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26 écrivains de renom condamnent l'occupation israélienne

Parmi les auteurs, un prix Nobel et trois prix Pulitzer




Un recueil d'écrits sur l'occupation des
Territoires palestiniens par Israël depuis 50 ans vient d’être publié. Les revenus du livre iront à l'une
des ONG les plus détestées du gouvernement
de Benjamin Netanyahu
.


«Un Royaume d'olives et de cendres» rassemble des textes de 26 auteurs, le Nobel Mario Vargas Llosa, trois prix Pulitzer dont Geraldine Brooks, et des plumes comme l'Américain Dave Eggers, l'Irlandais Colm Toibin ou la Française Maylis de Kerangal. Les éditeurs, le couple Michael Chabon/Ayelet Waldman --lui Américain, elle Israélo-Américaine--, juifs tous les deux, entendent secouer par l'écriture l'indifférence généralisée qui s'est installée à l'égard de ce conflit vieux d'un demi-siècle et exposer les conséquences concrètes de l'occupation sur les Israéliens et les Palestiniens.
"Nous pensions qu'il fallait trouver un moyen d'attirer l'attention des gens, au moins d'une partie des gens", a confié Michael Chabon à l'AFP. En mettant à contribution des célébrités littéraires, lui et sa femme veulent que les lecteurs "mordent à l'hameçon d'une écriture vraiment remarquable", avoue Michael Chabon, prix Pulitzer 2001 pour les "Extraordinaires aventures de Kavalier et Clay". L'ouvrage sort à dessein cinquante ans après la guerre des Six Jours, marquant le début de l'occupation des Territoires palestiniens par l'Etat hébreu.
Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville sainte, a depuis été annexée par Israël, même si l'ONU ne reconnaît pas cette décision. La Cisjordanie reste aussi occupée par l'armée israélienne et deux millions de Palestiniens vivent enfermés dans la Bande de Gaza soumise à un rigoureux blocus. Les violences continuent et les perspectives de règlement du conflit tout comme la fin de l'occupation ont rarement paru plus lointaines. Les auteurs qui ont contribué à "Un Royaume d'olives et de cendres", publié en anglais, arabe, hébreu, français, espagnol et italien, sont venus sur place au cours des deux dernières années pour rendre compte des réalités de l'occupation. Le chapitre écrit par Michael Chabon insiste sur le caractère "arbitraire" de l'occupation israélienne en Cisjordanie, qui soumet les Palestiniens à la lourdeur de la bureaucratie et au bon vouloir de tel ou tel soldat ou officier israélien. Le romancier américain Dave Eggers s'est rendu à Gaza pour raconter comment les Palestiniens vivent dans cette enclave souvent qualifiée de "plus grande prison du monde à ciel ouvert". L'auteur du "Cercle" et de "Zeitoun" rapporte les frustrations des Gazaouis devant leur réclusion, mais aussi devant les restrictions imposées par le mouvement islamiste Hamas qui les gouverne.
Le bénéficiaire des ventes du livre est l'un des acteurs indirects du conflit. L'ONG israélienne Breaking the Silence offre sous le couvert de l'anonymat une plateforme aux soldats israéliens pour raconter leur vécu et dénoncer les agissements selon eux condamnables de l'armée dans les territoires palestiniens occupés.
Breaking the Silence est l'une des bêtes noires du gouvernement considéré comme le plus à droite de l'histoire d'Israël. Elle et d'autres organisations opposées à l'occupation sont soumises depuis des mois à de rudes attaques du gouvernement qui cherche à restreindre leurs activités. Une grande partie de la droite accuse Breaking the Silence de trahir la cause d'Israël. Ayelet Waldman, née à Jérusalem et vivant aux Etats-Unis, s'alarme du fossé grandissant selon elle entre cet Israël et les nouvelles générations de juifs américains. 71% des juifs américains ont voté pour la démocrate Hillary Clinton à la présidentielle de 2016, et 24% pour le républicain Donald Trump, malgré la promesse de celui-ci d'être le président le plus pro-israélien de l'histoire.
Pour les générations de ses parents et même la sienne, il était facile d'être "progressistes sur tous les sujets, sauf Israël", dit Ayelet Waldman, 52 ans. Mais les juifs américains d'une vingtaine ou d'une quarantaine d'années "n'ont plus envie de faire une exception pour Israël dans leur vision du monde, ils ne veulent plus de l'hypocrisie qui caractérisait ma génération et celles d'avant", dit-elle.
Ayelet Waldman explique qu'elle ne peut rester passive alors que l'occupation de territoires se poursuit en son nom puisqu'elle est juive et qu'Israël se revendique comme Etat juif.
L'occupation est un "édifice" fait de multiples briques, dit-elle. "Ce livre, c'est notre brique à nous, que nous enlevons de l'édifice. Au bout du compte, quand on aura enlevé assez de briques, il s'écroulera".

M.O.
Mardi 20 Juin 2017

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