La 31e édition du Salon international de l’édition et du livre de Rabat, organisée du 30 avril au 10 mai 2026, a confirmé une nouvelle fois que l’immigration marocaine n’est plus un simple prolongement démographique au-delà des frontières, mais qu’elle constitue désormais une force culturelle, intellectuelle et créative transcontinentale. Elle a également mis en lumière le rôle central joué par le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger dans la préservation de la mémoire de l’immigration marocaine, l’accompagnement de ses productions intellectuelles et artistiques, et le renforcement des liens entre les générations de Marocains du monde et leurs racines culturelles et humaines.
Grâce à une large participation d’intellectuels, d’artistes et de cinéastes venus de différents pays, y compris d’Australie, le Salon s’est transformé en un espace vivant reflétant la richesse de l’expérience marocaine de l’exil dans toute sa diversité linguistique, culturelle et artistique. Pendant dix jours d’une programmation dense, le Conseil a réussi à réunir plus de 120 participants provenant de 15 pays, qui ont animé plus de 70 rencontres intellectuelles et culturelles, confirmant ainsi la place croissante des Marocains du monde dans le paysage culturel marocain et international.
Cette présence ne s’est pas distinguée uniquement par son ampleur, mais également par la qualité des œuvres présentées — littéraires, intellectuelles et artistiques — qui ont illustré l’universalité de l’expérience marocaine de la migration, la diversité de ses langues et de ses champs d’expression, ainsi que la forte contribution des écritures féminines. Cette dynamique a notamment été marquée par la première participation de la romancière australienne d’origine marocaine Nadia Mehjouri, venue présenter son roman La moitié de la vérité,( Half Truth) à travers lequel elle revisite la mémoire familiale et son parcours humain.
Cette édition a également constitué un moment de fidélité à la mémoire de grandes figures nationales ayant marqué l’histoire de la littérature et de la pensée marocaines de l’exil. Des rencontres-hommages ont été consacrées au grand écrivain Driss Chraïbi à l’occasion du centenaire de sa naissance, ainsi qu’à Ahmed Ghazali, Mohamed Leftah et Salem Chaker. Ces hommages ont dépassé le simple geste symbolique : ils ont ravivé toute une mémoire littéraire et culturelle, en remettant au premier plan des œuvres qui ont raconté l’immigration marocaine avec une rare profondeur humaine et intellectuelle, faisant de la littérature de l’exil et de la migration une composante essentielle de la mémoire collective marocaine. Les œuvres de Driss Chraïbi demeurent, à cet égard, parmi les références majeures ayant abordé les questions de l’immigration, de l’identité et du déracinement.
Parmi les moments forts de cette édition figurait également la présence du dramaturge et réalisateur franco-marocain Mohamed El Khatib, invité d’honneur du Centre cinématographique marocain. Il y a présenté une expérience artistique singulière faisant de la mémoire, de l’exil, de la perte et de l’identité une matière de création et de réflexion. Les trois films projetés, ainsi que la lecture d’une de ses pièces, ont permis au public de découvrir un univers artistique profondément intime, où la relation à la mère se mêle à celles de la patrie, de l’identité et des racines.
Mohamed El Khatib est revenu sur son propre parcours de redécouverte du Maroc, pays de ses parents, en évoquant un symbole chargé de sens : la Renault 12 utilisée par sa famille lors des voyages migratoires. Grâce à son travail artistique, cette voiture est devenue un véritable objet de mémoire de l’immigration marocaine dans les musées français. A travers ses créations, notamment au musée Mucem de Marseille et au Grand Palais à Paris, El Khatib a contribué à redonner une visibilité à une mémoire longtemps marginalisée par les institutions culturelles françaises ou réduite à une approche paternaliste étroite.
Cette édition a également été marquée par une programmation riche et multilingue, en arabe, amazigh, français, anglais et espagnol, abordant les grandes mutations contemporaines de la migration : transition linguistique, traduction, circulation des œuvres littéraires, écritures féminines, mémoire des migrations et nouvelles formes de création artistique et littéraire.
Le Conseil n’a pas non plus négligé l’importance des transformations numériques et technologiques, annonçant le lancement de “Goul IA”, un outil conversationnel basé sur l’intelligence artificielle destiné aux Marocains du monde, dans une démarche visant à accompagner les nouvelles générations avec leurs propres langages et outils contemporains. Par ailleurs, la diffusion des rencontres sur YouTube a permis à des milliers de Marocains résidant à l’étranger de suivre les activités du Salon à distance, brisant ainsi les contraintes géographiques, professionnelles et familiales qui empêchent souvent une présence physique.
Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger poursuit ainsi son pari sur la culture comme pont stratégique entre le Maroc et ses citoyens du monde. Dans ce contexte, le président du Conseil, Driss El Yazami, a déclaré : «La culture constitue un champ essentiel de la contribution des Marocains du monde. Elle enrichit à la fois les sociétés d’accueil et la culture marocaine elle-même. Il est important de rappeler que l’apport de l’immigration ne se limite pas à la dimension économique, mais englobe également les dimensions intellectuelles, artistiques et humaines».
Il a ajouté que la modernité marocaine «se construit ici et ailleurs, dans un équilibre entre enracinement et ouverture», considérant que l’ouverture à l’autre demeure la réponse la plus forte face aux discours de fermeture et d’extrémisme.
Cette orientation revêt une importance croissante dans un contexte international marqué par la montée des courants d’extrême droite dans plusieurs pays européens, notamment en France, et par la progression des discours de haine et d’exclusion visant les immigrés. La culture apparaît ici comme une ligne de défense civilisationnelle et humaine, capable de faire face aux extrémismes et de consolider les valeurs de pluralisme, d’ouverture et de coexistence.
Depuis sa création, le Conseil a fait de la préservation de la mémoire culturelle de l’immigration marocaine l’un de ses axes majeurs, à travers la publication de centaines d’études, d’ouvrages et de créations artistiques en plusieurs langues. Selon les chiffres communiqués par le Conseil, 167 études, 60 romans et recueils littéraires, 20 beaux livres, 17 coffrets, 10 rapports et revues, 7 bandes dessinées, ainsi que 4 jeux et 5 catalogues d’exposition ont été publiés.
Ces chiffres ne reflètent pas seulement l’ampleur de la production, mais témoignent de l’existence d’un véritable projet culturel visant à documenter les trajectoires de l’immigration marocaine, préserver sa mémoire, faire connaître les créations des Marocains du monde au Maroc comme à l’étranger, et traduire ces œuvres dans plusieurs langues afin qu’elles atteignent le public le plus large possible.
C’est une véritable bataille de la mémoire que mène le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger pour défendre une histoire humaine et culturelle riche, celle de Marocains qui ont contribué, dans le silence, à façonner une part de l’image du Maroc moderne à travers le monde.
Paris. Par Youssef Lahlali
Grâce à une large participation d’intellectuels, d’artistes et de cinéastes venus de différents pays, y compris d’Australie, le Salon s’est transformé en un espace vivant reflétant la richesse de l’expérience marocaine de l’exil dans toute sa diversité linguistique, culturelle et artistique. Pendant dix jours d’une programmation dense, le Conseil a réussi à réunir plus de 120 participants provenant de 15 pays, qui ont animé plus de 70 rencontres intellectuelles et culturelles, confirmant ainsi la place croissante des Marocains du monde dans le paysage culturel marocain et international.
Cette présence ne s’est pas distinguée uniquement par son ampleur, mais également par la qualité des œuvres présentées — littéraires, intellectuelles et artistiques — qui ont illustré l’universalité de l’expérience marocaine de la migration, la diversité de ses langues et de ses champs d’expression, ainsi que la forte contribution des écritures féminines. Cette dynamique a notamment été marquée par la première participation de la romancière australienne d’origine marocaine Nadia Mehjouri, venue présenter son roman La moitié de la vérité,( Half Truth) à travers lequel elle revisite la mémoire familiale et son parcours humain.
Cette édition a également constitué un moment de fidélité à la mémoire de grandes figures nationales ayant marqué l’histoire de la littérature et de la pensée marocaines de l’exil. Des rencontres-hommages ont été consacrées au grand écrivain Driss Chraïbi à l’occasion du centenaire de sa naissance, ainsi qu’à Ahmed Ghazali, Mohamed Leftah et Salem Chaker. Ces hommages ont dépassé le simple geste symbolique : ils ont ravivé toute une mémoire littéraire et culturelle, en remettant au premier plan des œuvres qui ont raconté l’immigration marocaine avec une rare profondeur humaine et intellectuelle, faisant de la littérature de l’exil et de la migration une composante essentielle de la mémoire collective marocaine. Les œuvres de Driss Chraïbi demeurent, à cet égard, parmi les références majeures ayant abordé les questions de l’immigration, de l’identité et du déracinement.
