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​Comment planter un milliard d’arbres au Maroc




​Comment planter un milliard d’arbres au Maroc
C’est la saison de plantation. Alors que les populations marocaines font du mieux qu'elles peuvent pour planter des arbres et des plantes qui leur permettront d'améliorer leur avenir et d’assurer la sécurité alimentaire, il convient de se poser une question. Comment les familles d'agriculteurs peuvent-elles planter, valoriser leur produit en fonction de leur potentiel et surmonter ainsi les pratiques de l’agriculture de subsistance qui les enferment dans le carcan de la pauvreté ?
 La bonne nouvelle est que des éléments de solution existent. Il s’agit maintenant de mettre des projets pilotes à l'échelle du pays, aussi considérables que soient les défis de planter avec cette envergure, avec leurs implications pour la gestion des ressources en eau et l'absorption de quantités bien plus importantes de produits par les marchés. 

Les facteurs de réussite -
Les plantes et les terres

Tout d'abord, et fort heureusement, dans les zones mêmes où la pauvreté est la plus concentrée, il existe aussi une large gamme de variétés d’arbres et de plantes indigènes qui mûrissent sans utilisation de pesticides et autres produits chimiques. La liste comprend des arbres fruitiers comme le noyer, le grenadier, l'olivier, le citronnier, le figuier, le caroubier, le dattier et l'amandier ainsi que des plantes aromatiques et médicinales, comme les câpres, la lavande, la menthe, l'origan, le romarin, la sauge et le thym.
L’obtention de la certification biologique de ces espèces et de certaines autres augmente considérablement la valeur des produits. En outre, avec cette large gamme de produits (et les possibilités de la transformation à valeur ajoutée, comme le séchage ou l'extraction d'huile), la saturation du marché peut être évitée et chaque région aurait l'occasion de se développer sur le plan agricole selon son créneau biologique spécifique.
Ensuite, une institution publique marocaine, le Haut-commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (communément appelé ‘Eaux et Forêts’), a brillé par son soutien à des projets pilotes en prêtant des terrains sur lesquels ont été établies des pépinières communautaires.
Un grand nombre de ces pépinières doit être créé pour permettre au Royaume de générer le milliard de plantes estimées nécessaires pour sortir ses ruraux du cycle de la pauvreté. En outre, les pépinières doivent être décentralisées en termes d'organisation; elles doivent être spécialisées dans les variétés de plantes indigènes de leur région spécifique et doivent enfin faciliter la formation des membres des communautés locales au processus complet d'établissement et de gestion des pépinières.
Cependant, les familles d’agriculteurs ont des préoccupations légitimes quant aux risques qu'elles prennent lors de la transition du cycle historique de l'orge et du maïs, qui les maintient dans la pauvreté, vers des cultures commerciales plus lucratives. Le prêt des terres par les Eaux et Forêts permet aux agriculteurs de dissiper ces inquiétudes puisque, de leur point de vue, ils ne perdront pas l'utilisation de leurs terres arables pendant la période de deux ans nécessaire au mûrissement des arbres et des plantes à partir des semences.
Au niveau du projet, la contribution des Eaux et Forêts est non seulement tout à fait louable, mais aussi réellement essentielle pour éradiquer la pauvreté rurale. En outre, elle démontre une grande souplesse de la part du Haut-commissariat à s’adapter pour inclure non seulement les arbres forestiers classiques, mais aussi éventuellement des arbres fruitiers biologiques et des variétés de plantes aromatiques indigènes.
Les projets pilotes réussis peuvent désormais être élargis à 500 ou 600 sites possibles à travers le Royaume, cette initiative se déroulant idéalement dans le cadre d'une stratégie nationale de développement.

Au premier rang
Les actions des Eaux et Forêts non seulement illustrent la vision nécessaire pour surmonter les obstacles fondamentaux à la croissance durable, mais placent aussi cette agence au premier rang pour la fourniture de terrains à cette fin au Maroc (le site pilote est une pépinière de noyers dans la commune d’Asni dans la région de Marrakech qui compte aujourd'hui près de 250 000 noyers).
D'autres commencent à suivre les pas des Eaux et Forêts. La communauté juive du Maroc, avec à peu près le même nombre de sites potentiels, pourrait en effet devenir un autre contributeur à grande échelle en prêtant des terres pour les pépinières communautaires à travers le Royaume.
Tout cela se situe dans un contexte culturel fascinant en soi et quasiment unique au Maroc. La coutume de vénération des saints hommes est entrée dans la vie des musulmans et des juifs marocains il y a plusieurs siècles. Il y a donc des centaines (en plus de leurs homologues musulmans) de personnalités juives, hommes et femmes, enterrées dans des lieux isolés ainsi que dans les cimetières établis, généralement dans des zones rurales. Suite à la diminution de la population juive au Maroc au cours du siècle dernier, cette tradition a été maintenue par la communauté encore présente ainsi que par une diaspora dynamique, avec l’appui moral et pratique du gouvernement et du peuple marocains.
Hormis l'entretien nécessaire à ces sites sacrés, les terres arables inutilisées qui les jouxtent recèlent un potentiel. Le site pilote de ce qui est essentiellement une initiative interculturelle, le terrain appartenant à la communauté juive apportant un nouvel espoir à la communauté locale d’agriculteurs musulmans, se trouve à Akrich dans la commune de Tamsloht, non loin de Marrakech non plus. 30.000 arbres y ont déjà été cultivés puis distribués en nature par la pépinière, qui a récemment fait l’objet d’une visite de Younès El Bathaoui, gouverneur de la province d'El Haouz. Un total de sept parcelles de ce type est désormais disponible pour le prêt et l'initiative est sur le point d'être lancée à travers le Royaume.
Tout cela illustre le modèle, à la fois pratique et progressiste, qui a été adopté au Maroc. Dans un pays en développement où la préservation culturelle comme une fin en soi peut être considérée comme un luxe, il a été décidé de créer plutôt un cadre pour célébrer la mosaïque des cultures du Royaume tout en faisant avancer les objectifs de développement humain. En outre, le Maroc est peut-être le seul lieu d’Afrique et du Moyen-Orient où la collaboration entre musulmans et juifs est une réalité avec cette utilisation créative de ressources culturelles.

Tous ensemble
C’est louable d'encourager d’autres intervenants à emboîter le pas en prêtant des terres pour l'établissement de pépinières d’arbres fruitiers et de plantes médicinales gérées par la communautaire, divers groupes et particuliers l’ayant déjà fait. Le ministère de l'Agriculture possède par exemple des centaines de centres de vulgarisation agricole à travers le Royaume, chaque centre pouvant éventuellement servir d’emplacement à une pépinière communautaire. Toujours est-il qu’en combinant toutes les parcelles dont disposent les Eaux et Forêts, la communauté juive du Maroc et le ministère de l'Agriculture pour les consacrer à cet usage, entre 70 et 100 millions de plants seraient générés chaque année.
Avec ces seules trois contributions à peu près égales, le Maroc serait en bonne voie pour planter les milliards d’arbres et de plantes nécessaires pour mettre fin au fléau de la pauvreté rurale apparemment implacable. De surcroît, des initiatives réussies de croissance verte peuvent servir de base financière à l'investissement dans une multitude de projets (éducation, santé, autonomisation des femmes et des jeunes) à grand potentiel. 
C’est la saison de plantation. Si nous réussissons, les possibilités de susciter un autre espoir seront illimitées.

* Président de la Fondation 
du Haut Atlas

Par le Dr Yossef Ben-Meir *
Vendredi 6 Mars 2015

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