.Posté par Moulouk Mehdi le 18/10/2018 20:17 (depuis mobile)
Je dirai éblouie par l''article de notre auteur. Tout comme la grande plume qu''est notre incontournable auteur marocain, vous avez Mr A. HAJJI puisé de la déconstruction kilitienne pour en faire une nouvelle construction de sa trace. Bravo Mr HAJJI.

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