Tarique Rahman, le "fils de" reprend le flambeau de sa mère


Libé
Vendredi 13 Février 2026

Tarique Rahman, le "fils de" reprend le flambeau de sa mère
Longtemps dans l'ombre de sa Première ministre de mère Khaleda Zia, Tarique Rahman va enfin prendre la lumière. A 60 ans, le chef du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) s'apprête à prendre les rênes du pays avec l'ambition de "faire mieux" que son illustre parente.

Un an et demi après les émeutes meurtrières qui ont causé la chute du régime de fer de l'ex-Première ministre Sheikh Hasina, le BNP a revendiqué vendredi une large victoire aux élections législatives.

Les projections publiées vendredi par les télévisions locales le créditent d'une confortable majorité absolue de sièges au Parlement, loin devant la coalition des islamistes du Jamat-e-Islami, qui devrait faire de Tarique Rahman le prochain Premier ministre du Bangladesh.
Héritier d'une longue dynastie politique, cet homme discret aux fines lunettes d'acier se défend de n'être que "fils de".
Les projections publiées vendredi par les télévisions locales créditent Tarique Rahman d'une confortable majorité absolue de sièges au Parlement, loin devant la coalition des islamistes du Jamat-e-Islami
"Eux sont eux, je suis moi", affirmait-il à l'AFP à l'avant-veille du scrutin en évoquant son patronyme et ses parents. "J'essaierai de faire mieux qu'eux."

Son arrivée à la tête du pays de 170 millions d'habitants à 90% musulman a des allures de promotion éclair pour celui qui, il y a trois mois encore, coulait un exil tranquille à Londres, loin de Dacca et ses turpitudes politiques.
Dix-sept-ans après l'avoir quitté, Tarique Rahman est rentré au Bangladesh en décembre, quelques jours seulement avant la mort de sa mère Khaleda Zia.

Dans son bureau de la capitale, sous les portraits de ses parents, le fils a confié les "sentiments mêlés" qui l'ont envahi à son retour. Entre la "joie" de retrouver ses proches et la "douleur" du décès de sa mère.
 
Apprentissage
 
"Quand vous rentrez à la maison après si longtemps, n'importe quel fils veut serrer sa mère dans ses bras. Je n'ai pas eu cette chance", a-t-il détaillé.
Sitôt à Dacca, il a aussitôt pris la tête du BNP et de sa campagne pour les législatives. Pendant des semaines, le dauphin a parcouru les estrades et tenté d'imposer, micro en main et voix douce, sa personnalité.

Difficile d'exister dans l'ombre d'un père président du pays, le général Ziaur Rahman, assassiné en 1981, et d'une mère trois fois Première ministre, figure écrasante de la vie politique bangladaise pendant quarante ans.

Né en 1967, le jeune Tarique a fait son apprentissage politique dans les pas de sa mère. Dès 1991, il apparaît à ses côtés lors de la campagne victorieuse qui lui permet de devenir la première femme Première ministre du pays.

"Elle s'était présentée dans cinq circonscriptions", se souvient-il. "J'y faisais campagne pour elle. C'est comme ça que j'ai lentement appris les ficelles de la politique."
Homme de l'ombre, il devient une des figures-clé du BNP. Ses adversaires le soupçonnent de diriger une administration parallèle et corrompue.

En 2006, un télégramme diplomatique américain révélé par WikiLeaks le décrit déjà comme "le dauphin présumé" de sa mère, et aussi un personnage "qui inspire peu de monde mais en irrite beaucoup".
D'autres câbles le présentent comme "l'emblème d'un gouvernement kleptocratique et d'une façon violente de faire de la politique".
 
"Erreurs"
 
En 2007, il est arrêté par les militaires revenus au pouvoir pour des malversations qu’il a toujours niées.
Remis en liberté en 2008, Tarique Rahman, qui dit avoir été torturé pendant sa détention, profite d'un séjour médical à Londres pour y rester.

Le fils de Khaleda Zia devient alors l'une des cibles de Sheikh Hasina. Les deux femmes se vouent une haine féroce dont les épisodes ont nourri la "guerre des bégums".
En 2013, il est accusé de tirer depuis son exil londonien les ficelles des manifestations violentes lancées dans le pays par le BNP, qui feront des centaines de victimes.

Cinq ans plus tard, il écope d'une peine de réclusion à perpétuité, accusé d'avoir orchestré un attentat visant une réunion publique de Sheikh Hasina.
Sans entrer dans les détails, Tarique Rahman a concédé à l'AFP s'être parfois égaré. "Même si on ne le veut pas, on peut faire des erreurs (...), j'en suis désolé."

Mari d'une cardiologue et père d'une fille, il était resté discret ces dernières années. Mais depuis la chute de l'ex-Première ministre, il était réapparu sur les réseaux sociaux, avec son chat Jebu, et ne faisait plus guère mystère de sa volonté de rentrer dans son Bangladesh natal.
Lui-même l'a reconnu, une tâche "immense l'attend" : rebâtir un pays qu'il dit "détruit" par l'ancien régime.


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