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Pour en finir avec la violence à l’école




La violence relativement ambiante dans les écoles marocaines dénoterait d’un dysfonctionnement au niveau de l’échelle des valeurs. La famille marocaine de par ses mutations n’endosse-t-elle pas une part de responsabilité morale dans l’éclaboussement d’une violence scolaire qui devient récurrente plus que jamais ? La violence scolaire ne trahit-elle pas une violence sociale plus ou moins discrète et qui ne cesse de proliférer ? Les structures sociales sous leur configuration actuelle, ne reflètent-elles pas un malaise responsable de la violence ? La note scolaire et le mode d’évaluation ne seraient-ils pas des prétextes pour légitimer ces déchaînements agressifs dans le milieu scolaire ?
En tout cas, l’ordre moral et éducatif dans les écoles est en proie à une transgression qui pourrait acquérir aux yeux de ses jeunes protagonistes le mérite du défi, du virilisme et du contrôle d’un moment passager de la vie scolaire. La brutalité, autrefois cantonnée à l’extérieur, se répand actuellement comme tache d’huile parmi les adolescents scolarisés dont certains en font un mode de vie. En ce phénomène, s’identifie une errance existentielle d’une génération en quête de repères fiables et apaisants ainsi que de contextes conviviaux et générateurs d’assurance. Cette délinquance juvénile couve un être fonctionnellement susceptible pour qui les violences verbale et physique sont des moyens pour s’affirmer. Il s’agirait d’une réaction morbide, d’une atteinte majeure amèrement subie, que ce soit épisodiquement ou sous forme de choc terrassant.
Les moyens d’information ne seraient-ils pas un facteur agissant derrière le phénomène de la violence scolaire ?  En fait, la mise en relief des scènes sociales violentes pourrait susciter une identification à l’agresseur qui impressionne par son audace transgressive de l’ordre établi. Par imitation irréfléchie, il en découle que la relation à l’ordre soit corrompue et repensée autrement : la paix sociale adulée par la majorité charmerait par l’envie de la saboter.
La communication pédagogique l’est-elle si foncièrement et répond-elle aux critères qu’exige la qualité bien réfléchie ? Osons-nous, peu importent nos positions, nous affranchir d’un schéma comportemental que connote déjà la posture d’enseigner spécifiquement et d’éduquer généralement et qui est celui «d’infantiliser» les jeunes esprits et au paroxysme de les considérer comme une tare générationnelle que le concours des adultes connaisseurs saurait soigner de manière absolue ?
Généralement, la violence serait un acte expressif d’une atteinte à l’ego qui se voit sous-estimé, d’un manque d’affection familiale, d’une déception frustrante générée par les milieux dans lesquels évoluent les adolescents et qui leur font encaisser des ressentis de sous-estimation, des sentiments de douleurs intenses qui s’expriment tôt ou tard sous forme d’expressions agressives. Mais, est-il vrai que nous sommes devenus des individus d’une société violente où les attitudes agressives se nourrissent d’autres similaires par ricochet et en fonction d’une contagion fatidique que suscite le phénomène du groupe?
Au tableau d’un vécu pessimiste de la jeunesse marocaine, un constat accroche :  la violence scolaire qui n’est pas de l’ordre du phénomène selon les responsables politiques ne cesse d’être ressentie par les enseignants. Cette réalité délétère est  complexe à tel point que toutes les interventions de redressement doivent être synergiques et diversifiées.  La violence relève déjà de l’être humain qui ne peut que tourmenter tout chercheur en sciences humaines par la complexité de son existence, sa conscience et son monde émotionnel changeant.
Puisant dans le contexte scolaire, les forces de propositions, aussi différentes soient-elles, conviendraient à l’évidence :  rendre l’école plus attrayante. Mais comment façonner cet attrait selon des entrées bénéfiques et agissantes en synergie? En voici une conception à multiples variables, en fonction desquelles il conviendrait de:
- Instaurer un regain d’estime à l’école publique marocaine symboliquement et matériellement, qu’il soit celui des encadrants ou de l’école en général en tant qu’institution de socialisation et pépinières d’éclosion des potentialités individuelles et collectives : il y a une décennie au moins, cette école était un tremplin et un ascenseur social. La voilà de nos jours qui perd de ses lauriers pour frôler l’insignifiance d’après une grande majorité parce qu’à ses yeux on y végète pour s’en sortir dénué de tout sens de la réalité. Notons que, sans y voir uniquement un pont inéluctable vers des carrières socialement plus ou moins considérées, l’école est par principe un organe qui interagit avec la société : «actrice», il propose des conceptualisations et des modes de vie, «interlocutrice» ; il s’imprime des évolutions sociales sur tous les plans. Ainsi toute prospérité intellectuelle ou matérielle ne verra le jour que par l’engendrement de l’école-mère. Déconsidérée par sa propre société, l’école dégénère et accouche de malformations : des êtres démotivés et prédisposés à violenter leur entourage et qui ne tarderont pas à s’exprimer par les modes vestimentaires bizarres et des propos envenimés.  Les rixes et les atteintes à l’intégrité physique et morale foisonneront conséquemment ;
