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Pourquoi l’accès à l’éducation est restreint pour les enfants en situation de handicap

Seulement 37,8% sont scolarisés, selon la représentante de l’Unicef au Maroc




 Le séminaire international consacré au «Droit à l’éducation inclusive : transition conceptuelle, transformation des pratiques et enjeux de l’évaluation» qui s’est tenu lundi dernier à Rabat, a été l’occasion de mettre en lumière une amère réalité : seulement 37,8% des enfants en situation de handicap ont accès au primaire. Révélé par la représentante de l’Unicef au Maroc, Giovanna Barberis, ce constat est alimenté par plusieurs difficultés. Outre les freins liés à l’accessibilité des enfants en situation de handicap à cause d’infrastructures architecturale et urbanistique inadaptées, sans oublier un manque de renforcement des capacités des enseignants et des cadres administratifs, l’inclusion sociale manque d’une marge de progression évidente.
Présente lors de cet évènement qu’elle décrit comme un véritable tournant tant elle a été marquée par la mobilisation générale de tous les acteurs locaux gravitant autour de ce domaine, ainsi qu’internationaux, à l’instar du College Cooperative Rhone Alpe, représenté par sa directrice pédagogique, Sandrine Amaré, Loubna Cherif Kanouni, experte dans le champ social et médicosocial, voit elle aussi en l’inclusion sociale, et notamment l’aspect de représentation, l’une des principales causes à l’origine d’un si faible taux de scolarisation des enfants en situation de handicap. «Il y a vraiment une grande part de travail de recherche consacrée à ce domaine», a-t-elle avancé. Et d’ajouter :« Il faut savoir que quand on parle de représentation, on parle d’une chose ancrée dans l’imaginaire. Malheureusement, force est de constater que pour le moment c’est comme si les handicapés vivaient dans un monde à part. Il faudrait que ce ne soit plus le cas ».
Effectivement, là est toute la question. Comment inclure des personnes dans un système scolaire qui ignore pratiquement tout d’elles ? Comme nous l’a expliqué Loubna Cherif Kanouni, cette représentativité et cette perception biaisées habitent aussi bien le personnel enseignant que les directeurs des écoles et autres inspecteurs. Une anomalie en soi, parce qu’à travers le prisme législatif, cela n’a pas lieu d’être «Dans notre Constitution, il y est écrit dans le préambule et dans l’article 34 que les personnes en situation de handicap ont une place dans la société et que leurs droits doivent être respectés dont le droit à l’école. Un droit immuable, sans distinctions entre écoles publique et privée. L’école doit être un lieu où personne n’a le choix d’être ou de ne pas être, tout le monde doit avoir le droit d’y accéder», a-t-elle affirmé, avant de préconiser «une démarche culturelle et un changement de paradigme dans notre façon de voir les choses et d’appréhender l’autre en même temps que dans notre système éducatif, car sous sa forme actuelle, il pèche par défaut dans beaucoup d’aspects, d’autant plus qu’on ne peut pas dire qu’il y a une grande implication de la part de ses acteurs ».
Réussir à scolariser un maximum d’enfants en situation de handicap serait une avancée considérable, mais sûrement pas une finalité, à la lumière du phénomène de la déperdition scolaire. Ainsi, on a appris que sur 200 enfants en situation de handicap, seulement trois réussissent à atteindre le niveau supérieur. Pour Loubna Cherif Kanouni, les causes sont multiples, «à commencer par savoir si l’enfant en situation de handicap a eu à sa disposition tous les moyens pour qu’il puisse se développer. La problématique est d’ailleurs la même pour les enfants ordinaires. Tout le monde a besoin d’un accompagnement et d’un encadrement particulier pour ne pas être en décrochage scolaire ». D’ailleurs, elle pense que si les parties concernées arrivent à être au point au niveau pédagogique et être suffisamment formées pour répondre aux besoins particuliers d’un enfant en situation de handicap, ce serait la meilleure façon de réduire ce phénomène de déperdition scolaire. Par ailleurs, l’intégration de l’enfant en situation de handicap est tout aussi primordiale dans ce sens. «L’exclusion ressentie par un enfant à cause d’une intégration peu réussie peut aussi être à l’origine de la déperdition. Si ses camarades de classe, le houspillent, l’insultent, le montrent du doigt ou pire le maltraitent physiquement, cela crée un malaise et même plus, un malaise psychique engendré par le fait d’être non considéré ou déconsidéré», conclut-elle.
En tout et pour tout, le programme s’annonce chargé pour changer le cours de l’histoire des enfants en situation de handicap au Maroc. De fait, toutes les attentions sont désormais tournées vers l’Instance nationale d’évaluation (INE), laquelle procédera à une évaluation du modèle d’éducation des enfants en situation de handicap, afin de permettre l’identification concrète des facteurs qui favorisent ou entravent l’éducation de ces enfants. Même si on doit vous avouer que l’on a d’ores et déjà une petite idée.

Chady Chaabi
Jeudi 10 Janvier 2019

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