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Six ans au lieu de sept. C’est pas qu’un jeu de chiffres Monsieur le ministre !

Pourquoi cette décision inopportune qui complique les choses plutôt que de les résoudre ?


Hassan Bentaleb
Mercredi 31 Janvier 2024

Six ans au lieu de sept. C’est pas qu’un jeu de chiffres Monsieur le ministre !
«La réduction des années de formation des médecins de 7 à 6 ans  est une question de souveraineté nationale puisque cette mesure permettra  de résoudre les carences en ressources humaines dans le secteur de la santé», c’est ainsi qu’Abdellatif Meraoui, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l'Innovation, a répondu à une question à la Chambre des représentants lors de la séance de questions orales tenue lundi. 

Souveraineté

D’après lui, «le Maroc n'est pas le seul pays à réduire le nombre d'années de formation à 6 ans». A ce propos, il a cité l’exemple de l'Allemagne, l'Italie et de 'Espagne (6 ans), de l'Irlande (5 ans) et de l'Amérique (4 ans), en plus de 4 ans de spécialisation. Tout en soulignant que la durée de 7 ans de formation dans le domaine de la médecine est uniquement limitée à la France et aux pays francophones.

En outre, le ministre a laissé penser que cette mesure est importante pour faire taire les flux de migration des médecins. Pour lui, il n’est pas question que le Maroc continue à former des médecins au profit d’autres pays,  révélant que  le coût de formation d’un étudiant marocain en médecine équivaut à 70.000 DH par an. 

Mise à niveau

De son côté, le président du Syndicat national des médecins du secteur libéral (SNMSL), Ahmed Benboujida,  estime que si la formation de six ans est une pratique reconnue dans plusieurs pays, il reste la question de la mise à niveau des programmes académiques et des stages de formation qui doivent répondre, selon lui, aux critères mondiaux. Il soutient également la nécessité de faciliter l’accès aux spécialités médicales et de dépasser les contraintes actuelles. Pour lui, il faut une formation de qualité tout en évitant le piège des formations au rabais pour combler le vide.

Cependant, Ahmed Benboujida pense que la question du déficit en ressources humaines, amplifiée par la migration des médecins, ne sera pas résolue tant qu’il n’y aura pas d’amélioration des conditions de travail et de rémunération. « Notamment dans un monde où les médecins des pays du Sud sont fortement sollicités par les pays du Nord. En effet, comment peut-on convaincre un médecin marocain de rester au Maroc alors qu’il pourrait toucher entre 6.000 et 7.000 euros mensuellement pour le médecin généraliste et 15000 pour un spécialiste?», s’est-il interrogé.

Piège

Pour sa part, Dr Dassouli Badreddine, ancien président du SNMSL, souligne que la réduction des années de formation des médecins de 7 à 6 ans est une fausse solution pour faire face au manque du personnel médical et à la migration des cadres médicaux.   Pis, la soi-disant solution est considérée, par lui, comme un vrai piège puisque la suppression d’une année de formation aura des conséquences sur la reconnaissance du diplôme marocain en médecine.

«Aujourd’hui, un doctorat en médecine correspond à l’indice de 509 et  avec la suppression de la 7ème année, le diplôme en médecine sera reconnu comme master», nous a-t-il expliqué. Et de poursuivre : «Pire encore, ladite mesure viole un droit constitutionnel, à savoir celui de mobilité.  En effet, avec cette suppression, le gouvernement cherche à mettre les médecins sous sa tutelle et à handicaper leur mobilité à l’international. En d’autres termes, la liberté des médecins est suspendue».

Dr Dassouli Badreddine précise, en outre, que cette suppression aura un impact sur la formation des étudiants en médecine puisque la 7 ème  année est celle de l’internat où les médecins apprennent en pratiquant le corpus théorique appris durant les premières cinq années de formation.

Parcours

Il est important de noter qu’au Maroc, les études médicales sont parmi les formations supérieures les plus étendues, se constituant d'une combinaison de théorie et de pratique. A l'achèvement du programme, le futur praticien est habilité à accomplir un éventail croissant d'interventions, et in fine, il se voit décerner le diplôme d'État de docteur en médecine, distinct d'un doctorat conventionnel, à l'issue de la soutenance d'un mémoire désigné comme thèse d'exercice.

Les études médicales s'étalent sur trois cycles. Leur durée totale oscille de 7 ans pour la médecine générale à 12 ans pour les spécialités. La progression des études se décompose comme suit : le premier cycle de sciences pré-cliniques, englobant les première et deuxième années, représente le cycle des sciences fondamentales. Il couvre tous les éléments essentiels à la compréhension ultérieure de la sémiologie (l'étude des signes et symptômes), de la pathologie et de la thérapie. Les cours sont assortis de Travaux pratiques (TP) et de Travaux Dirigés (TD).

Le deuxième cycle, dédié aux sciences cliniques, se déroule de la troisième à la cinquième année. Il est réservé aux études médicales proprement dites, englobant des domaines tels que la neurologie, la cardiologie, la gastro-entérologie, l'anatomie pathologique, etc. La formation dispensée est à la fois pratique et théorique. La sixième année se caractérise par un externat à temps plein au CHU, suivi de la septième année avec un stage interné dans un hôpital périphérique ou une autre structure du réseau sanitaire. A la fin de la septième année, après avoir réussi les épreuves cliniques, l'étudiant peut soutenir sa thèse, dont la préparation peut débuter au début de la sixième année.

C'est à ce stade que se termine le parcours d'un médecin généraliste. La huitième année marque le commencement des préparatifs pour la thèse du doctorant en médecine, mettant ainsi un point final au parcours universitaire, du moins en ce qui concerne l'étudiant en médecine.

Hassan Bentaleb   


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