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A l’occasion du débat parlementaire sur le bilan gouvernemental 2021-2026, Youssef Aïdi, président du Groupe socialiste-Opposition ittihadie à la Chambre des conseillers, a pris la parole avec une rigueur clinique et une force de conviction qui ont tranché nettement avec l'autosatisfaction ambiante des bancs de la majorité. Face à un gouvernement qui s'est présenté les mains chargées de tableaux et d'indicateurs flatteurs, l’élu ittihadi a posé, avec une précision redoutable, la question que personne au sein de la majorité ne semblait vouloir entendre : et si les chiffres, précisément parce qu'ils sont sélectifs, constituaient le plus habile des mensonges par omission ?
Des promesses aux résultats : l'écart qui accuse
La question de l'emploi a constitué le premier fil conducteur de l'intervention d'Aïdi, et c'est peu dire qu'il a mis le doigt là où ça fait mal. En 2021, le gouvernement s'était engagé devant les Marocains sur un objectif clair, presque solennel : un million de postes d'emploi nets sur la durée du mandat, soit environ 200.000 emplois par an. Cinq ans plus tard, la réalité chiffrée parle d'elle-même — et elle parle mal pour l'Exécutif. Quelque 850.000 postes auraient été créés entre 2021 et 2025, soit une moyenne de 170.000 par an, un déficit de 150.000 postes par rapport à la promesse initiale.
Sur le chantier phare de ce gouvernement — la généralisation de la protection sociale — Youssef Aïdi a adopté un ton à la fois mesuré et implacable. Nul ne contestera que l'effort engagé est réel, ni que l'ambition affichée dépasse ce que les exécutifs précédents avaient osé promettre. Mais le parlementaire socialiste refuse que l'ampleur de l'intention serve de paravent à la faiblesse de l'effectivité.
Car la question posée n'est pas de savoir combien de Marocains ont été inscrits dans un système, mais combien ils ont réellement accédé à des soins dans des délais raisonnables, dans des structures dignes, à un coût qui ne les contraint pas à choisir entre se soigner et se nourrir. Aïdi l'a dit sans détour : le taux de couverture ne représente le taux d'accès aux soins. L'un est administratif, l'autre est social. Et confondre les deux, c'est promettre la mer à ceux qui meurent de soif.
L'idée même d'Etat social, martelée dans chaque discours gouvernemental comme un horizon accompli, méritait d'être interrogée. Aïdi l'a fait avec le sang-froid d'un juriste et la conviction d'un militant : «L'Etat social ne se réduit pas à l'élargissement des inscriptions dans les systèmes. Il repose sur la garantie effective des droits fondamentaux, sur la qualité des services publics, et sur la réduction des inégalités sociales et territoriales. » Des mots qui résonnent comme une mise en demeure.
L'investissement : des signatures qui ne font pas des usines
Aïdi a ensuite tourné son regard vers les chiffres économiques que le gouvernement affiche avec le plus de fierté. L'investissement direct étranger a certes bondi de 32,5 milliards de dirhams en 2021 à 56 milliards en 2025, soit une progression de 73% en cinq ans. Les conventions signées atteindraient 381 projets pour une valeur globale de 245 milliards de dirhams, censés générer près de 581 000 emplois directs et indirects.
Mais le président du groupe parlementaire de l'USFP à la Chambre des conseillers a rappelé une vérité que l'on s'évertue trop souvent à oublier dans les enceintes officielles : une convention signée n'est pas un projet réalisé. Un emploi annoncé n'est pas un emploi pourvu. Et une projection à l'horizon 2035 — c'est-à-dire au-delà du mandat en cours — ne saurait être comptabilisée dans le bilan d'une équipe gouvernementale qui, précisément, n'aura plus les clés du pouvoir d'ici là. Cette confusion entre le présent de l'action et le futur de l'intention est, pour Aïdi, une manière habile mais intellectuellement malhonnête de grossir un bilan.
Inflation : quand la statistique et le vécu divergent
Sur la question de la vie chère, l'intervention d'Aïdi a sans doute touché le nerf le plus sensible du débat. Le gouvernement se félicite d'une inflation revenue à 0,8% fin 2025, après avoir atteint le seuil alarmant de 6,6% en 2022. C'est objectivement une bonne nouvelle sur le plan des agrégats macroéconomiques. Mais Aïdi refuse que ce chiffre serve de conclusion à un chapitre qui n'est pas clos.
Car ce que la statistique ne dit pas, c'est que la baisse du taux d'inflation ne signifie pas la baisse des prix. Elle signifie seulement que les prix montent moins vite qu'avant. Le Marocain qui a vu sa facture alimentaire, ses coûts de transport et ses dépenses d'énergie s'envoler entre 2022 et 2024 n'a pas récupéré un seul dirham de pouvoir d'achat perdu. Et c'est lui — ce Marocain ordinaire — qui constitue, selon Aïdi, le véritable baromètre de toute politique économique sérieuse.