- Doter les élèves d’un curriculum qualitatif et épanouissant : la fadeur de quelques contenus curriculaires apparemment obsolètes et frisant la platitude pourrait constituer une provocation discrète au bon sens et à l’intelligence de l’apprenant. Une fois que cette réalité se trouve augmentée, dans certains cas, d’un style pédagogique vertical et instructif, elle composerait une oppression insoutenable ;
- Revisiter le système docimologique des acquis scolaires de manière à le rendre équitable et assez fin pour rendre compte fidèlement des performances scolaires. A cette condition, les élèves reconnaîtront à l’institution scolaire sa neutralité et son engagement à rétribuer les efforts selon le mérite et ne manifesteront plus de réaction rebelle dont l’injustice serait la cause ;
- Vivifier la vie scolaire qui agonise dans plusieurs établissements : se souciant strictement de l’acte d’enseigner au sein des classes, les acteurs scolaires se méprennent sur l’utilité des activités parascolaires ou dites  intégrées. Lesquelles :
- Offrent aux élèves des opportunités de découvrir leurs talents qui, une fois  cultivés, seront des projets fructifiés  dans l’avenir ;
- Tirent la scolarité de ses modalités  pratiques traditionnelles et insufflent du renouveau dans la perception de la  relation  enseignant-élève ;
- Apaisent ainsi les esprits et assainissent le relationnel pédagogique en   intégrant la composante divertissante et ludique ouvrant des perspectives de créativité car celle-ci a horreur de la rigidité contraignante ;
- Multiplier les clubs scolaires de l’éducation à la citoyenneté : ce sont là des leviers de la cohésion de la communauté scolaire. Ils seront des espaces pour initier le dialogue sur le civisme, le vivre- ensemble et la paix sociale. Y seront aussi interrogés les lieux publics et leurs exigences en termes d’attitudes et de comportements ainsi que la tolérance à accepter la différence ;
- Donner le goût du livre et attiser la soif d’apprendre chez les jeunes esprits. Un esprit qui se cultive dans le plaisir, par la lecture, aura des chances de se prendre en charge et d’adopter des comportements assagis par sa propre culture au lieu de verser dans la violence. L’énergie juvénile sera sublimée en flux avantageux lorsqu’elle sera canalisée par la culture, livresque entre autres.  La culture scolaire s’appréciera intrinsèquement et rendra attrayant le curriculum ;
- Consolider et assainir la relation : association des parents et tuteurs d’élèves/corps éducatif. A ce propos, l’historique d’éloignement des deux entités n’est pas étranger.  L’on ne lésine pas alors à s’accuser les uns les autres de  préjugés d’ingérence, d’incompétence et de manipulation ;
- Opérationnaliser les cellules de veille de manière à prévenir et traiter les cas de décrochage et de redoublement. A défaut de programmes de soutien ou à cause de leur inefficacité didactique, le redoublement maintient l’élève dans la résignation et la stigmatisation et le rend enclin à la violence;      
- Installer des centres d’écoute professionnalisés : aux vertus innombrables, ces centres libèrent   lorsque les consultés prêtent oreille aux consultants en quête de partage, et ce,   dans un cadre absolument confidentiel.  La dimension psychologique ainsi prise en compte aplanirait des montagnes d’incompréhensions, de préjugés qui obstruent la vision des jeunes élèves.  Ainsi, si la complexité de la vie scolaire et du vécu quotidien est décortiquée et démystifiée par le conseiller d’orientation ou le cadre pédagogique, cet accompagnement renforcera chez  les jeunes élèves le niveau de  leur estime de soi et les reconduit à reconquérir sans conteste le savoir scolaire.
 Pour rappel, bien écouter son consultant est un trait caractéristique professionnel du conseiller en orientation. Au Maroc les entretiens individuels sont littéralement mentionnés dans une note ministérielle. Mais, face à un taux d’encadrement outrancièrement disproportionné, le conseiller aura un défi irréaliste de répondre aux attentes de la population estudiantine en matière d’écoute, de proximité et de disponibilité. Il sera, ainsi, envisageable que le conseiller dote les centres et cellules d’écoute de corpus, de postures et d’attitudes ad hoc. L’institution scolaire s’en imprégnera et deviendra un bouclier culturel contre la violence érosive.
L’écoute compréhensible est un enjeu éducatif qui, au lieu d’être l’exclusivité du cadre institutionnalisé consultant/consulté dans les séances d’écoute, devrait être un principe fondateur de toutes les relations pédagogiques et éducatives. Manquer d’écoute compréhensible ouvre les portes aux incompréhensions, à l’indifférence, aux harcèlements et aux conflits avilissants.
Encore faut-il rappeler que l’ambiance scolaire est prise pour indice évaluatif de la performance scolaire dans les grilles des organismes internationaux d’évaluation des systèmes éducatifs. Alors, prémunir notre communauté scolaire contre la recrudescence de la violence représente un de ses enjeux existentiels mais aussi de sa qualité.       

Par Ismail Idabbou Inspecteur en orientation de l’éducation (Taroudant)
Mercredi 27 Décembre 2017

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