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Raphaël Glucksmann : Du Rwanda aux Ouïghours, une vie d'engagements





Intellectuel aux engagements éclectiques, l'eurodéputé français Raphaël Glucksmann est à la pointe de l'activisme en faveur des Ouïghours, ce qui lui vaut désormais d'être interdit de séjour en Chine. "C'est ma légion d'honneur", at-il répondu la semaine dernière sur Twitter après avoir été visé par une série de sanctions chinoises. Au Parlement européen comme sur les réseaux sociaux qu'il a investis, le charismatique eurodéputé de gauche pourfend calmement mais inlassablement le "silence" des gouvernements occidentaux et les "intérêts" en Chine des multinationales. Un combat qui lui vaut, à 41 ans, d'être populaire chez les jeunes en France, très sensibilisés au sort de cette minorité musulmane du nord-ouest de la Chine. Enfant, il a baigné dans l'engagement. Fils du philosophe français André Glucksmann, maoïste tourné néoconservateur, il voit défiler chez ses parents "combattants afghans, féministes algériennes, dissidents antimarxistes d'Europe de l'Est, opposants marxistes latinoaméricains". Une ouverture au monde cosmopolite qu'il affectionne. Mais "le premier choc politique" et "le moment qui le définit" sera un reportage sur le Rwanda, alors qu'il a quinze ans : "Des images, filmées depuis un bus, de miliciens découpant des Tutsi à la machette" qui le hantent, lui et deux amis, David Hazan et Pierre Mezerette, raconte-t-il à l'AFP. Etudiant à Sciences Po quelques années plus tard, il part avec eux au Rwanda. Ils tourneront "Tuez-les tous" un documentaire sorti en 2004, qui questionne le rôle de la France. Suivra un autre film sur la révolution orange en Ukraine, avant la Géorgie où il travaille sur le rapprochement avec l'Union européenne auprès du président Mikheil Saakachvili entre 2008 et 2013. Il y épouse Eka Zgouladze, future ministre de l'Intérieur de Saakachvili, avec laquelle il aura un fils. Depuis, il a eu un second fils avec la journaliste vedette de l'audiovisuel Léa Salamé. "Ukraine, Géorgie, ça a pu surprendre mais Raphaël a des « ennemis ». Poutine en est un, comme il l'était pour son père", commente une connaissance de jeunesse. L'intéressé réfute avoir des "détestations", "mais il y a des menaces très claires sur nos principes et valeurs" comme Vladimir Poutine et Xi Jinping. Une rencontre avec des membres de la diaspora ouïghoure au début de son mandat d'eurodéputé sera le déclencheur. Il en "sort ébranlé", mesure "le décalage entre l'ampleur du crime" rapporté et "l'immensité du silence dans le débat public européen". Progressivement, il "se rend compte que ce n'est pas seulement un sujet de droits humains : il raconte aussi la globalisation, la dépendance économique...". "Tous les sujets qui structuraient mon mandat pouvaient rencontrer le sujet Ouïghours !", explique-t-il. Dilnur Reyhan, fondatrice de l'Institut ouïghour d'Europe, évoque sa méfiance quand il la contacte en 2019. "Je me suis dit : oui, bon.. paroles de politicien. Mais en fait non ! Il a été touché par ce drame". "Raphaël, il parle du coeur !", jure-t-elle. "Il a des convictions fortes sur les droits de l'Homme", renchérit une ancienne responsable de Place publique, parti écologiste, de gauche et européen qu'il a cofondé en 2018 avec des personnalités de la société civile. "C'est un vrai intellectuel, fortement inspiré par son père". Lui n'aime pas trop le terme d'intellectuel. Il préfère "essayiste". "Parce qu'il essaie", ajoute avec humour celui qui a aussi été documentariste, conseiller de président, chroniqueur radio, directeur de la rédaction de magazine... Ne l'accusez pas d'être un doux rêveur : "Je suis au contraire très réaliste. Principes et intérêts stratégiques à long terme se rejoignent. Les « realpoliticiens » qui expliquent que rien n'est possible quand on parle de la Chine, sont responsables d'une évolution qui rend la Chine de plus en plus puissante !", dit celui dont "l'obsession" est la façon "dont le politique peut reprendre la main". Ni d'être opportuniste, pour son ancrage à gauche sur le tard : "J'ai rejoint la gauche en 2008-2009 quand j'ai compris que ma passion pour les droits et libertés était inconciliable avec ce que devenait le libéralisme. Au moment où la gauche s'effondrait... On ne pourra pas dire que c'est de l'arrivisme !", s'amuse-t-il.

Libé
Jeudi 1 Avril 2021

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