Pour dénoncer la mort de Bourarach : Marche à Paris


Sofia Aliamet
Lundi 12 Avril 2010

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Dès le lendemain, tous ont affirmé que l’agent de sécurité avait tenu des propos antisémites à leur encontre. Une version rejetée par les témoins présents sur les lieux ainsi que par la procureure de Bobigny qui n’a retenu «aucun élément de nature à donner à ces faits une connotation raciste ou religieuse » selon nos confrères de Libération France.

Les quatre hommes interrogés par la police nient pour le moment avoir poussé Saïd Bourarach dans le canal de l’Ourcq, tandis que son avocat, lui, rappelle que le jeune homme savait parfaitement nager. Et quand bien même l’agent de sécurité n’aurait pas été jeté dans le canal, il s’agit d’un point de vue pénal d’une agression suivie de non-assistance à personne en  danger.

Outre la violence qui a découlé d’un incident terriblement banal, le plus inquiétant dans cette histoire reste sans doute la faible médiatisation de la mort de Saïd Bourarach ainsi que celle de la classe politique.

A ce jour, seuls le Collectif contre l’islamophobie en France, SOS Racisme, le MRAP (Mouvement contre le racisme et l’amitié entre les peuples) ainsi que le Grand rabbin de France ont fait part de leurs condoléances à la famille de Saïd.

Sans tomber dans le clivage communautaire facile, l’on peut néanmoins s’interroger légitimement sur l’absence de médiatisation et de condamnation à ce sujet. En effet, la semaine dernière, Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur s’est rendu à Tremblay en banlieue parisienne  pour apporter son soutien à des chauffeurs de bus victimes d’agressions dans des quartiers dits sensibles, et ce après le démantèlement d’un trafic de drogue dans la zone. Dès lors, pourquoi ne pas avoir fait un crochet par Bobigny pour dénoncer l’agression de Saïd et apporter son soutien à la famille ? Comment expliquer le silence des politiques français, habituellement enclins à s’exprimer sur de nombreux sujets ?

De plus, force est de constater que les actes antisémites, eux, sont surmédiatisés, à juste titre, se doit-on d’ajouter. Pourtant l’on ne peut pas dans cette affaire ne pas rappeler qu’en 2004 « l’affaire du RER D » avait suscité l’emballement de toute la classe politique française ainsi que de tous les médias en un temps record. A l’époque, une jeune femme avait prétendu avoir été passée à tabac à cause de sa confession juive. Un évènement qui avait suscité un tolllé contre les communautés africaines et maghrébines de France, et ce avant même que la véracité des actes ne soit vérifiée. Au final, face à l’ampleur prise par l’affaire,  la jeune femme avait avoué s’être mutilée elle-même, et avoir tracé des croix gammées sur son corps. Si médias et personnalités politiques avaient par la suite dénoncé ces affabulations, nul n’avait exprimé de regrets pour avoir condamné sans appel toute une partie de la population française aux motifs de leurs origines. 

A ce sujet, le communiqué de l’Union des Associations musulmanes de Seine-Saint Denis est on ne peut plus clair : « Si la crainte de certains de voir une flambée de violences communautaires se répandre justifie le mutisme intolérable des médias et des politiques sur ce lynchage, nous pensons que c’est plutôt ce silence qui va alimenter la haine et la frustration. »

Il est fort à parier en effet, que face à cette inégalité de traitement, le sentiment d’injustice qui en découle exacerbe les violences communautaires déjà nettement palpables dans cette région.

Comment expliquer en effet que la mort de l’un de nos ressortissants à l’étranger ne suscite que si peu d’émoi ? La valeur d’un homme français se mesurerait-elle désormais en vertu de sa confession ?

Aujourd’hui, famille et proches de Saïd Bourarach attendent que toute la lumière soit faite autour de la mort du jeune homme et que toutes les responsabilités soient établies. Une attente qui est d’autant plus douloureuse qu’aucun soutien de taille n’a été apporté à ces derniers. 



Sofia Aliamet
Lundi 12 Avril 2010
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