À cela s'ajoute la montée d'une conflictualité sociale que l’élu ittihadi a tenu à nommer pour ce qu'elle est réellement : un signal structurel, et non une série d'accidents. Les mouvements de protestation qui ont traversé l'éducation, la santé et le transport tout au long de ce mandat ne relèvent pas du hasard ni de l'ingratitude corporatiste. Ils révèlent, selon lui, la profondeur des dysfonctionnements liés aux salaires, aux conditions de travail et aux perspectives d'ascension sociale, ainsi que la faiblesse des mécanismes institutionnels de médiation.
Le chiffre et le citoyen : deux lectures d'une même réalité
Formé par des décennies de combat politique au sein de l'USFP, Youssef Aïdi a conclu son intervention par ce qui constitue, sans doute, sa thèse centrale et son apport le plus durable à ce débat. Il a formulé, avec une élégance rare dans l'hémicycle, la fracture qui sépare deux façons de lire le monde : celle du gouvernement, qui mesure son succès à travers des indicateurs agrégés, et celle du citoyen, qui l'évalue à travers son quotidien immédiat.
«Le problème réel de ce bilan», a lancé Aïdi, « n'est pas le manque de chiffres, mais l'absence de cohérence entre ces chiffres et la réalité sociale. Le gouvernement lit ses succès à travers des tableaux et des indicateurs, tandis que le citoyen lit le bilan à travers sa facture de subsistance, ses opportunités d'emploi, la qualité de l'école publique et la dignité des soins».
En une seule formule, Aïdi a résumé ce que cinq ans de mandature n'ont pas réussi à réconcilier : le Maroc des statistiques et le Maroc des Marocains. Pour le Groupe socialiste-Opposition ittihadie, à la Chambre des conseillers la différence entre les deux n'est pas un détail technique. C'est, précisément, la question politique centrale que ce gouvernement laisse sans réponse à l'heure de rendre ses comptes.
Mehdi Ouassat
Des promesses aux résultats : l'écart qui accuse
La question de l'emploi a constitué le premier fil conducteur de l'intervention d'Aïdi, et c'est peu dire qu'il a mis le doigt là où ça fait mal. En 2021, le gouvernement s'était engagé devant les Marocains sur un objectif clair, presque solennel : un million de postes d'emploi nets sur la durée du mandat, soit environ 200.000 emplois par an. Cinq ans plus tard, la réalité chiffrée parle d'elle-même — et elle parle mal pour l'Exécutif. Quelque 850.000 postes auraient été créés entre 2021 et 2025, soit une moyenne de 170.000 par an, un déficit de 150.000 postes par rapport à la promesse initiale.
L'inflation a reculé mais le pouvoir d'achat est toujours à la peineMais Aïdi ne s'arrête pas à l'arithmétique. Ce qui l'indigne davantage, c'est la requalification en cours de route des termes du débat. «La Chambre des conseillers n'est pas un lieu pour des comptes d'apothicaires», a-t-il averti en substance, dénonçant le glissement sémantique opéré par la Primature, qui a progressivement réorienté son bilan vers le seul secteur non agricole et intégré dans ses projections des emplois non encore créés. Une manière, selon lui, de transformer un échec en annonce anticipée de succès. Cette pratique, qu'il qualifie d'« imbroglio méthodologique », n'est pas anodine : elle trahit, à ses yeux, une gestion de la communication politique qui prend le pas sur la reddition de comptes sincère.
L'investissement a progressé, le chômage, lui, demeure à des niveaux préoccupantsLa protection sociale : entre le décor et la scène
Sur le chantier phare de ce gouvernement — la généralisation de la protection sociale — Youssef Aïdi a adopté un ton à la fois mesuré et implacable. Nul ne contestera que l'effort engagé est réel, ni que l'ambition affichée dépasse ce que les exécutifs précédents avaient osé promettre. Mais le parlementaire socialiste refuse que l'ampleur de l'intention serve de paravent à la faiblesse de l'effectivité.
Car la question posée n'est pas de savoir combien de Marocains ont été inscrits dans un système, mais combien ils ont réellement accédé à des soins dans des délais raisonnables, dans des structures dignes, à un coût qui ne les contraint pas à choisir entre se soigner et se nourrir. Aïdi l'a dit sans détour : le taux de couverture ne représente le taux d'accès aux soins. L'un est administratif, l'autre est social. Et confondre les deux, c'est promettre la mer à ceux qui meurent de soif.
L'idée même d'Etat social, martelée dans chaque discours gouvernemental comme un horizon accompli, méritait d'être interrogée. Aïdi l'a fait avec le sang-froid d'un juriste et la conviction d'un militant : «L'Etat social ne se réduit pas à l'élargissement des inscriptions dans les systèmes. Il repose sur la garantie effective des droits fondamentaux, sur la qualité des services publics, et sur la réduction des inégalités sociales et territoriales. » Des mots qui résonnent comme une mise en demeure.
