Un tribunal symbolique et une pétition pour demander l’abrogation de l’article 475 : Haro sur l’impunité du viol


Nezha MOUNIR
Samedi 7 Avril 2012

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La campagne suscitée par le viol et le suicide d’Amina Filali ne cesse de prendre de l’ampleur. Depuis que ce scandale  a éclaté, toutes les composantes de la société civile, les militants des partis politiques et les intellectuels n’ont cessé de  crier au  scandale. Des voix se sont élevées même au-delà des frontières. Tous les moyens ont été mis en place pour dénoncer cette tragédie. Ainsi le site avaaz.org, a mis en ligne une pétition qui a recueilli 780.000 signatures à travers le monde. La famille de la défunte s’apprête à en faire part au chef de gouvernement  Abdelilah  Benkirane. Des représentants d’Avaaz, ce mouvement mondial qui donne aux citoyens les moyens de peser sur les décisions politiques à travers Internet font montre de persévérance. Pour eux, rien n’est assez fort pour dénoncer cette tragédie.          
Ce samedi et à leur initiative, une banderole géante sera déployée devant l’hôtel Iddou Anfa à Casablanca. Elle comportera les 780.000 signatures recueillies. Plus loin et autour de l’un des tribunaux les plus anciens de la ville, 475 ballons de baudruche seront lancés. Le chiffre n’a pas été choisi fortuitement. Il rappelle le tristement célèbre  article 475 du Code pénal  dont tous les militants des droits de l’Homme souhaitent la mort. Ce sera forcément la sentence qui sera rendue à l’issue du jugement que prononcera le 13ème tribunal organisé par l’Union de l’action féminine. Les débats que cette ONG organise, le même jour, à la même heure et au même hôtel porteront sur «le phénomène du mariage forcé des mineurs et le mariage avec le violeur ».
Cette machine médiatique qui a été enclenchée témoigne du raz-le-bol de la société face à l’indifférence du gouvernement. La violence contre les femmes n’a jamais été dénoncée que du bout des lèvres. Particulièrement la violence sexuelle qui relève du non-dit, voire du tabou. Les victimes du viol préfèrent la plupart du temps se taire que de faire état de leur inguérissable blessure. Le regard de la société demeure cruel. La victime devient forcément coupable. L’article 475 conforte cette idée puisque, pour éviter le scandale, le violeur condescend à contracter le mariage avec sa « supposée victime ». Alors que demande le peuple puisque l’ « honneur est sauf» ? L’essentiel n’est-il pas d’éviter la « hchouma »  (la honte) et d’être pointé du doigt ?
Mais la violence est bien là présente dans notre société et à tous les niveaux. Les statistiques sont éloquentes comme en témoigne la dernière enquête nationale sur la prévalence de la violence à l’égard des femmes au Maroc publiée par le Haut commissariat au plan, même si les chiffres y afférents ne concernent que les victimes qui ont fait des démarches légales ou auprès des ONG. La violence sexuelle a pris une bonne part de l’enquête. Pour  preuve, 827.000 femmes ont été victimes de violence sexuelle, soit 8,7% de l’ensemble des femmes violentées. On compte le plus grand nombre de victimes parmi celles qui sont âgées de moins de 25 ans (12,1%), soit 226.000 femmes. En milieu urbain, cette même tranche d’âge est également la plus touchée. L’enquête a constaté, à cet effet,  que 139.000 femmes ont subi des violences sexuelles sur un ensemble de 554.000, soit un taux de 14,1%. Même dans le milieu rural, cette même tranche s’accapare la part du lion avec un taux de 9,8%  représentant 88.000 femmes sur un totale de 273.000.
Devant pareils chiffres, peut-on continuer à ignorer un tel fléau ? N’est-il pas temps de mettre en place un arsenal juridique qui, faute de l’éradiquer, pourrait au moins en limiter les effets néfastes. La balle est désormais dans le camp du gouvernement Benkirane.

 Avaaz, un mouvement
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Nezha MOUNIR
Samedi 7 Avril 2012
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