Autres articles
-
Les graves dysfonctionnements dans le système de l’institution législative mettent en péril la sécurité juridique
-
Le Groupe socialiste–Opposition ittihadie exige des mesures immédiates et rigoureuses contre les spéculateurs
-
Le barrage Oued El Makhazine a reçu 518 millions de m3 d’eau au cours de la semaine écoulée
-
Inondations de Ksar El Kébir : Du sens aux gestes
Dans un communiqué officiel, la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) a opposé un démenti formel, documenté et sans appel aux allégations avancées par Le Figaro au sujet de la disparition d’un ressortissant français à Rabat, au printemps 2024. Le quotidien français accuse, à demi-mot, les autorités marocaines d’atermoiement, d’indifférence, presque de désinvolture. Rien que ça.
Il faut s’arrêter un instant sur deux phrases de l’article du Figaro. Deux seulement. Elles résument tout. «Converti à l’islam, il venait de s’installer à Rabat… Les dernières avancées de l’enquête laissent entrevoir une possible radicalisation islamiste». Voilà. Tout est là. Une conversion, un pays musulman, une disparition… et aussitôt, le mot magique est lâché comme conclusion naturelle: «Radicalisation». Sans preuve. Sans élément concret.
Sans la moindre honnêteté intellectuelle. Quant aux «avancées de l’enquête» invoquées par Le Figaro, elles relèvent moins du fait que de l’effet. Une construction sémantique soigneusement agencée pour donner une apparence de profondeur à un récit vide de substance.
La réalité, elle, est beaucoup moins spectaculaire, donc manifestement moins intéressante pour une manchette parisienne. Les enquêtes menées par la DGSN n’ont établi strictement aucun lien avec une quelconque radicalisation. Aucune fréquentation suspecte. Aucun signalement. Aucun élément idéologique. Aucun comportement incriminant. Rien. Le dossier est vide sur ce point. Totalement vide. Mais Le Figaro l’évoque tout de même. Il l’évoque parce que le mot suffit à produire l’effet recherché. Parce qu’il excite l’imaginaire d’un lectorat déjà conditionné, installant une atmosphère sensationnaliste où l’émotion l’emporte sur l’information.
Car qu’apporte réellement cette mention de la conversion religieuse? Rien. Que permet-elle d’éclairer dans l’enquête? Rien. Que prouve-t-elle? Absolument rien. Au fond, dans cet article du Figaro, rien n’est prouvé. Tout est insinué. On part d’un drame humain — réel, douloureux et incontestable — puis on glisse progressivement vers un procès implicite, où l’on n’a pas besoin de formuler d’accusation frontale. Il suffit d’écrire au conditionnel, de soulever des questions et de citer des proches pour semer le doute et installer le soupçon. C’est une vieille recette. Souvent efficace mais profondément malhonnête.
Un travail d’enquête exemplaire
Le quotidien français évoque également un «retard» dans l’enquête. Sur quoi se fonde cette affirmation ? Sur rien, encore une fois. Pas un document. Pas une contradiction factuelle. Pas une expertise alternative. Rien d’autre qu’un récit émotionnel, monté en épingle, pour fabriquer l’illusion d’un scandale.
Face à cette agitation médiatique, la DGSN a répondu avec la rigueur que certains journalistes français semblent avoir perdue. Elle a répondu avec des faits, des dates, des actes et une chronologie précise et vérifiable. Selon le communiqué de la DGSN, l’enquête a été immédiatement ouverte par la préfecture de police de Rabat après le signalement de la disparition du ressortissant français et tous les actes d’investigation ont été diligents, exhaustifs et menés dans le respect des procédures judiciaires marocaines.
La Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), appuyée par les techniciens de la scène de crime, a procédé sans délai aux premières constatations. Les investigations initiales n’ont révélé aucun signe d’effraction ni aucun vol, et l’ensemble des effets personnels ont été retrouvés sur place.
Afin d’examiner l’hypothèse criminelle, des experts du laboratoire national de la police scientifique et technique ont mené des analyses approfondies dans l’appartement du disparu ainsi que dans celui d’une personne l’ayant accompagné avant sa disparition. Des prélèvements ADN et des expertises techniques de pointe ont été réalisés, sans qu’aucun élément ne permette d’étayer la piste d’un acte criminel.
La BNPJ n’a laissé aucune piste plausible inexplorée. Plus de 60 auditions et interrogatoires ont été menés auprès de personnes ayant côtoyé le disparu, échangé avec lui ou disposant d’informations potentielles. Des expertises ont également été réalisées sur les appareils électroniques de l’intéressé, sans permettre de le localiser.