Parmi les moments forts de cette édition figurait également la présence du dramaturge et réalisateur franco-marocain Mohamed El Khatib, invité d’honneur du Centre cinématographique marocain. Il y a présenté une expérience artistique singulière faisant de la mémoire, de l’exil, de la perte et de l’identité une matière de création et de réflexion. Les trois films projetés, ainsi que la lecture d’une de ses pièces, ont permis au public de découvrir un univers artistique profondément intime, où la relation à la mère se mêle à celles de la patrie, de l’identité et des racines.
Mohamed El Khatib est revenu sur son propre parcours de redécouverte du Maroc, pays de ses parents, en évoquant un symbole chargé de sens : la Renault 12 utilisée par sa famille lors des voyages migratoires. Grâce à son travail artistique, cette voiture est devenue un véritable objet de mémoire de l’immigration marocaine dans les musées français. A travers ses créations, notamment au musée Mucem de Marseille et au Grand Palais à Paris, El Khatib a contribué à redonner une visibilité à une mémoire longtemps marginalisée par les institutions culturelles françaises ou réduite à une approche paternaliste étroite.
Cette édition a également été marquée par une programmation riche et multilingue, en arabe, amazigh, français, anglais et espagnol, abordant les grandes mutations contemporaines de la migration : transition linguistique, traduction, circulation des œuvres littéraires, écritures féminines, mémoire des migrations et nouvelles formes de création artistique et littéraire.
Le Conseil n’a pas non plus négligé l’importance des transformations numériques et technologiques, annonçant le lancement de “Goul IA”, un outil conversationnel basé sur l’intelligence artificielle destiné aux Marocains du monde, dans une démarche visant à accompagner les nouvelles générations avec leurs propres langages et outils contemporains. Par ailleurs, la diffusion des rencontres sur YouTube a permis à des milliers de Marocains résidant à l’étranger de suivre les activités du Salon à distance, brisant ainsi les contraintes géographiques, professionnelles et familiales qui empêchent souvent une présence physique.
Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger poursuit ainsi son pari sur la culture comme pont stratégique entre le Maroc et ses citoyens du monde. Dans ce contexte, le président du Conseil, Driss El Yazami, a déclaré : «La culture constitue un champ essentiel de la contribution des Marocains du monde. Elle enrichit à la fois les sociétés d’accueil et la culture marocaine elle-même. Il est important de rappeler que l’apport de l’immigration ne se limite pas à la dimension économique, mais englobe également les dimensions intellectuelles, artistiques et humaines».
Il a ajouté que la modernité marocaine «se construit ici et ailleurs, dans un équilibre entre enracinement et ouverture», considérant que l’ouverture à l’autre demeure la réponse la plus forte face aux discours de fermeture et d’extrémisme.
Cette orientation revêt une importance croissante dans un contexte international marqué par la montée des courants d’extrême droite dans plusieurs pays européens, notamment en France, et par la progression des discours de haine et d’exclusion visant les immigrés. La culture apparaît ici comme une ligne de défense civilisationnelle et humaine, capable de faire face aux extrémismes et de consolider les valeurs de pluralisme, d’ouverture et de coexistence.
Depuis sa création, le Conseil a fait de la préservation de la mémoire culturelle de l’immigration marocaine l’un de ses axes majeurs, à travers la publication de centaines d’études, d’ouvrages et de créations artistiques en plusieurs langues. Selon les chiffres communiqués par le Conseil, 167 études, 60 romans et recueils littéraires, 20 beaux livres, 17 coffrets, 10 rapports et revues, 7 bandes dessinées, ainsi que 4 jeux et 5 catalogues d’exposition ont été publiés.
Ces chiffres ne reflètent pas seulement l’ampleur de la production, mais témoignent de l’existence d’un véritable projet culturel visant à documenter les trajectoires de l’immigration marocaine, préserver sa mémoire, faire connaître les créations des Marocains du monde au Maroc comme à l’étranger, et traduire ces œuvres dans plusieurs langues afin qu’elles atteignent le public le plus large possible.
C’est une véritable bataille de la mémoire que mène le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger pour défendre une histoire humaine et culturelle riche, celle de Marocains qui ont contribué, dans le silence, à façonner une part de l’image du Maroc moderne à travers le monde.
Paris. Par Youssef Lahlali









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