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Réflexion autour du projet personnel de l’élève




Récemment, les notes du ministère de l’Education nationale viennent de faire du projet personnel de l’élève, à l’instar de l’expérience française par la loi d’orientation de 1989, une exigence réglementaire. Le recours à l’individu apprenant en tant que responsable de son propre destin soulève des points de positionnement hétérogènes dont, entre autres, une explication contextuelle : l’impuissance des structures sociales (l’école en est une) à impacter le présent et le devenir de l’individu. Autrement, il est question de l’aveu d’un échec de l’intervention sociale qui voulait que la responsabilité individuelle lui supplée. L’institution ne supporte-t-elle plus de vivre ses clivages et ses émiettements disciplinaires ? Se demande-t-on. Sa vocation du service diversifié la rend-elle impuissante à unifier son acte pour ne trouver que dans le projet le canal de convergence et de l’excitation du sens scolaire dans l’univers psycho-cognitif de l’apprenant ? En tout cas de figure, le projet personnel demeure à notre sens, en dépit de ce qui précède, une adresse idoine et un bon angle d’attaque à répliques fructueuses.

Miser sur le projet de l’élève, c’est rattacher relativement la réussite scolaire à sa dimension motivationnelle face aux apprentissages et aux choix qui incombent l’apprenant, pièce maîtresse du système éducatif. Aberrant sera-t-il alors de légiférer et de discourir sur le statut central de l’apprenant de manière massive en littérature éducative marocaine en omettant de conférer à l’intéressé son poids de choix, de responsabilité, de liberté et d’autonomie pour agir en sa propre faveur. Il serait aussi incohérent de le voir en dernier invité à contribuer à son propre apprentissage pendant les leçons. Car son statut d’acteur de projet requiert sa collaboration constructive en classe, d’une part, et son apport de citoyen en vie scolaire de l’autre. A cela s’ajoute sa justesse à opter pour de bons choix à l’occasion des paliers d’orientation.

L’apprenant a le droit de voir son projet clore par le biais d’un écosystème éducatif facilitateur et encourageant. Tous les intervenants se départagent la responsabilité d’instaurer le climat favorable au murissement des projets d’élèves de manière synergique avec le souci d’une coordination qui ne laisse point chevaucher les mises en pratique des compétences ou estomper le démarquage propre aux zones spécifiques des interventions respectives. Evidemment, couvés de la sorte, les projets personnels deviennent des entités dotées d’une longue espérance de vie et de fortes probabilités de concrétisation. Comment ne pas le devenir au moment où l’institution reconnaît à l’apprenant son action sur son avenir et sollicite en sa personnalité son lot d’originalité, d’adaptation et du progrès comme besoin existentiel. Une telle élévation en sujet acteur le réconfortera pour innover dans ses stratégies et l’inspirera afin de mieux gérer ses peurs parallèles à son acte de marquer des choix.

On aurait beau reprocher au concept de projet son fort usage galvaudé, son manque de consistance, voire même sa vacuité et sa teneur sémantique fuyante et peu saisissable, on aurait beau le taxer parfois d’utopique en le considérant immanquablement butant sur la première pierre de la réalité et sur le nombre des opportunités concrètement existantes ; toutefois, les fondements méthodologiques et leurs racines philosophiques résistent à ces prétentions réfractaires.

De fait, ce même champ n’aurait-il pas le mérite d’être un cadre d’innovation et d’incitation à la réflexion individuelle et collective, du partage à même de solutionner les écueils qui pourraient surgir ? Son ancrage dans la vie scolaire ne se justifierait-il pas par une volonté institutionnelle à concorder avec le principe du développement et du progrès dans laquelle s’inscrit toute existence humaine ? Le même projet personnel ne sollicite-t-il pas de l’élève un façonnement évolutif de son propre soi vers un équilibre optimal dans un parcours qui se corrige continuellement ? Les exploits personnels petits ou grands ne paraissent-ils pas plus attachants au cas où ils sont les fruits d’une aventure personnelle où pendant laquelle est investie la personnalité entièrement ?

Le vécu moderne vit l’émergence de l’individualisme. On insinuera que le projet personnel est une formule idéologique qui affranchirait l’individu de toute emprise sociale. On avance même que sans vision holistique vis-à-vis des orientations individuelles, l’individu ne peut se définir… Contextuellement, les avancées de la société humaine offrent à la personne le rêve et la promesse de s’actualiser en tant qu’être spécifique et doté d’intelligence originale. Ce droit de performance subjective n’est pas automatiquement antinomique aux partages sociaux. Il est à juste titre une opportunité de fructifications multiples et une perspective de valeurs ajoutées. Car au moment où la société bénéficiera des potentialités individuelles libérées en sa faveur, l’individu, lui, perçoit son intégrité intacte et son champ d’action élargi et reconnu. Cette reconnaissance est alors dialectiquement bénéfique. Et elle le serait davantage si le projet en tant que culture s’implante en arrière plan à nos comportements pour que ces derniers gagnent en efficacité et en pertinence.

Les projets individuels ou collectifs simultanés se recoupent au niveau d’éléments communs, ce qui est opportun à des prolongements transversaux qui maintiennent le sens de créativité et d’inventivité propres à chaque niveau. Le destin de l’homme demeure sa vocation au développent multidimensionnel. Il revient heureusement alors au mode de projection de répondre à cette inéluctable destinée. Afin de répondre à ces attentes concrètement, les rôles à jouer au niveau des établissements scolaires devraient être articulés intelligemment et s’opérationnaliser de manière synergique et surtout sans heurts : Jacky Charpentier et ses collaborateurs dans l’ouvrage « De l’orientation au projet de l’élève » déclinent ces rôles comme suit: Au chef d’établissement ne revient pas d’édicter mais « à favoriser analyse et réflexion (en s’appuyant notamment sur son conseiller technique, le conseiller d’orientation), à mettre en forme des objectifs d’action et à contribuer à leur opérationnalisation. Cela passe nécessairement par des phases formalisées de concertation avec les professeurs principaux et les délégués d’élèves… ». « Le professeur principal, sans être un spécialiste d’information, il peut favoriser l’accès des élèves à l’information. Et « sans être un psychologue, il peut dialoguer avec ses élèves et faire le point ». 

Réflexion autour du projet personnel de l’élève
Le conseiller est « un acteur direct des élèves en matière d’information, de conseil, d’aide à l’élaboration des projets », et il est aussi « conseiller technique des chefs d’établissements et des équipes éducatives dans l’analyse des fonctionnements et des dysfonctionnements du système éducatif (orientation, élèves en difficulté) »…

L’enjeu des acteurs de l’établissement scolaire actuellement est de performer dans la qualité de la mise en pratique de leur réseau relationnel prévu et dans la concrétisation efficace des mesures règlementaires prônant l’éclosion des projets des élèves et leur inscription durable dans le temps.

Par Ismail Idabbou
Inspecteur en orientation de l’éducation Direction provinciale d’Essaouira

Libé
Jeudi 15 Octobre 2020

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