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La justification avancée par les autorités françaises est claire : l’Etat français se désengage financièrement et connaît un déficit structurel. La solution retenue consiste à transférer une part croissante de cette charge sur les parents, notamment pour financer les retraites et avantages des enseignants expatriés ou détachés. Cet argent, entièrement reversé à Bercy, ne bénéficie en rien aux établissements locaux : il n’est ni réinjecté dans les infrastructures, ni dans les programmes, ni dans l’amélioration de l’enseignement. Le pôle Rabat-Kénitra n’en voit tout simplement pas la couleur.
Cette logique suscite une profonde incompréhension. D’une part, les frais d’inscription annuels AEFE n’existent ni dans l’enseignement public français, ni dans le privé en France, ni même dans les établissements OSUI. Ils concernent uniquement certains établissements marocains labellisés AEFE. D’autre part, de nombreux coûts qui relèvent normalement de l’ambassade de France sont aujourd’hui intégrés aux frais de scolarité : fonctionnement du bureau des examens, prise en charge de personnels administratifs de l’ambassade, voire occupation de locaux scolaires par ces services, au détriment d’espaces pédagogiques pour les élèves.
Le malaise est accentué par un mode de gouvernance jugé totalement déconnecté des réalités locales. Les décisions concernant Rabat sont prises à Paris, sans véritable concertation avec les parents, ni capacité d’adaptation au contexte marocain. Les familles ont le sentiment de dialoguer avec une administration lointaine, lente et hors-sol, alors qu’elles assument l’essentiel du financement.
Le cas du collège Saint-Exupéry de Rabat illustre de manière frappante ces dérives. Depuis des années, les parents alertent sur l’état dégradé de l’établissement et la nécessité de sa reconstruction. Il y a moins de dix ans, les travaux étaient estimés à 6 millions d’euros. L’an dernier, le conseil d’administration de l’AEFE a voté un budget de 18 millions d’euros (soit prêt de 200 millions de dirhams !) — une somme colossale pour la construction d’un collège — sans que les travaux n’aient encore commencé. Ce retard considérable est le résultat d’errements administratifs répétés dans la gestion du dossier.
Sur ce montant, 10 millions d’euros ont déjà été constitués grâce à plusieurs années d’augmentations successives des frais de scolarité payées par les parents. L’AEFE a promis un apport de 4 millions d’euros supplémentaires, les 4 millions restants devant être financés par… de nouvelles hausses. En attendant, les élèves ont fait leur rentrée, en septembre, dans l’ancien groupe scolaire primaire Malraux à Diour Jamaa. Malgré les engagements pris, les infrastructures ne sont pas adaptées : ni les parents, ni les élèves, ni les enseignants ne s’en satisfont. Aucune amélioration concrète n’est prévue, et le calendrier du retour dans un établissement digne de ce nom est repoussé à une échéance indéterminée.
Les conséquences de cette gestion sont déjà visibles à l’échelle du réseau. Les effectifs diminuent d’environ 3% par an, avec une baisse marquée des inscriptions en primaire. A Rabat, l’école Ronsard devrait prochainement fermer ses portes, tandis que dans d’autres établissements, des classes ferment. Dans le même temps, les parents assistent à la disparition progressive d’options et de filières, notamment la fermeture du programme de classes préparatoires, réduisant encore l’attractivité et l’ambition académique du dispositif.
Pourtant, au lieu de repenser le modèle — pédagogie, offre éducative, activités périscolaires — la réponse apportée est strictement comptable : regroupement des classes, effectifs dépassant parfois 28 élèves, suppressions d’options et nouvelles augmentations tarifaires.
Cette stratégie pose une question centrale : comment maintenir la qualité qui a fait la réputation de l’enseignement français à l’étranger dans ces conditions ? Les parents dénoncent une dégradation progressive du service : absences de professeurs non remplacées, formations organisées pendant les heures de cours, grèves répétées, manque de visibilité et absence de contreparties claires malgré des frais toujours plus élevés.
Pour beaucoup de familles, le contrat de confiance est aujourd’hui rompu. Elles ont le sentiment que la France s’appuie sur les parents du Maroc pour résoudre ses propres difficultés budgétaires, au risque de fragiliser durablement un modèle éducatif historiquement fondé sur l’excellence, l’équité et le dialogue.
Au-delà des chiffres, c’est une question de justice et de gouvernance qui est posée : qui doit assumer les erreurs de gestion, et à quel prix pour les familles ? Les parents ne contestent pas le principe d’une contribution, mais refusent d’être les seuls à payer — sans transparence, sans visibilité à long terme et sans véritable pouvoir de discussion. Une situation qui, si elle perdure, risque de transformer en profondeur le paysage de l’enseignement français au Maroc.
K.B








