A la source du marché des “fiancées du Mékong”, le désespoir des célibataires chinois


Samedi 22 Décembre 2018

A la source du marché des “fiancées du Mékong”, le désespoir des célibataires chinois
Divorcé, quadragénaire, sans espoir de refonder un foyer dans une Chine en déficit chronique de femmes, Zhou Xinsen s'est tourné vers la solution de la dernière chance: une fiancée vietnamienne trouvée sur Internet. "C'est très dur pour les gens de mon âge de trouver une femme chinoise", explique cet homme de 41 ans, interrogé par l'AFP.
Des millions d'hommes chinois se retrouvent comme lui aux prises avec un marché du mariage rendu ultra-compétitif par des décennies de politique de l'enfant unique, ayant pour conséquence un déficit de femmes qui se chiffre en millions d'absentes.
Les célibataires sont appelés péjorativement "branches nues", dans ce pays où l'injonction de faire grandir et prospérer l'arbre généalogique est forte.
La recherche d'une fiancée en Chine est en outre compliquée par le fait que nombre de Chinoises retardent le plus possible l'âge de se marier, afin de profiter de l'indépendance économique que leur procure leur emploi en ville. Désespéré de n'avoir pas d'héritier mâle de son premier mariage et souffrant de la solitude, M. Zhou a déboursé plus de 17.000 euros pour faire venir une Vietnamienne de 26 ans dans sa province du Jiangsu, dans l'est de la Chine.
"Pour les gens de mon âge, avec de l'argent on évite de perdre du temps" à chercher une femme de façon classique, explique cet homme d'affaires qui s'est depuis lancé lui-même dans le secteur très lucratif de la mise en relation, via son site Internet, de fiancées vietnamiennes avec des célibataires chinois.
"C'est rentable", dit-il, assurant que toutes les candidates que son agence fait venir sont consentantes, alors même que côté vietnamien, ONG et familles de victimes évoquent des enlèvements et promesses mensongères.
Il ne s'étend pas sur ses bénéfices, si ce n'est qu'il tarife ses services plus de 15.000 euros. Sur son site Internet, s'accumulent les photos de jeunes femmes de 20 à 28 ans "attendant le mariage".
Les médias officiels chinois évoquent des prix allant jusqu'à 25.000 euros dans certaines régions.
Car la pression sociale est énorme sur les célibataires. "Le mariage n'est pas seulement une affaire privée, cela concerne toute la famille", explique Jiang Quanbao, spécialiste en étude des populations de l'université Xian Jiaotong, interrogé par l'AFP.  Le déficit de femmes se fait tout particulièrement sentir dans les zones rurales. Et marier son fils célibataire est une question d'honneur familial, souligne l'universitaire. "Acheter une femme qui a été kidnappée devient dès lors le choix de la dernière chance", ajoute M. Jiang.
Le trafic d'êtres humains est punissable en Chine de dix ans de prison, mais malgré le risque et les quelques opérations de la police chinoise qui ont cours, le secteur ne donne pas de signe d'affaiblissement.
"Les bénéfices sont énormes et les trafiquants n'ont aucun intérêt à s'arrêter", déplore Mimi Vu, de la fondation Pacific Links, basée au Vietnam, qui lutte contre ce trafic.
Officiellement, la politique de l'enfant unique en Chine n'existe plus depuis le 1er janvier 2016 mais il faudra des années avant que le pays ne retrouve un équilibre hommes-femmes. Le déficit démographique est aujourd'hui de 33 millions de femmes.
Dans ce contexte, M. Zhou voit son entreprise comme "un service public".
Les hommes à la recherche d'une fiancée étrangère sont souvent des habitants de zones rurales, des malades, des handicapés ou des personnes n'ayant pas assez d'argent pour payer la dot d'une fiancée chinoise.
Les cas d'intermédiaires véreux et de fiancées s'enfuyant après avoir empoché l'argent ont écorné le secteur, critiqué sur les réseaux sociaux.
Un homme de la région d'Hubei, dans l'est de la Chine, a ainsi récemment raconté dans un journal local comment sa fiancée vietnamienne s'était enfuie au bout de trois mois et avait avorté de leur bébé afin de se relancer dans la course au mari.
Pour trouver une fiancée, il avait déboursé près de 8.000 euros, empochés par un intermédiaire. "Maintenant je n'ai plus ni argent ni femme.... Je suis la risée du village", témoigne cet homme.
"Il est temps que le gouvernement prenne en main ce secteur", en conclut un internaute sur le site de microblogs chinois Weibo.


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