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Abdelaaziz Zerouali, directeur de l’Agence du bassin hydraulique du Bouregreg et de la Chaouia

A Casablanca, les études d’évaluation ont montré qu ’ une saturation sera atteinte avant 2027 et qu ’il y a un besoin urgent d’ assurer une ressource complémentaire



​Changement climatique, sécheresse, déficit pluviométrique et bien d’autres phénomènes se conjuguent pour donner lieu à une situation de stress hydrique. Une problématique de plus en plus préoccupante d’autant plus que le phénomène du changement climatique semble être irréversible. Pour pallier le problème du stress hydrique, les scientifiques s’accordent sur l’impératif d’adopter une stratégie de planification et d’anticipation, comme en témoigne l’analyse de Abdelaaziz Zerouali, directeur de l’Agence du bassin hydraulique du Bouregreg et de la Chaouia (ABHBC). Il explique, dans un entretien accordé à la MAP, la stratégie de l’Agence qu’il dirige pour faire face au phénomène de pénurie d’eau.



Quand peut-on parler de stress hydrique?
Le stress hydrique est évoqué quand la demande en eau dépasse les ressources disponibles dans une région donnée. Il s’agit d’un ratio qui est défini comme la part d’eau renouvelable par habitant et par an. Si l’indicateur est inférieur à 500 m3 d’eau douce par habitant et par an, on parle d’une pénurie totale, entre 500 m3 et 1000 m3, on est face à une pénurie chronique, alors que le stress hydrique est évoqué quand on a une part d’eau se situant entre 1000 m3 et 1700 m3.

Qu’en est-il de la situation du bassin du Bouregreg et de la Chaouia dans cet indicateur ?
Au Maroc, on est à environ 730 m3 par habitant et par an. Nous parlons donc d’une pénurie chronique. Au niveau du bassin de Bouregreg-Chaouia, qui couvre plus de 20.000 km2 et abrite environ 8 millions d’habitants, la part d’eau par habitant et par an est d’à peine 106 m3, ce qui revient à une situation de pénurie totale. Mais grâce aux solutions mises en place par l’ABHBC et les autorités concernées, les habitants des 3 régions relevant de l’Agence ne souffrent pas de coupures d’eau. Donc, moyennant un effort de gestion et de planification d’une manière anticipative, la problématique d’eau potable n’est pas ressentie au niveau du bassin malgré une urbanisation accrue. Il y a lieu de citer à titre d’exemple l’importation de l’eau du bassin d’Oum Rabii et la réutilisation des eaux usées après épuration dans l’irrigation des espaces verts de la ville de Rabat.

La question de l’eau ne doit pas constituer un frein au développement économique. Il faut alors planifier et anticiper les risques liés à cette problématique. En effet, le Maroc qui a entamé ses premiers plans directeurs depuis déjà 40 ans, a développé un savoir-faire important non seulement en matière de construction des barrages mais aussi au niveau de la planification qui a commencé dès le début des années 1980. Ce travail de planification est l’une des missions principales des agences de bassins hydrauliques. Elles sont tenues d’évaluer la demande en eau pour les 30 années à venir afin d’en trouver les solutions adéquates. A Casablanca, par exemple, ces études d’évaluation ont montré qu’une saturation sera atteinte avant 2027 et qu’il y a un besoin urgent d’assurer une ressource complémentaire. Mais étant donné que nous sommes dans un bassin où pratiquement toutes les ressources sont mobilisées, nous n’avons pas d’autres solutions que le dessalement d’eau de mer. D’où le projet de réalisation d’une grande station de dessalement d’une capacité de 300 millions de m3 par an.

Quelles sont les réalisations de l’ABHBC en 2020, une année marquée par la pandémie ?
2020 a été une année exceptionnelle en raison de la pandémie de Covid-19 et du confinement décrété. Néanmoins, nombre de chantiers et de programmes ont été entamés ou achevés. Au niveau des efforts de lutte contre lesrisques d’inondation, un grand chantier a été lancé à Mrirt en pleine période Covid, en plus d’une étude sur la réutilisation des eaux usées dans la même ville. Un projet d’une grande plus-value économique pour une région en manque de richesses. Toujours en matière de lutte contre les risques d’inondation, un projet d’envergure a été lancé dans la province de Skhirat.

Côté digitalisation, nous avons mis en place une plateforme informatique qui permet à tousles utilisateurs de renseigner leurs dossiers sans devoir se déplacer à l’agence. Ces projets ont été lancés parallèlement aux missions habituelles de l’agence, qui consistent au suivi de l’évolution des ressources en eau de surface et au contrôle de la qualité de l’eau. En outre, même en période Covid, responsabilité oblige, la police de l’eau a été sur le terrain et a établi quelque 13 procès-verbaux, qui concernent essentiellement la réutilisation des eaux usées sans épuration.

Vu le caractère urgent de la question de l’eau, quels sont les projets de l’agence pour les années à venir?
2020-2027 est une période dans laquelle il faut redoubler d’efforts. D’où l’intérêt du Programme national pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation (PNAEPI) 2020-2027, qui a été préparé et présenté à Sa Majesté le Roi Mohammed VI en janvier 2020. Le PNAEPI va faire bénéficier le bassin de Bouregreg-Chaouia de deux projets importants, à savoir la station de dessalement de Casablanca précitée et la première tranche de l’interconnexion du bassin de Sebou et du bassin de Bouregreg. Cette interconnexion va permettre d’augmenter la capacité du bassin de Bouregreg et surtout de diversifier l’origine de l’eau pour assurer l’eau potable grâce au transfert d’eau. Parmi les projets à venir de l’ABHBC, il y a lieu également de citer le projet de construction du barrage de Boukhmis dans la région de Zhiliga (500 millions de m3), qui sera le dernier grand barrage réalisé au niveau du bassin de Bouregreg.

Un simulateur de pluie sera mis en place au niveau des zones dotées de stations de mesure pour générer un débit et anticiper l’étendue ou les débordements éventuels des cours d’eau. Il s’agit donc d’un bulletin hydro-météorologique qui permettra de prévenir les risques d’inondabilité. Dans le même sens, les Plans de protection régionale contre les inondations (PPRI), exigés par la nouvelle loi 36-15 relative à l’eau, et qui seront mis à la disposition des agences urbaines et des communes, aideront à prévoir les points noirs et les enjeux (écoles, stades, souks..).

Quels liens entretient l’ABHBC avec les domaines de l’enseignement et de la recherche scientifique ?
Dans le domaine scientifique, l’agence adopte une approche de partage du savoirfaire. Ainsi, un certain nombre de ses cadres assurent des cours dans des universités et des écoles d’ingénieurs. En outre, nous avons une convention de recherche scientifique avec l’Université Mohammed V de Rabat et l’Institut de recherche pour le développement (IRD), grâce à laquelle bon nombre de recherches et études ont été menées, sanctionnées par plusieurs publications. Une autre convention lie l’ABHBC à l’Université Hassan II Mohammedia-Casablanca, en vertu de laquelle l’agence a remis des équipements de laboratoire à l’université, pour en faire bénéficier les étudiants. Parallèlement, l’agence reçoit chaque année une dizaine de stagiaires qui bénéficient de l’encadrement des cadres dans leurs projets de fin d’études. Concernant le plus jeune public, l’agence effectue un travail de sensibilisation des élèves du primaire à la question de l’eau, à travers notamment le programme “la semaine bleue”, organisé à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau (22 mars). Ce programme porte sur des cours, des ateliers et des visites de terrain au profit des élèves.

Libé
Vendredi 5 Mars 2021

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