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Un cafouillis appelé AstraZeneca

Silence radio de ce côté-ci



La panique s’est propagée en Europe comme une traînée de poudre. Encore plus rapidement que le Sars-Cov2 il y a un an. Après les pays scandinaves et quelques autres pays de l’Est du continent, jeudi, la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, les quatre Etats les plus peuplés de l’Union européenne, ont suspendu temporairement, depuis lundi, l’utilisation du vaccin anglo-suédois, AstraZeneca, l’une des pierres angulaires de la campagne de vaccination marocaine. Un revirement de situation alimenté par une série d’effets secondaires observés chez certains vaccinés, notamment la formation de thromboses, à savoir des caillots sanguins dans le sang. Faut-il vraiment s’en inquiéter ? Au Maroc, c’est silence radio. La campagne de vaccination poursuit son bonhomme de chemin comme si de rien n’était, ou presque. Si ce n’est un ralentissement imposé par un retard dans les livraisons subi, au fait, par de nombreux pays de par le monde. De ce côté-ci, on continue donc de faire confiance à AstraZeneca, faisant fi de cette panique peu ou prou justifiée. Le Maroc n’est d’ailleurs pas le seul dans ce cas. Il conviendrait à ce propos de rappeler l’assertion du Premier ministre canadien Justin Trudeau incitant ses concitoyens à continuer à adopter AstraZeneca.

30 cas sur 5 millions de vaccinés
Il faut savoir raison garder surtout. D’abord, parce que dans l’espace économique européen, seule une trentaine de cas de formation de caillots sanguins a été recensée parmi les cinq millions de personnes vaccinées par AstraZeneca. Des situations isolées décrites comme des accidents de santé somme toute banals dont le lien avec la vaccination n’est toujours pas avéré. De plus, outre-Manche, au Royaume-Uni, il n’est en aucun cas question de suspendre l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca alors que 24 millions de Britanniques ont été vaccinés dont plus de 11 millions ont reçu une dose d’AstraZeneca, sans présenter de soucis de santé particuliers. Ensuite, ce coup d'arrêt brutal dans la campagne de vaccination sur le Vieux Continent n’est pas définitif. Le principe de précaution a prévalu en attendant l’avis de l’Agence européenne des médicaments (EMA) prévu pour demain. Dans un communiqué publié lundi, l’EMA soulignait le fait que les «bénéfices face à l’épidémie de Covid-19 l'emportaient toujours sur les risques liés aux effets secondaires». Pour la cheffe scientifique de l’Organisation mondiale de la santé, Soumaya Swaminathan, le plus important est d’éviter la panique : «Nous ne voulons pas que les gens paniquent et pour le moment nous recommandons que les pays continuent de vacciner avec AstraZeneca » tout en rappelant que les experts de l’OMS devaient se réunir hier pour plancher sur le sujet. La psychose autour des thromboses s’est accélérée la semaine passée au moment où les autorités sanitaires autrichiennes ont annoncé le décès d’une infirmière de 49 ans suite à de graves troubles de coagulation quelques jours seulement après avoir été vaccinée, sans oublier un cas d’embolie pulmonaire chez l’un de ses collègues. Sans tarder, Vienne a retiré de la circulation les vaccins issus du lot ABV 5300, imitée quelques heures plus tard par l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et le Luxembourg. Jeudi dernier, des réactions indésirables ont poussé les autorités transalpines, notamment dans la région du Piémont, à retirer un autre lot après le décès d’un enseignant. Dans la foulée, c’est le Danemark qui suspendait jusqu’à nouvel ordre l’utilisation d’AstraZeneca après la découverte de graves cas de formation de caillots sanguins, suivi donc dans la foulée par l’Islande, la Norvège, la Bulgarie, avant d’être rejoint dimanche par l’Irlande, les Pays-Bas et la Slovénie.

Des décisions politiques
Ces décisions portent non seulement une empreinte sanitaire mais également politique. Et pour cause. Dans le cas où un vrai problème est détecté par l’Agence européenne du médicament, des reproches seront certainement adressés aux pays qui n’ont pas suspendu le vaccin par précaution comme la majorité des pays membres de l’UE. En tout cas, d’après l’Agence nationale de sécurité du médicament en France, des effets secondaires, peu graves, sont davantage observés chez les bénéficiaires du vaccin anglo-suédois, en comparaison avec les personnes vaccinées par les vaccins Pfizer et Moderna, également utilisés dans l’Hexagone. Ainsi, plébiscité au Royaume-Uni et mal aimé sur le continent, le sérum du laboratoire anglo-suédois ne cesse d’être au cœur des polémiques, d’alimenter les chroniques et de faire les gros titres. Car avant sa suspension, il a été accusé à tort d'être inefficace sur les plus de 65 ans. Ensuite, il a été pointé du doigt pour ses retards de production. Et maintenant, il est suspecté de provoquer des thromboses possiblement mortelles. Pourtant, encore faut-il le rappeler, aucun lien n’a été établi entre le sérum d’AstraZeneca et les problèmes de thromboses. En somme, de quoi redonner de la vigueur aux anti-vaccins, alors que les suspensions, même temporaires, ne manqueront pas d’éroder davantage la confiance des populations. 

Chady Chaabi
Mardi 16 Mars 2021

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