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Saint-Marc à Zemamra




Saint-Marc à Zemamra
Accompagnant la mission de Mme Camille Dugast, Salvini Saint-Marc est arrivé dans la province d’El Jadida en 1912. Séduit par le pays, ses habitants et ses opportunités notamment dans le domaine agricole, il y est resté. Salvini s’installa à Zemamra (70 km d’El Jadida) comme agriculteur-colon jusqu’à son décès en 1955. Il est enterré dans le caveau familial à El Jadida près de sa mère décédée en 1947.
Dans ce récit, Mme Jeanne Saint-Marc, vivant en France, née à El Jadida en 1921, nous éclaire sur la vie de son beau-père et sur ses activités à Zemamra au temps du Protectorat.
La famille Saint-Marc est originaire de Villeneuve de Marsan dans les Landes. C’était des propriétaires terriens depuis plusieurs générations qui exploitaient leur domaine agricole. En France, on retrouve leurs traces jusqu’en 1815. Au début du XXème siècle, ils étaient deux frères dans la famille: l’un est parti aux Indes et le second, Salvini Saint-Marc, s’est installé au Maroc au début du Protectorat. Quand ce dernier se fut installé dans le Royaume, sa famille vendit son domaine agricole en France.
Selon Mme  Jeanne Saint-Marc, Salvini est arrivé au Maroc en 1912 avec la Mission de Mme Camille Dugast. Il a été séduit par le pays et la gentillesse de ses habitants et a annulé son retour en France.
Pour avoir une idée de la nature de la Mission Dugast, on peut se référer à un article du journal La Vigie Marocaine en date du 14 février 1912 où on peut lire ce qui suit : « Par le s/s Gard de la Compagnie Générale Transatlantique, est arrivée ce matin Madame Camille Dugast, chargée de mission par les ministères de l’Instruction publique et du Travail, en route pour le Sud du Maroc où elle s’occupera des questions sociales relatives aux conditions de travail et de la main-d’œuvre marocaine. Mme Dugast s’est assurée la collaboration de spécialistes du Muséum qui recueilleront et prépareront les collections destinées aux laboratoires du Jardin zoologique. Le ministre de la Marine, particulièrement intéressé par l’œuvre de Mme Dugast, a détaché à sa mission un de ses officiers pour recueillir tous les renseignements utiles au sujet des pêches maritimes. La mission se compose de Mme Dugast, de Mme Goulpéan, de MM. Pégurie, Bondurel, Salvini Saint-Marc, Denis Larrien et du docteur Faucherand ». Dans un deuxième article du journal La Vigie Marocaine du 22 février 1912, nous apprend aussi que : « Le s/s Gard, qui emmenait à Safi la mission de Mme Dugast, n’a pas pu débarquer, à cause du mauvais temps. Le Gard est revenu à Casablanca, après avoir laissé à bord d’un vapeur allemand ancré en rade de Safi, Mme Dugast, son secrétaire et Mme Goulpéan ».
Salvini s’est donc installé à Zemamra et s’est beaucoup investi pour former et installer le centre du village. Salvini exploitait une première ferme agricole à Zemamra même, une deuxième à Oualidia où il faisait du maraîchage, et également un  Azibe (domaine agricole) situé à une quinzaine de km de Oualidia, direction Zemamra où il faisait de l’élevage de vaches en semi-liberté.
Vers 1925, il était à la tête de « l’Amicale des colons des Doukkala ». Après de nombreuses interventions auprès des autorités centrales de Rabat, il a pu obtenir des crédits pour équiper des puits afin de disposer de l’eau potable, pour créer des routes, des chemins d’accès aux propriétés agricoles et pour aménager le centre du village, avec un marché tous les jeudis. Peu à peu, la vie à Zemamra s’est améliorée et de nouveaux arrivants se sont installés. Il y eut une infirmerie, une poste tenue par les Robert, une école pour les enfants français et quelques Marocains, avec Pillot comme instituteur, la cantine Cérézo, le mécanicien Guérin, les Durand, les Ormières, les Mestre, les Vassalo, les Lacanau et le géomètre Gilbert,
Au décès de Salvini Saint-Marc en 1955, son fils Henri (né en 1921 à Zemamra) a continué de travailler sur la ferme familiale jusqu’à la reprise des terres par le gouvernement marocain en 1963. Henri avait épousé Juliette Crêté à Sidi Bennour en 1946. Le père de l’épouse, Eugène Crêté, est venu au Maroc comme engagé volontaire. Il s’était installé à Rabat comme estafette au bureau du général Lyautey. Lui aussi s’est beaucoup attaché au pays et n’a pas voulu repartir en France. Il est alors rentré aux Services d’élevage, puis affecté aux Haras marocains, entre Azemmour et Mazagan. Il a épousé Lucie Dutard, à Mazagan où elle fut nommée en 1920 comme employée au bureau de poste après avoir réussi au concours d’embauche.
Ayant participé à la Deuxième Guerre mondiale, Henri Saint-Marc fut démobilisé en 1945 avec Croix de guerre. Il s’installa avec son épouse à Oualidia où ils ont créé une exploitation maraîchère pour l’exportation des tomates vers la France. Henri Saint-Marc a fait une partie de sa scolarité primaire à Zemamra dans une classe d’une quinzaine d’enfants. Plus tard, il a été en pension à Mazagan et a terminé ses études à Kénitra dans l’enseignement agricole. Henri se rendait souvent à Mazagan pour diverses raisons : administratives, médicales, commerciales et/ou simplement pour se détendre avec des amis.
Après la reprise des terres par le Maroc, Henri regagna la France où  il acheta une propriété dans le Gers à Saint-Maur, près de Mirande. Il mourut lors d’un séjour au Maroc, en février 2010.
Aujourd’hui, Juliette Saint-Marc témoigne : « La famille Saint-Marc en France garde au fond du cœur un très fort attachement pour le Maroc qui est lié aux meilleurs souvenirs de notre vie. Nos relations avec la population locale étaient très franches et amicales. Nous y sommes retournés en 2003 et nous avons retrouvé sur la ferme deux familles d’ouvriers avec lesquelles nous avons partagé des souvenirs émus de cette période historique.»
La durable amitié franco-marocaine ne s’est-elle pas créée, sur ce modèle, par une infinité de liens personnels tissés au fil des ans dans des rapports de confiance mutuelle ?

Par Mustapha Jmahri (écrivain)
Jeudi 19 Avril 2018

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