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Travail de recupération des joueurs, un sacré boulot : Entrer dans la cadence




Avec un calendrier infernal et des séquences d’un match tous les trois jours, les corps des joueurs sont très sollicités. Dans ce contexte, les travaux de récupération s’avèrent décisifs. Le préparateur physique de l’OCS, Yassine Talkoucht, nous en touche un mot, voire plus.

Et si les hommes les plus importants de la saison des équipes qui enchaînent les rencontres quasiment tous les trois jours étaient inconnus du grand public ? Depuis l’étalonnage des calendriers des compétitions continentales sur celui du championnat dominical, ainsi que la réapparition dans le paysage de la Coupe arabe des clubs champions, plusieurs équipes marocaines se trouvent dans la nasse d’un calendrier infernal auquel elles sont peu coutumières. En plus d’une gestion d’effectif décisive, ces séquences à plus d’un match par semaine requièrent également une attention particulière, notamment au niveau de la récupération. Une mission cruciale qui incombe principalement aux préparateurs physiques.

A l’instar d’autres équipes, dont le Raja de Casablanca qui s’apprête à jouer quatre rencontres en moins de 10 jours, l’Olympique club de Safi a lui aussi eu à gérer au mois de novembre (du 3 au 23), un redoutable enchaînement de cinq rencontres en championnat et en Coupe arabe des clubs champions, dont trois déplacements. Son préparateur physique, Yassine Talkoucht, nous donne les clefs pour gérer le corps des joueurs pendant ces marathons intenses, surtout en cette période où la température est fraîche.  

La préparation
d’avant-saison
est fondamentale


Avant d’en venir aux moyens de récupération, qui sont évidemment déterminants pour régénérer les corps, Yassine Talkoucht a tenu à s’attarder sur «la préparation physique d’avant-saison, qui joue elle aussi un rôle central» selon lui : «Si elle est moderne, de qualité et basée sur des critères scientifiques, elle demeure un socle important sur lequel on peut s’appuyer lorsque les matchs s’enchaînent à un rythme effréné. Dans le cas contraire, le risque de blessures musculaires et tendineuses s’accroît».

En partant du principe que la préparation d’avant-saison est faite dans les règles de l’art, c’est la récupération qui prend le relais entre des rencontres aux dates rapprochées et sûrement pas les exercices axés sur la condition physique avec des charges de travail lourdes. Tout simplement, parce que les joueurs sont dans l’incapacité d’assumer des charges supplémentaires. Mais bien en amont des séances d’entraînement «la préparation des joueurs au match suivant débute à la fin de la rencontre qu’ils viennent de disputer. La demi-heure qui suit est primordiale pour régénérer le corps, notamment en termes d’apports nutritionnels. Ils doivent consommer des aliments riches en glucide et en protéines pour régénérer les tendons, les ligaments et les muscles», indique Talkoucht.

Cryothérapie
et récupération active
 

Apparue pour la première fois dans le milieu du cyclisme professionnel au début des années 70, la cryothérapie ou le traitement par le froid a depuis envahi la sphère footballistique. Son apport ? Favoriser la récupération après l’effort, réduire les douleurs et résorber les inflammations et les microlésions musculaires. Au Maroc, cette technique est très peu utilisée car beaucoup trop dispendieuse. En revanche, «on a recours à des bains de glace où les joueurs immergent la moitié inférieure du corps. Puis on alterne les bains de glace avec les bains chauds à raison de trois minutes chacun, pour les mêmes effets que la cryothérapie», nous confie Yassine Talkoucht. Et d’ajouter : «On peut aussi s’appuyer sur la technique de la compression. Il s’agit de chaussettes à porter juste après les matchs et dont le rôle est de diminuer la perception de douleur et améliorer la récupération musculaire».

Après une bonne nuit de sommeil réparatrice, tout le monde se retrouve sur les terrains d’entraînement, mais pas pour une séance normale. La priorité est plutôt donnée à la récupération active. «Elle se décline sous forme de courses de 20 minutes à allure lente» précise le jeune préparateur physique de l’OCS (28 ans) «s’en suivent des exercices d’assouplissement, de coordination et de gainage pour, à la fois, une régénération rapide du corps et une récupération des stocks de glycogène qui se sont évaporés lors du match disputé la veille».

GPS et rétroaction

Au-delà des programmes de récupération préétablis, les préparateurs physiques n’hésitent pas à individualiser la récupération, en se basant sur l’état de fatigue des joueurs né, d’une part, de la rétroaction et du ressenti issus des dialogues et échanges, et d’autre part, des données GPS.

Commençons par les données fournies par ces outils technologiques qui ne sont malheureusement pas encore banalisés. Les équipes qui en usent sont reconnaissables aux gilets noirs que portent leurs joueurs sous les maillots, comme c’est le cas à l’OCS. «Ils nous permettent d’observer avec précision les fréquences cardiaques des joueurs, avant, pendant et après le match, ainsi que lors de l’entraînement du lendemain», nous explique notre interlocuteur. Et de détailler : «Lors des séances d’entraînement qui suivent le match, si la fréquence cardiaque est basse pendant les exercices, alors le joueur a quasiment récupéré. A quelques jours de la rencontre suivante, l’observation de la fréquence cardiaque est également utile. Par exemple, lors d’un exercice de capacité, si la fréquence cardiaque d’un joueur atteint les 180 ou 190 pulsations par minute, alors c’est la preuve qu’il est fatigué et n’a pas encore totalement récupéré».

Aussi précises et utiles soient-elles, ces données peuvent quelquefois être contredites par le ressenti des footballeurs. «Parfois, en dépit des travaux de récupération réalisés et de données GPS rassurantes, un joueur peut se plaindre d’avoir des jambes lourdes. Dans ce cas-là, on privilégie un travail en salle de musculation au niveau des membres supérieurs du corps», révèle notre interlocuteur avant de rappeler que «par moments aussi, les joueurs se sentent encore fatigués même après les travaux de récupération. Dans ce cas, on peut leur administrer des séances de massage ou d’étirement supplémentaire. Donc, la rétroaction est un élément important lors de la récupération car elle nous permet de l’adapter aux besoins des joueurs».

Données GPS et ressenti des joueurs ne sont pas des méthodes à part entière afin de quantifier la fatigue des joueurs et leur degré de récupération pour in fine déboucher sur des travaux de récupération individualisés. Elles peuvent aussi être associées lors de la séance-RPE. Un outil qui permet de quantifier la charge d'entraînement grâce à l'utilisation d'une échelle modifiée de perception de l'effort  fourni par les joueurs oralement. Yassine complète : «Si l’on ajoute à cela, à titre d’exemple, des données GPS qui démontrent que le joueur a réalisé des efforts intenses (un nombre élevé de sprints, distance parcourue etc) lors du match et a atteint la ligne rouge qu’il ne faut pas dépasser, ces données sont prises en considération au moment de programmer les séances d’entraînement et de récupération».

A la lumière de ses éléments, les turn-over opérés par les entraîneurs prennent tout leur sens, et éclairent les zones d’ombre de ceux qui ne comprennent pas pourquoi tel ou tel joueur a été écarté du onze de départ. Une gestion d’effectif qui est encore plus prononcée lorsqu’une équipe jouit d’un matelas de points d’avance en tête du championnat ou des phases de groupes des compétitions continentales. Mais on n’en est pas encore là. La priorité en cette période de l’année où rien n’est encore joué, est donnée à la récupération.

Chady Chaabi
Mardi 31 Décembre 2019

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