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​Rui Gomes : Les jeunes changent d’une génération à l’autre, mais la jeunesse est toujours là




​Rui Gomes : Les jeunes changent d’une génération à l’autre, mais la jeunesse est toujours là
En marge du Forum mondial des droits de l’Homme qui a eu lieu du 27 au 30 novembre 2014 à Marrakech, Libé a rencontré Rui Gomes, chef de division Education 
et Formation au sein du Conseil de l’Europe. 
Le sujet: la thématique des jeunes et leurs droits. 
Entretien


Libé : Dans quel cadre se situe votre visite au Maroc ? 

Rui Gomes : Je suis ici à l’occasion du Forum mondial des droits de l’Homme, mais également dans le cadre d’un projet du Conseil de l’Europe relatif à la participation démocratique des jeunes que nous menons avec des organisations marocaines ainsi qu’avec des ONG de Tunisie et d’Algérie. Nous sommes donc ici pour la rencontre des animateurs et formateurs parmi les jeunes dirigeants de la société civile pour reprendre ce qui a été accompli en termes de projets novateurs et   de démarches pour stimuler la participation démocratique des jeunes, non seulement au niveau électoral, mais aussi de manière globale dans la promotion d’une culture démocratique, où les jeunes sont responsables et écoutés. Il ne suffit pas de pouvoir protester et revendiquer mais aussi de savoir proposer. Et c’est cet esprit que nous comptons promouvoir. 

Qu’en est-il de la campagne « Non à la haine » que vous allez lancer avec les jeunes de l’AJJ ? 

Effectivement, les jeunes au Conseil de l’Europe ont lancé en mars 2013 une campagne baptisée  « Mouvement contre la haine ». Cette action vise à sensibiliser les jeunes, les pouvoirs politiques et les grands réseaux sociaux comme Facebook, Twitter… sur les risques et les dangers des discours de haine sur Internet. 

C’est quoi, selon vous, un discours de haine ? 

C’est tout ce qui fait l’apologie, la justification ou l’incitation à la haine basée sur le racisme, la religion…

Y a-t-il des projets pratiques que vous menez au Maroc ? 

Pas encore, mais nous avons déjà beaucoup de partenaires intéressés que nous allons  écouter d’abord, puis avec lesquels nous allons pouvoir lancer la campagne au Maroc pour que des projets se mettent en place. Le problème de la «haine» ne concerne pas uniquement l’Europe, mais aussi  d’autres régions. La campagne a déjà été lancée au Canada et au Mexique. Pour nous, ce qui est intéressant, c’est que ce sont les jeunes qui ont proposé l’action et ce sont eux qui mènent la campagne. Nous ne faisons au sein du Conseil de l’Europe qu’offrir le cadre, mais ce sont eux qui en font ce qu’ils pensent bien. 

Quel regard évaluatif portez-vous sur les projets initiés au Maroc ? 

Je ne voudrais pas anticiper, mais je peux déjà dire que les grands axes de notre partenariat sont positifs. D’abord, le cadre législatif au Maroc est plutôt permissif, notamment avec la création des conseils des jeunes et de la vie associative. Ce qui a beaucoup stimulé les attentes et les esprits, c’est très encourageant. Nous sentons que les choses bougent de ce côté. Nous allons donc voir ce que les jeunes ont réussi mais aussi là où il y a encore des choses à faire, pour encourager les démarches créatrices et innovatrices. 

Comment comptez-vous procéder ? 

Nous entendons institutionnaliser nos démarches, car les jeunes ne sont pas fixes dans leurs organisations. Ils changent d’une génération à l’autre, mais la jeunesse est toujours là. C’est l’exemple du vélo : on ne peut s’arrêter de pédaler de peur de tomber. Il faut toujours faire intégrer d’autres jeunes. 

Des projets réussis au Maroc ? 

Nous n’avons pas de projets à nous, en tant que Conseil de l’Europe, mais nous soutenons des projets initiés par des ONG marocaines ; c’est très important à souligner. Les exemples d’association à Assilah ou celle des jeunes pour les jeunes (AJJ) sont des projets très intéressants. Nous allons nous pencher sur le fond de ce que nous comptons développer, mais encore faut-il rencontrer les ONG intéressées. 

En rapport avec la FMDH, quelle part ont les jeunes au niveau des droits humains ? Le discours sur les jeunes ne serait-il pas en train d’être banalisé ? 

Je comprends le sens de la question, mais je ne sais pas si je suis d’accord avec ses insinuations. Le problème est quand on parle des droits des jeunes, il faut savoir qu’on parle des politiques publiques qui ont souvent très peu de moyens, dans un contexte où les attentes sont énormes. L’important donc, ce n’est pas de créer des structures sans contenu et sans vie, ni dynamique. On peut construire un centre de jeunes, mais vide toute l’année! Les droits de l’Homme appartiennent à tout le monde y compris les jeunes. Les jeunes ont besoin d’organes pour défendre leurs droits, mais les droits des jeunes ne sont pas étrangers ni ne s’opposent aux droits des autres gens. Il y a, à mon avis, une démarche citoyenne à sauvegarder. Une question reste importante : les responsables politiques sont-ils en mesure de répondre aux attentes qu’ils créent lors des campagnes électorales ? Cela demande donc un processus réfléchi. 

Finalement, que représente un jeune, selon vous, pour le Conseil de l’Europe ? 

D’abord, il faut dire que l’âge est très important. Dans les pays constituant le Conseil, et avec toute la diversité des 47 Etats membres, on s’accorde à dire que la jeunesse va jusqu’à 30 ans. Mais commence-t-elle à 18 ou 15 ans : Cela dépend des définitions de chaque Etat. Ce sont là des critères formels ; après c’est le critère sociologique dans lequel la jeunesse n’est qu’une étape de transition vers l’autonomie. Dans chaque pays à part, ce passage vers l’autonomie suit un parcours particulier, les conditions socio-économiques y jouent un rôle essentiel. Dans certains pays, le jeune peut être autonome à 20 ans, dans d’autres à 30 ans, et dans certains autres,  l’autonomie peut durer jusqu’à un âge assez avancé ! 

C’est le cas des pays nord-africains où les jeunes n’atteignent pas vite l’étape d’autonomie ? 

C’est un phénomène qui existe de plus en plus en Europe aussi. C’est ce que j’appelle personnellement la jeunesse éternelle. Nous organisons à Strasbourg un symposium baptisé « For ever young » (Toujours jeune). Est-ce qu’on est condamné pour toujours à rester sans autonomie et à ne pas fonder de famille et ne  pas pouvoir se prendre en charge soi-même ? On assiste à des jeunes qui vivent aux dépens de leurs parents sans possibilité d’autonomie. Cela nous inquiète vraiment au Conseil de l’Europe. Il n’existe pas sur le champ de solution appropriée, mais il faut que les pouvoirs publics donnent la priorité à cette question. Le malheur est qu’on crée une génération dépendante, mais qui se transforme au fil du temps en une génération exclue, avec tous les maux sociaux et politiques de cette situation.  

Propos recueillis par Mustapha Elouizi
Mardi 9 Décembre 2014

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