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​Réédition de “Lectures du Coran” Hommage posthume au grand penseur Mohammed Arkoun




Le défunt a toujours milité en faveur du dialogue entre les religions






Mohammed Arkoun avait revisité son livre juste 
un peu avant sa mort pour l’enrichir en ajoutant  
des chapitres qui portent essentiellement 
sur le jihad, la place de la femme dans 
l’islam et la situation de l’islam en Europe.

Comment lire le Coran aujourd'hui ? C'est la question que soulève l'écrivain et philosophe Mohammed Arkoun, dans son œuvre éditée à titre posthume: «Lectures du Coran». La Bibliothèque nationale du Maroc a organisé le 28 février pour l'occasion, une table ronde à laquelle ont contribué proches, amis et chercheurs qui, chacun à sa manière, ont rendu un hommage au philosophe qui entendait faire sortir la pensée en islam de son cadre figé. Faut-il rappeler que Mohammed Arkoun, auteur de plusieurs ouvrages en français, anglais et arabe avait toujours plaidé pour une grande ouverture des études islamiques sur les apports des sciences humaines et sociales. Une telle orientation de la pensée a contribué à produire une révolution pacifique, humaniste et moderne dans l'étude de la raison islamique en critiquant ses fondements de base. Les participants à cette table ronde ont unanimement souligné  les effets bénéfiques de la lecture de ses œuvres, de les interpréter et de les enseigner. Ce grand philosophe a  fait  le  constat suivant : «Un immense désordre sémantique a gagné les régions les plus intimes, les plus délicates, les plus essentielles de la conceptualisation dans les langues d’expression de l’islam ». On pourrait ajouter que ce désordre sémantique gagne aussi bien les langues en usage en Europe et en Amérique, notamment lorsqu’elles doivent exprimer les comportements relevant du  «religieux», et du religieux islamique tout particulièrement. Il s'agit, à l’évidence, de l'un des mérites des travaux de Mohammed Arkoun, qui a rappelé que le chaos de la pensée et donc de l’action se situe, à l’origine, dans un dérèglement du langage. Diverses notions ont été abordées dans l'ouvrage présenté lors de la table ronde, entre autres, le thème de l'imaginaire. Il invite son lecteur à s'interroger sur la place qu'occupe l'imaginaire dans sa perception de la société et de la réalité environnante. Mohammed Arkoun était également un historien dont les écrits s'inscrivent à contrecourant d’une «pensée» de consommation courante concernant l’islam qui est le témoin de la dégradation historique de la spéculation critique à l’époque actuelle. Il prenait à contrepied ce qui dominait le discours de la plupart des musulmans sur leur propre culture et en particulier sur la religion et contestait l'approche descriptive des textes religieux.
Né le 14 septembre 1928 à Taourirt-Mimoun en Algérie, et décédé le 14 septembre 2010 à Paris, Mohammed Arkoun a écrit plusieurs ouvrages à travers lesquels il milite activement en faveur du dialogue entre les religions, en mettant en relief l'importance de l'humanisme et de la laïcité dans les sociétés actuelles. Son ouvrage est une «déconstruction» de tout ce qui est sacralisé depuis des siècles. Il rassemble un ensemble d'essais consacrés, entre autres, à l'étude de la place de la religion dans la vie politique d'un pays. A ce propos, l'auteur interroge ses lecteurs au sujet de la dissociabilité de la religion et de la politique. En prônant la séparation de l’Etat et la religion, Mohammed Arkoun est pour l'impartialité ou la neutralité de ce dernier à l'égard des confessions religieuses. Il pense qu'il est essentiel que l'islam accède à la modernité politique et culturelle. Il appelle même à une révolution de la pensée islamique. Accepter une telle démarche implique des ruptures surtout pour des consciences endormies par de longs siècles de décadence. D'après lui, les réformes entreprises dans le monde arabo-musulman depuis plusieurs décades n'ont à ce jour pas permis de dissiper ce passif culturel; et plusieurs obstacles portant notamment sur la pensée et la conduite des musulmans restent à franchir pour sortir de l'abîme.Les idées de Mohammed Arkoun continuent à éclairer les pas de ceux qui entreprennent et poursuivent le combat pour que la raison puisse vaincre un jour l'obscurantisme.


Youssef Kharoufi (Stagiaire)
Vendredi 3 Mars 2017

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