L'investissement : des signatures qui ne font pas des usines
Aïdi a ensuite tourné son regard vers les chiffres économiques que le gouvernement affiche avec le plus de fierté. L'investissement direct étranger a certes bondi de 32,5 milliards de dirhams en 2021 à 56 milliards en 2025, soit une progression de 73% en cinq ans. Les conventions signées atteindraient 381 projets pour une valeur globale de 245 milliards de dirhams, censés générer près de 581 000 emplois directs et indirects.
Mais le président du groupe parlementaire de l'USFP à la Chambre des conseillers a rappelé une vérité que l'on s'évertue trop souvent à oublier dans les enceintes officielles : une convention signée n'est pas un projet réalisé. Un emploi annoncé n'est pas un emploi pourvu. Et une projection à l'horizon 2035 — c'est-à-dire au-delà du mandat en cours — ne saurait être comptabilisée dans le bilan d'une équipe gouvernementale qui, précisément, n'aura plus les clés du pouvoir d'ici là. Cette confusion entre le présent de l'action et le futur de l'intention est, pour Aïdi, une manière habile mais intellectuellement malhonnête de grossir un bilan.
Inflation : quand la statistique et le vécu divergent
Sur la question de la vie chère, l'intervention d'Aïdi a sans doute touché le nerf le plus sensible du débat. Le gouvernement se félicite d'une inflation revenue à 0,8% fin 2025, après avoir atteint le seuil alarmant de 6,6% en 2022. C'est objectivement une bonne nouvelle sur le plan des agrégats macroéconomiques. Mais Aïdi refuse que ce chiffre serve de conclusion à un chapitre qui n'est pas clos.
Car ce que la statistique ne dit pas, c'est que la baisse du taux d'inflation ne signifie pas la baisse des prix. Elle signifie seulement que les prix montent moins vite qu'avant. Le Marocain qui a vu sa facture alimentaire, ses coûts de transport et ses dépenses d'énergie s'envoler entre 2022 et 2024 n'a pas récupéré un seul dirham de pouvoir d'achat perdu. Et c'est lui — ce Marocain ordinaire — qui constitue, selon Aïdi, le véritable baromètre de toute politique économique sérieuse.
À cela s'ajoute la montée d'une conflictualité sociale que l’élu ittihadi a tenu à nommer pour ce qu'elle est réellement : un signal structurel, et non une série d'accidents. Les mouvements de protestation qui ont traversé l'éducation, la santé et le transport tout au long de ce mandat ne relèvent pas du hasard ni de l'ingratitude corporatiste. Ils révèlent, selon lui, la profondeur des dysfonctionnements liés aux salaires, aux conditions de travail et aux perspectives d'ascension sociale, ainsi que la faiblesse des mécanismes institutionnels de médiation.
Le chiffre et le citoyen : deux lectures d'une même réalité
Formé par des décennies de combat politique au sein de l'USFP, Youssef Aïdi a conclu son intervention par ce qui constitue, sans doute, sa thèse centrale et son apport le plus durable à ce débat. Il a formulé, avec une élégance rare dans l'hémicycle, la fracture qui sépare deux façons de lire le monde : celle du gouvernement, qui mesure son succès à travers des indicateurs agrégés, et celle du citoyen, qui l'évalue à travers son quotidien immédiat.
Le taux de couverture de la protection sociale ne représente pas le taux d'accès aux soins. L'un estL'investissement a progressé, et pourtant le chômage demeure à des niveaux préoccupants. La couverture sanitaire s'est élargie, et pourtant l'accès aux soins reste un parcours du combattant. L'inflation a reculé, et pourtant le pouvoir d'achat n'a pas retrouvé son souffle. Le nombre de salariés déclarés à la CNSS a crû de près de 66%, et pourtant la précarité de l'emploi n'a pas significativement reculé. Ces paradoxes ne sont pas le fruit d'un regard partisan ou d'une mauvaise foi de l'opposition. Ils sont les symptômes d'une gouvernance qui réussit à produire des tableaux de bord reluisants tout en échouant à transformer la vie des gens.
administratif, l'autre est social. Confondre les deux, c'est promettre la mer à ceux qui meurent de soif
«Le problème réel de ce bilan», a lancé Aïdi, « n'est pas le manque de chiffres, mais l'absence de cohérence entre ces chiffres et la réalité sociale. Le gouvernement lit ses succès à travers des tableaux et des indicateurs, tandis que le citoyen lit le bilan à travers sa facture de subsistance, ses opportunités d'emploi, la qualité de l'école publique et la dignité des soins».
En une seule formule, Aïdi a résumé ce que cinq ans de mandature n'ont pas réussi à réconcilier : le Maroc des statistiques et le Maroc des Marocains. Pour le Groupe socialiste-Opposition ittihadie, à la Chambre des conseillers la différence entre les deux n'est pas un détail technique. C'est, précisément, la question politique centrale que ce gouvernement laisse sans réponse à l'heure de rendre ses comptes.
Mehdi Ouassat