Les enquêteurs ont reconstitué ses déplacements au Maroc, notamment à Tétouan et Chefchaouen, où toutes les personnes rencontrées ont été entendues, sans résultat concluant. Parallèlement, des dizaines de demandes d’information ont été adressées aux opérateurs télécoms, aux établissements bancaires, aux institutions financières ainsi qu’à l’Administration des douanes, concernant ses transactions, communications et le véhicule immatriculé à l’étranger qu’il utilisait.
Six équipes d’enquête ont été déployées dans plusieurs villes, dont Casablanca, Mohammedia, Ifrane, Azrou, Khénifra, Fès, ainsi que dans des zones montagneuses du Haut Atlas, où une équipe a opéré durant plus de trois semaines.
Enfin, contrairement aux insinuations relayées par Le Figaro, la famille du disparu a été reçue à plusieurs reprises, tenue informée à chaque étape de l’enquête et traitée dans le strict respect du cadre légal. Les faits sont là. Le reste relève du procès d’intention. Une pratique commode, mais indigne d’un journal qui se prétend de référence.
Regarder ailleurs, le confort suprême
Pour mesurer l’ampleur de cette dérive éditoriale du quotidien français, il suffit de replacer cette affaire dans le contexte réel des disparitions en France — pays qui a connu par le passé des polémiques virulentes autour d’affaires non élucidées, sans que Le Figaro ne se livre à des généralisations alarmistes ou à des insinuations gratuites contre ses propres institutions.
La France est l’un des pays européens où les disparitions non élucidées se comptent par milliers chaque année. Des adultes volatilisés, des enfants introuvables, des familles broyées par l’attente, des dossiers qui s’enlisent et des affaires classées sans conclusions définitives. Selon les derniers rapports, plus de 50.000 disparitions sont enregistrées chaque année dans le Fichier des personnes recherchées et quelque 10.000 cas inquiétants restent non élucidés, devenant de véritables cold cases que la justice française n’arrive pas toujours à résoudre.
Est-ce que Le Figaro parle alors de «défaillance institutionnelle»? Jamais. Est-ce qu’il soupçonne la police française de laxisme? Bien sûr que non. Là, soudainement, la complexité des enquêtes redevient acceptable. On invoque les contraintes du processus judiciaire, la difficulté des dossiers et l’absence d’indices exploitables. Ce qui, ailleurs, devient matière à soupçon et à insinuation, se transforme ici en circonstance atténuante. Autrement dit, ce que le quotidien parisien tolère sans broncher lorsqu’il s’agit de ses propres institutions devient scandaleux dès lors que l’enquête se déroule hors de ses frontières. La géographie, ici, tient lieu de ligne éditoriale.
Mehdi Ouassat
Il faut s’arrêter un instant sur deux phrases de l’article du Figaro. Deux seulement. Elles résument tout. «Converti à l’islam, il venait de s’installer à Rabat… Les dernières avancées de l’enquête laissent entrevoir une possible radicalisation islamiste». Voilà. Tout est là. Une conversion, un pays musulman, une disparition… et aussitôt, le mot magique est lâché comme conclusion naturelle: «Radicalisation». Sans preuve. Sans élément concret.
Sans la moindre honnêteté intellectuelle. Quant aux «avancées de l’enquête» invoquées par Le Figaro, elles relèvent moins du fait que de l’effet. Une construction sémantique soigneusement agencée pour donner une apparence de profondeur à un récit vide de substance.
La réalité, elle, est beaucoup moins spectaculaire, donc manifestement moins intéressante pour une manchette parisienne. Les enquêtes menées par la DGSN n’ont établi strictement aucun lien avec une quelconque radicalisation. Aucune fréquentation suspecte. Aucun signalement. Aucun élément idéologique. Aucun comportement incriminant. Rien. Le dossier est vide sur ce point. Totalement vide. Mais Le Figaro l’évoque tout de même. Il l’évoque parce que le mot suffit à produire l’effet recherché. Parce qu’il excite l’imaginaire d’un lectorat déjà conditionné, installant une atmosphère sensationnaliste où l’émotion l’emporte sur l’information.
Car qu’apporte réellement cette mention de la conversion religieuse? Rien. Que permet-elle d’éclairer dans l’enquête? Rien. Que prouve-t-elle? Absolument rien. Au fond, dans cet article du Figaro, rien n’est prouvé. Tout est insinué. On part d’un drame humain — réel, douloureux et incontestable — puis on glisse progressivement vers un procès implicite, où l’on n’a pas besoin de formuler d’accusation frontale. Il suffit d’écrire au conditionnel, de soulever des questions et de citer des proches pour semer le doute et installer le soupçon. C’est une vieille recette. Souvent efficace mais profondément malhonnête.
