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Un PLF standard et loin de faire dans l'inédit

A quoi peut-on s'attendre au fait ?


Libé
Dimanche 24 Octobre 2021

Un PLF standard et loin de faire dans l'inédit
Le projet de loi de Finances (PLF) sera aujourd’hui présenté au Parlement. Ce document essentiel pour le fonctionnement de l’Etat déterminera les équilibres macroéconomiques à conserver et les orientations à suivre.   Nadia Fettah Alaoui,  nouvelle ministre de l’Economie et des  Finances, a affirmé que « le PLF-2022 vise à répondre aux attentes des Marocains et à renforcer l’activité économique ». Et d’ajouter que « le gouvernement a veillé à ce que ce projet soit un point de départ pour la mise en œuvre des Hautes orientations Royales et du programme gouvernemental ».

Pourtant, certains analystes économiques estiment qu’il ne faut pas s’attendre, au moins au cours de 2022, à des changements majeurs.
 
PLF2022, un projet ordinaire sans grandes ambitions

Hicham Attouch, professeur d’économie à l’Université Mohammed V de Rabat,  fait partie de ces experts qui estiment que le projet de loi de finances 2022 est une loi standard et tendancielle qui ne se démarque pas de celles qui l’ont précédée. Pour lui, il s’agit bel et bien d’une loi qui s’inscrit dans la continuité puisqu’elle se base sur l’endettement, la fiscalité et les grands projets et du coup, il considère que 2022 sera une  année de transition où il ne faut pas s’attendre à de grandes réformes comme celle fiscale, à titre d’exemple, ou à une opérationnalisation effective du nouveau modèle de développement.

En détail, notre interlocuteur  note que les dépenses relatives au fonctionnement demeurent « incompressibles » en dépit de la tendance à l’élimination des dépenses de compensation tout en affirmant que le PLF demeure muet sur le retard enregistré au niveau du paiement des arriérés pluriannuels des avancements des fonctionnaires, par exemple, dans le secteur de l’éducation nationale.  Concernant les investissements, il a relevé une hausse importante qui sera réalisée  par les établissements et entreprises publics  et les participations prévues dans le cadre du Fonds Mohammed IV de l’Investissement. En effet, le PLF  prévoit des investissements globaux du secteur public de 245 milliards de DH dont 88,9 milliards de DH seront assurés par le Budget général, les Comptes spéciaux du Trésor (CST) et les services de l’Etat gérés de manière autonome (SEGMA), en neutralisant les transferts du Budget général vers les établissements et entreprises publics (EEP), les CST et les SEGMA. La contribution du Fonds Mohammed VI pour l’investissement à cet effort devra être de 45 milliards, celle des EEP de 92,1 milliards et celle des collectivités territoriales de 19 milliards.

Notre interlocuteur souligne également que les dépenses en rapport avec le budget de l’Etat sont restées identiques. 
 
Impôts indirects et endettement, les éternelles sources de financement

S’agissant des modalités de financement, notre source constate que le gouvernement compte toujours sur les ressources habituelles, à savoir les impôts, en particulier les impôts indirects avec une progression de 21,2% de leur taux par rapport à l’année 2021. « Ce qui remet à l’ordre du jour la question de la répression fiscale », a-t-elle relevé tout en rappelant que cela sera mis en œuvre dans un contexte marqué par la chute de 18% - par rapport à l’année précédente -  des monopoles, des  revenus et des participations de l’Etat. Sans parler du recours à la privatisation à travers la vente de quelques participations de l’Etat à hauteur de 5 milliards de dirhams.

A propos de l’endettement, le gouvernement compte, comme ses prédécesseurs,  contracter de nouvelles dettes estimées à 105,38 milliards de DH pour combler le déficit budgétaire. Cependant, l’Exécutif doit débourser 90 milliard de DH comme remboursements des échéances et intérêts. « Du coup, on finance la dette par la dette », a précisé Hicham Attouch.  A noter que le PLF envisage un déficit budgétaire de 5,9% du PIB, avec des prévisions de charges en nette montée, devant évoluer presque à deux chiffres par rapport aux prévisions de la loi de Finances 2020 (9,07% à 519,20 milliards de DH) et des recettes attendues en progression de 6,61% à 460,51 milliards, soit en hausse de 6,61%.

L’endettement fournira 105,38 milliards de ces ressources et les CST 98,13 milliards. Les cessions des participations de l’Etat devront rapporter, quant à elles, 5 milliards.
 
A la recherche d’un million de postes promis

Evoquant la question de l’emploi notamment les 26.000 postes budgétaires prévus par le PLF, notre interlocuteur soutient que plus de  la moitié de ces postes concernent deux secteurs, à savoir l’intérieur et la défense. « Et qu’en est-il des secteurs comme l’éducation nationale, l’enseignement supérieur et la santé? Cela en dit long sur les annonces du nouveau gouvernement concernant l’état de la protection sociale et du développement des compétences », nous a-t-il expliqué. Et d’ajouter : « A noter également que le PLF évoque uniquement les postes créés mais ne mentionne pas les autres postes qui disparaîtront du fait des départs ou des retraites. Ce qui remet en question la pertinence du chiffre de 26.000 postes envisagés». A rappeler, cependant, que  le renforcement du capital humain a été désigné comme l’un des axes du PLF. En effet, l’Exécutif ambitionne de rendre à l’école publique son double rôle de transfert du savoir et de promotion sociale. Il aspire également à l'accélération de la généralisation de l'enseignement préscolaire, au renforcement des connaissances de base des enfants dès le primaire et au soutien de l'éducation des enfants des catégories démunies, notamment dans le milieu rural. Il s’agit également de veiller sur la réforme du système de formation des enseignants et la réhabilitation des centres de formation. En outre, le gouvernement compte lancer une réforme profonde du système de santé de manière à réhabiliter le secteur de la santé et accompagner le chantier de la généralisation de la protection sociale.

S’agissant de la création des 250.000 emplois directs, le PLF ne précise pas certains points comme la nature de ces emplois et la politique d’emploi choisie par l’Exécutif, assure notre source.  « Le PLF parle plutôt de l’auto-emploi pour les jeunes et demandeurs d’emploi  sans qualifications, en partenariat avec les associations et les coopératives, mais rien n’a été annoncé concernant la politique gouvernementale en matière d’emploi, hormis les souhaits de renforcement et de réforme sans objectifs stratégiques smart», a-t-elle précisé.
 
Loi de Finances, un simple outil comptable

En réaction à une question sur la réponse  apportée par le PLF concernant la flambée des prix des énergies et des produits alimentaires, les relations tendues avec certains de nos partenaires économiques et la volonté de repositionnement de l’économie nationale, Hicham Attouch affirme que ce n’est pas dans le PLF que nous allons la trouver, mais c’est plutôt dans le programme gouvernemental qui devait être flexible et scénarisé pour répondre à des situations d’instabilité et d’incertitude. « La loi de Finances au Maroc, bien que composée d’une partie d’orientation et une autre chiffrée,  demeure davantage  un simple outil comptable animé par le  souci de budgétisation des moyens, et pas plus », a-t-il conclu.

Hassan Bentaleb


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