Driss El Yazami : La culture constitue un espace essentiel de contribution des Marocains du monde


Youssef Lahlali
Mercredi 6 Mai 2026

Driss El Yazami : La culture constitue un espace essentiel de contribution des Marocains du monde
A l’occasion de la tenue du Salon international de l’édition et du livre (SIEL) à Rabat, « Libé » s’est entretenu avec Driss El Yazami, président du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME).

Libé :  Le CCME participe au Salon international de l’édition et du livre (SIEL) de Rabat. Quelle sera la nature de votre participation cette année ?

Driss El Yazami :
Le CCME propose une programmation structurée autour de quatre temps forts. Nous célébrons d’abord le centenaire de Driss Chraïbi, avec des rencontres et des colloques dédiés à son œuvre. Un hommage sera également rendu à Mohamed El Khatib, à travers une sélection de ses pièces et documentaires. Nous commémorons par ailleurs l’écrivain et muséologue feu Ahmed Ghazali, avec la publication d’un recueil de ses œuvres théâtrales.

Parmi les nouveautés, la rubrique « Les invités font le programme » introduit une approche participative : les auteurs de nos éditions précédentes contribuent directement à la programmation, donnant lieu à une vingtaine de rencontres.

Nous proposons aussi un café littéraire et une librairie éphémère offrant plus de 200 titres autour de la migration, de la mémoire et de la création contemporaine des Marocains du monde, avec un espace dédié à la jeunesse. Enfin, le CCME publie plusieurs ouvrages, dont la réédition de six romans d’Edmond Amran El Maleh, un coffret de sept romans de Driss Chraïbi et un autre de six œuvres de Mohamed Leftah, ainsi qu’une vingtaine d’essais et de fictions, incluant des traductions en arabe et une publication en tifinagh.

Vous insistez souvent sur la dimension culturelle de l’émigration marocaine. Pourquoi ce choix ?

Parce qu’elle reste encore insuffisamment reconnue. Depuis 2009, le CCME œuvre à valoriser la production culturelle des Marocains du monde, notamment au SIEL. L’objectif est double : faire connaître ces auteurs au public marocain et souligner leur rôle dans la compréhension des transformations de la migration.
Cette littérature s’inscrit dans une longue histoire, portée par des figures majeures comme Driss Chraïbi, Tahar Ben Jelloun ou Abdellatif Laâbi, mais aussi par de nouvelles générations, souvent nées à l’étranger. Elles expriment aujourd’hui des identités plurielles et des trajectoires inédites.

Comment cette double culture peut-elle être une richesse dans un contexte marqué par la montée de l’extrême droite en Europe ?

La culture constitue un espace essentiel de contribution des Marocains du monde. Elle enrichit à la fois les sociétés d’accueil et la culture marocaine. Il est important de rappeler que l’apport de la migration dépasse largement le cadre économique : il est aussi intellectuel, artistique et humain.
Comme l’ont souligné plusieurs discours Royaux récents, la modernité marocaine se construit ici et ailleurs, dans un équilibre entre enracinement et ouverture. Dans ce contexte, l’ouverture à l’autre reste notre meilleure réponse face aux replis identitaires et aux discours extrémistes.

Le CCME privilégie-t-il le volet culturel au détriment des dimensions économiques ou sociales ?

Non. Si la culture est plus visible dans des événements comme le SIEL, elle ne constitue qu’une composante de notre action. Le CCME traite l’ensemble des enjeux liés aux Marocains du monde : économie, compétences, recherche, sport…
Tout au long de l’année, nous organisons des rencontres et des études sur ces différents aspects. La culture joue un rôle transversal, mais elle ne résume pas à elle seule notre mission.

Peut-on dire aujourd’hui que le CCME a réussi sa mission de valorisation de la migration marocaine ?

Le travail engagé depuis plus de deux décennies a permis des avancées significatives. Cette année encore, notre participation au SIEL réunit plus de 120 invités issus d’une quinzaine de pays, témoignant de la diversité et de la vitalité des Marocains du monde.

A travers nos publications, nos rencontres et notre présence continue au Salon depuis 2009, nous contribuons à structurer un espace de réflexion et de reconnaissance autour des migrations marocaines. Il s’agit d’un travail de fond, qui s’inscrit dans la durée.

Propos recueillis par Youssef Lahlali
 


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