Un travail d’enquête exemplaire
Le quotidien français évoque également un «retard» dans l’enquête. Sur quoi se fonde cette affirmation ? Sur rien, encore une fois. Pas un document. Pas une contradiction factuelle. Pas une expertise alternative. Rien d’autre qu’un récit émotionnel, monté en épingle, pour fabriquer l’illusion d’un scandale.
Face à cette agitation médiatique, la DGSN a répondu avec la rigueur que certains journalistes français semblent avoir perdue. Elle a répondu avec des faits, des dates, des actes et une chronologie précise et vérifiable. Selon le communiqué de la DGSN, l’enquête a été immédiatement ouverte par la préfecture de police de Rabat après le signalement de la disparition du ressortissant français et tous les actes d’investigation ont été diligents, exhaustifs et menés dans le respect des procédures judiciaires marocaines.
La Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), appuyée par les techniciens de la scène de crime, a procédé sans délai aux premières constatations. Les investigations initiales n’ont révélé aucun signe d’effraction ni aucun vol, et l’ensemble des effets personnels ont été retrouvés sur place.
Afin d’examiner l’hypothèse criminelle, des experts du laboratoire national de la police scientifique et technique ont mené des analyses approfondies dans l’appartement du disparu ainsi que dans celui d’une personne l’ayant accompagné avant sa disparition. Des prélèvements ADN et des expertises techniques de pointe ont été réalisés, sans qu’aucun élément ne permette d’étayer la piste d’un acte criminel.
La BNPJ n’a laissé aucune piste plausible inexplorée. Plus de 60 auditions et interrogatoires ont été menés auprès de personnes ayant côtoyé le disparu, échangé avec lui ou disposant d’informations potentielles. Des expertises ont également été réalisées sur les appareils électroniques de l’intéressé, sans permettre de le localiser.
Les enquêteurs ont reconstitué ses déplacements au Maroc, notamment à Tétouan et Chefchaouen, où toutes les personnes rencontrées ont été entendues, sans résultat concluant. Parallèlement, des dizaines de demandes d’information ont été adressées aux opérateurs télécoms, aux établissements bancaires, aux institutions financières ainsi qu’à l’Administration des douanes, concernant ses transactions, communications et le véhicule immatriculé à l’étranger qu’il utilisait.
Six équipes d’enquête ont été déployées dans plusieurs villes, dont Casablanca, Mohammedia, Ifrane, Azrou, Khénifra, Fès, ainsi que dans des zones montagneuses du Haut Atlas, où une équipe a opéré durant plus de trois semaines.
Enfin, contrairement aux insinuations relayées par Le Figaro, la famille du disparu a été reçue à plusieurs reprises, tenue informée à chaque étape de l’enquête et traitée dans le strict respect du cadre légal. Les faits sont là. Le reste relève du procès d’intention. Une pratique commode, mais indigne d’un journal qui se prétend de référence.
Regarder ailleurs, le confort suprême
Pour mesurer l’ampleur de cette dérive éditoriale du quotidien français, il suffit de replacer cette affaire dans le contexte réel des disparitions en France — pays qui a connu par le passé des polémiques virulentes autour d’affaires non élucidées, sans que Le Figaro ne se livre à des généralisations alarmistes ou à des insinuations gratuites contre ses propres institutions.
La France est l’un des pays européens où les disparitions non élucidées se comptent par milliers chaque année. Des adultes volatilisés, des enfants introuvables, des familles broyées par l’attente, des dossiers qui s’enlisent et des affaires classées sans conclusions définitives. Selon les derniers rapports, plus de 50.000 disparitions sont enregistrées chaque année dans le Fichier des personnes recherchées et quelque 10.000 cas inquiétants restent non élucidés, devenant de véritables cold cases que la justice française n’arrive pas toujours à résoudre.
Est-ce que Le Figaro parle alors de «défaillance institutionnelle»? Jamais. Est-ce qu’il soupçonne la police française de laxisme? Bien sûr que non. Là, soudainement, la complexité des enquêtes redevient acceptable. On invoque les contraintes du processus judiciaire, la difficulté des dossiers et l’absence d’indices exploitables. Ce qui, ailleurs, devient matière à soupçon et à insinuation, se transforme ici en circonstance atténuante. Autrement dit, ce que le quotidien parisien tolère sans broncher lorsqu’il s’agit de ses propres institutions devient scandaleux dès lors que l’enquête se déroule hors de ses frontières. La géographie, ici, tient lieu de ligne éditoriale.
Mehdi Ouassat