Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Ronan Farrow, le journaliste coupeur de têtes, héros du #MeToo

La pire chose qu'on puisse annoncer à un dirigeant ou un homme d'influence en ce moment ? "Ronan Farrow est en ligne"




En un an, le fils de Mia Farrow et Woody Allen, Ronan Farrow, est devenu le journaliste vedette du #MeToo, dont les révélations ont fait tomber Harvey Weinstein, le procureur de l'Etat de New York et le PDG de CBS.
La pire chose qu'on puisse annoncer à un dirigeant ou un homme d'influence en ce moment ? "Ronan Farrow est en ligne".
La plaisanterie, lancée par les présentateurs de la cérémonie des Emmy Awards, début septembre, témoigne du nouveau statut de ce jeune homme pressé de 30 ans.
Personne ne collectionne à sa ceinture autant de têtes de puissants, évincés depuis un an par des accusations de harcèlement et d'agressions sexuelles.
La plus grosse prise est évidemment le producteur déchu Harvey Weinstein, cueilli, 5 jours après les premières révélations du New York Times, par un article fleuve pour le magazine The New Yorker, dans lequel, pour la première fois, des femmes l'accusaient de viol.
Un récit porté non pas par sa qualité d'écriture mais par ses témoignages de victimes qu'il avait su faire sortir de leur silence, des années voire des décennies après les faits.
C'est la marque de fabrique de ce trentenaire au regard bleu acier qui, issu d'une famille de cinéma, navigue aisément dans les arcanes d'Hollywood et démontre un sens inné du contact.
Contrairement à beaucoup d'autres journalistes, il a aussi le temps, et les moyens, pour lui et n'hésite pas à passer plusieurs mois sur une enquête.
Patiemment, il a ainsi donné corps à ce qui n'était jusqu'ici que des rumeurs, largement relayées mais jamais suffisamment vérifiées.
"Je me suis penché sur des cas extrêmes qui tombent dans ce qu'on pourrait appeler, en étant critique, le trou noir du journalisme", expliquait-il, début septembre, lors du Festival Antidote, à Sydney.
Mi-avril, il décroche le prix Pulitzer, conjointement avec les deux journalistes du New York Times qui ont travaillé sur Harvey Weinstein.
Début mai, il renforce encore sa réputation en provoquant, en deux heures à peine, la démission du procureur de l'Etat de New York, Eric Schneiderman, après la publication de témoignages l'accusant de violences et de menaces.
Dernier en date à tomber, Leslie Moonves, PDG de la chaîne américaine CBS.
Manquent encore à son tableau de chasse les deux cibles préférées du #MeToo, Donald Trump et son candidat à la Cour suprême, Brett Kavanaugh.
Il s'est pourtant déjà penché sur leur cas. Il a d'abord consacré plusieurs articles aux méthodes de l'entourage de Donald Trump pour tenir secrètes ses affaires extra-conjugales présumées.
Fin septembre, il a publié, toujours dans le New Yorker, le témoignage de Deborah Ramirez, qui accusait Brett Kavanaugh d'agression sexuelle, sapant encore un peu plus la crédibilité du magistrat.
"Aujourd'hui, l'environnement est très différent pour quelqu'un qui veut témoigner", a-t-il expliqué à Sydney. "Il y a encore du chemin à faire, mais nous sommes déjà allés loin."
Un livre sur la politique étrangère américaine, un autre en préparation sur les menaces et les manoeuvres qui visent les journalistes, une série documentaire pour HBO: Ronan Farrow se multiplie.
Le New-Yorkais a déjà plusieurs vies à son actif: porte-parole de l'UNICEF, avocat, conseiller de Barack Obama puis d'Hillary Clinton, présentateur, journaliste, écrivain, passant de l'un à l'autre apparemment sans effort.
Toute la vie de celui qui naquit Satchel Farrow le 19 décembre 1987 ressemble d'ailleurs à un film en accéléré, avec une entrée à la prestigieuse université de Bard à 11 ans et un diplôme à 15 ans.
Un parcours atypique pour cet enfant du show-business, issu d'un foyer hors norme de 14 enfants, fils de l'actrice Mia Farrow et du réalisateur Woody Allen, avec en toile de fond le spectre de Frank Sinatra, "peut-être" son véritable géniteur, de l'aveu-même de sa mère.
Satchel, qui a préféré se faire appeler Ronan, prendra très tôt ses distances avec le metteur en scène, ulcéré par sa liaison puis son mariage avec sa fille adoptive, Soon-Yi Previn, mais aussi par les accusations portées par une autre de ses soeurs, Dylan, qu'il défend régulièrement.
Décidé à tracer sa route loin de l'ombre encombrante de ce père, ce brillant esprit à la plastique parfaite, paraissait programmé pour un destin d'exception.
Omniprésent sur les plateaux, Ronan Farrow refuse cependant de revendiquer le succès du mouvement #MeToo qui, depuis le début de l'affaire Weinstein, fait quasi-quotidiennement tomber des puissants.
"Je pense que le paysage a changé et que cela devait arriver," avance-t-il modestement.

Samedi 6 Octobre 2018

Lu 690 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Actualité | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Archives | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | Rebonds | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito | Sur le vif











Mots Croisés