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Ren Zhengfei, le fondateur de Huawei, veut sauver sa firme et sa fille

Les annonces de Washington constituent un coup dur pour l'entreprise, qui était justement en pleine campagne médiatique pour redorer son image




Il a survécu aux pénuries alimentaires étant jeune, mais Ren Zhengfei, le discret fondateur du géant chinois des télécoms Huawei, affronte aujourd'hui un tout autre défi: sauver son entreprise et sa fille, inculpées par la justice américaine.
Le patriarche de 74 ans a créé la compagnie en 1987. Et l'a vue devenir un mastodonte planétaire: 180.000 employés dans 170 pays, 206 millions de smartphones vendus l'an passé, et un chiffre d'affaires de 100 milliards de dollars (87 milliards d'euros).
Mais de lourdes accusations dévoilées cette semaine par le ministère américain de la Justice contre l'entreprise menacent d'ébranler son empire et d'envoyer sa fille Meng Wanzhou -- la directrice financière de Huawei -- derrière les barreaux.
Les annonces de Washington constituent un coup dur pour l'entreprise, qui était justement en pleine campagne médiatique pour redorer son image. Ren Zhengfei était monté en première ligne, notamment pour contrer les accusations d'espionnage venues de l'Occident.
"Je dois faire en sorte que nos clients nous comprennent", avait-il indiqué ce mois-ci à la presse chinoise. "Je suis obligé" de m'exprimer, a-t-il souligné, citant le service communication de Huawei qui évoquait une période de "crise".
Sa fille Meng Wanzhou a été arrêtée au Canada début décembre. Elle est accusée de fraude bancaire et de violations des sanctions contre l'Iran. Une première audience d'extradition l'attend en mars.
Huawei est également accusé par la justice américaine d'avoir volé des secrets technologiques à l'opérateur télécoms T-Mobile USA.
Ren Zhengfei n'est officiellement accusé de rien. Mais le nom de cet ex-ingénieur de l'armée, à la tête d'une fortune de 3,4 milliards de dollars (3 milliards d'euros) selon le magazine Forbes, est mentionné dans l'acte d'inculpation américain.
Identifié comme "Personne-1", il aurait "déclaré à tort" en 2007 à des agents du FBI que son entreprise n'a jamais été en relation directe avec une société iranienne.
"Les activités criminelles mentionnées dans cet acte d'accusation remontent à au moins 10 ans et nous font remonter jusqu'à la direction de l'entreprise", a souligné lundi Matthew Whitaker, le ministre américain de la Justice par intérim.
Washington mène depuis l'an passé une intense campagne pour dissuader ses alliés occidentaux d'utiliser les équipements de Huawei, au nom de la sécurité nationale qui serait menacée par le groupe chinois.
Cette méfiance envers l'entreprise provient en partie du passé militaire de Ren Zhengfei.
Il a rejoint l'armée chinoise durant la Révolution culturelle (1966-1976) quand "le chaos total" régnait dans le pays, a-t-il expliqué en janvier à la presse étrangère.
En raison de sa formation d'ingénieur, il avait rejoint une équipe chargée de réaménager une usine de vêtements dans la petite ville de Liaoyang (nord-est), où les températures pouvaient chuter jusqu'à -20 degrés et où il devait parfois dormir dans l'herbe.
"On n'était pas approvisionnés en légumes frais. On devait faire de grandes conserves de choux ou de radis récoltés en automne. Et se contenter de ça pendant six mois de l'année", a-t-il raconté.
Ses états de service en tant qu'ingénieur dans l'armée ont été remarqués. Dans la foulée, il rentre au Parti communiste chinois (PCC), dont il assiste en 1982 au Congrès quinquennal en tant que représentant.
"Je suis le père de Meng Wanzhou, donc elle me manque beaucoup", a-t-il raconté. "Durant son enfance, j'étais dans l'armée, et j'étais absent de chez moi 11 mois de l'année."
Ren Zhengfei fait l'objet de nombreux soupçons, son passé militaire étant parfois perçu comme le gage de liens étroits avec l'armée et le gouvernement chinois.
Huawei rejette ces accusations et souligne qu'il n'y a "aucune preuve" que le géant des télécoms pose un problème de sécurité nationale.
La Pologne a toutefois arrêté en janvier un employé de l'entreprise suspecté d'avoir espionné pour le compte de la Chine. La compagnie l'a rapidement licencié, et démenti tout lien avec ses agissements.
Mais malgré l'offensive américaine de ces derniers mois visant sa compagnie, Ren Zhengfei a déclaré plus tôt en janvier qu'il espérait toujours une "collaboration" avec les Etats-Unis.

 

Samedi 2 Février 2019

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