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Une transition qui perdure

Vers plus d’égalité des chances dans le système éducatif


Mehdi Ouassat
Mercredi 17 Avril 2024

Une transition qui perdure
Au Maroc, l'égalité des chances entre les sexes en matière d’éducation demeure un objectif crucial. Il est vrai que les politiques publiques visent à instaurer une approche intégrée pour garantir cette égalité et créer un environnement où chaque individu, indépendamment de son genre, peut avoir un accès équitable à l'éducation et aux opportunités qui en découlent. Mais malgré l’avancée des mesures législatives, des obstacles persistent et leur mise en œuvre reste un défi de taille, compte tenu de l’écart existant entre les dispositions des textes juridiques et les contraintes sociétales.
Habib El Malki
En dépit des efforts déployés sur les plans juridique et réglementaire dans le cadre de l’approche genre, les résultats obtenus dans ce domaine demeurent relativement limités, compte tenu de l’écart existant encore entre les dispositions des textes juridiques et les contraintes sociétales
«Les politiques publiques en matière d’éducation veillent à adopter une approche intégrée en vue d’atteindre l’égalité des chances entre les sexes», a souligné, mardi à Rabat, le président du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS), Habib El Malki. S’exprimant à l’ouverture d’une journée d’étude sous le signe «L’approche genre dans le système éducatif : vers une transition pour plus d’équité et d’égalité des chances», Habib  El Malki a relevé que les programmes des politiques publiques dans le domaine éducatif tiennent à adopter une approche intégrée qui vise à promouvoir l’équité et l’égalité et à assurer les conditions de l’égalité des chances entre les sexes, tout en rejetant toute forme de discrimination et de violence à l’égard des femmes.

Il a, par ailleurs, estimé qu’en dépit des efforts déployés sur les plans juridique et réglementaire, les résultats obtenus dans ce domaine demeurent relativement limités, en raison de contraintes sociétales.

En effet, les disparités entre les dispositions légales et lesdites contraintes continuent d'entraver les progrès vers une éducation véritablement égalitaire. Les normes culturelles et sociales, parfois enracinées depuis des générations, peuvent constituer des obstacles majeurs à la mise en œuvre effective des politiques d'égalité des sexes dans les écoles. Les stéréotypes de genre, les inégalités d'accès à l'éducation, les taux de décrochage scolaire disproportionnés entre les sexes et d'autres formes de discrimination continuent d'exister dans les salles de classe.

Une transition qui perdure
Contacté par Libé, le sociologue Ahmed El Moubarik nous explique que «les inégalités de genre dans l'éducation reflètent souvent les normes et les valeurs socioculturelles profondément enracinées dans la société marocaine». Selon lui, «pour progresser vers une véritable égalité des sexes, il est nécessaire de remettre en question ces normes et de promouvoir des changements culturels qui valorisent l'éducation des filles et des femmes». «Cela nécessite un engagement collectif de la part de la société, en partenariat avec les autorités, pour créer un environnement propice à l'égalité des chances dans tous les domaines de l'éducation», estime-t-il.

Pour sa part, Omar Ennajwi, chercheur en sciences de l’éducation, souligne  que «dans les salles de classe et les couloirs des écoles, les stéréotypes de genre persistent comme des ombres obsédantes». «Les filles sont parfois découragées de s'engager dans des disciplines scientifiques ou techniques, tandis que les garçons peuvent être raillés s'ils montrent un intérêt pour les arts ou les domaines traditionnellement associés aux femmes», souligne-t-il. «Ces attitudes perpétuent des schémas d'inégalité qui entravent l'épanouissement individuel et le progrès collectif», ajoute le spécialiste.

«Au-delà des écoles, les défis s'amplifient. Dans de nombreuses régions, l'accès à l'éducation reste un privilège inégalement réparti, avec des filles souvent reléguées aux marges de cette opportunité», poursuit Omar Ennajwi. Et d’ajouter : «Les barrières socio-économiques et les contraintes culturelles se dressent comme des remparts, limitant les aspirations et réduisant les chances d'un avenir meilleur pour des millions de filles et de jeunes femmes».

Face à ces défis, une réflexion profonde et des actions concertées s'imposent. Les politiques publiques doivent transcender les simples déclarations d'intention pour s'attaquer aux racines mêmes de l'inégalité. «Cela nécessite un engagement ferme à transformer les mentalités, à éliminer les préjugés et à créer des environnements éducatifs inclusifs où chacun, quel que soit son genre, peut s'épanouir et réaliser son plein potentiel», déclare le sociologue Ahmed El Moubarik.

En somme, l'éducation demeure le pilier fondamental sur lequel repose l'édifice de l'égalité des sexes. Toutefois, tant que les écarts entre les politiques proclamées et les réalités vécues persisteront, notre quête d'une société véritablement égalitaire restera incomplète.
Il est donc temps d'agir avec détermination, de passer des paroles aux actes, et de faire en sorte que l'éducation devienne véritablement le levier de transformation sociale et de progrès égalitaire.

Pour ce faire et compte tenu de l’importance des orientations visant à mettre en œuvre la stratégie nationale pour l’équité et l’égalité dans le domaine éducatif, Habib El Malki a fait savoir que le Conseil est en train d’élaborer une étude d’évaluation de l’évolution du système éducatif sous l’angle de l’approche genre, notant que cette étude visera principalement à mettre en lumière les progrès réalisés ces dernières décennies en termes d’équité et d’égalité entre les sexes dans le système éducatif, ainsi qu’à évaluer l’ampleur des carences et des lacunes rencontrées dans ce domaine.

Selon le président du CSEFRS, cette étude permettra d’analyser l’approche genre dans le domaine éducatif, notamment la vision portée par la société sur la question du genre dans l’éducation, la problématique des disparités entre les genres en matière d’accès à l’éducation, les taux de décrochage scolaire et les déterminants du climat scolaire, outre la question de l’égalité des chances dans l’enseignement supérieur, les indicateurs de performance externe du système éducatif et l’évaluation des acquis et des niveaux de réussite.

Mehdi Ouassat


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