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Peser le pour et le contre Sage et pondérant

Le pourquoi de la particularité de la position marocaine concernant le conflit russo-ukrainien


​Hassan Bentaleb
Jeudi 3 Mars 2022

Peser le pour et le contre Sage et pondérant
«Prudence», c’est ainsi que le chercheur Abdellah Rami, du Centre marocain des sciences sociales, a qualifié la non participation du Maroc, mercredi, au vote d’une résolution sur le conflit entre l’Ukraine et la Russie à l’assemblée générale des Nations unies.

Selon lui, le Maroc a ses propres calculs et veille à maintenir l’équilibre des forces. «Le Maroc est dans une situation particulière. Il pèse le pour et le contre en fonction de son conflit avec l’Algérie. Et même si Rabat est considéré, sur le plan stratégique, parmi les membres du camp des Etats-Unis alors qu’Alger fait partie du camp sécuritaire et militaire russe, le Royaume ne met pas tous ses œufs dans le panier de Washington. En fait, Rabat prend en compte les rapports de force sur la scène internationale et prend en considération les forces émergentes (la Chine, la Russie,…) », nous a indiqué Abdellah Rami.

Et d’expliquer : « La Russie est un pays fort militairement, membre du Conseil de sécurité et dispose de plusieurs cartes en main. Et le Maroc doit garder ses distances et préserver les équilibres. Il ne doit pas laisser les choses peser du côté de l’Algérie en lui laissant le champ libre. Autrement dit, le Maroc ne doit pas offrir à Alger l’occasion de renforcer ses relations avec Moscou même si cellesci ne sont pas assez solides ».

Selon notre interlocuteur, l’Algérie ne constitue pas « une profondeur stratégique » pour la Russie et les deux pays ont des intérêts stratégiques liés à l’armement (la Russie est le premier fournisseur d’armes à l’Algérie, qui a augmenté ses importations de 64% entre 2016 et 2020 selon le rapport du Sipri (Stockholm International Peace Research Institute).

« Alger ambitionne d’approfondir ses relations avec Moscou notamment après le renforcement des relations militaires entre le Maroc et les Etats-Unis. Rappelons-nous de la visite officielle en Russie du chef d’état major de l’armée algérienne Saïd Chengriha le 21 juin 2021 à seulement quelques jours de la fin d’une série d’exercices militaires entre le Maroc et les Etats-Unis », nous a-t-il précisé.

Le chercheur au Centre marocain des sciences sociales soutient que la position du Maroc n’est pas, pour autant, celle d’un simple spectateur, mais il s’agit bien, selon lui, d’une position intelligente qui correspond à celle des pays du Golfe et de l’Egypte.

« Le Maroc a ses propres calculs et opte pour la prudence dans la prise de positions. Mais sera-t-il capable de rester sur la même position, idem pour les pays du Golfe, malgré la pression de Washington qui est en train de scruter avec attention les positions des pays qui sont avec ou contre elle ? », s’est-il interrogé avant d’y répondre : « Oui, le Maroc et les pays du Golfe en sont capables. Mais, cela dépendra de l’évolution de la situation sur le terrain. La détérioration de la situation risque de pousser plusieurs pays dont le Maroc à changer de position à l’encontre de la Russie. En effet, jusqu’à présent, cette dernière demeure prudente et n’est pas encore passée à la force destructive. Et tout changement à ce niveau risque de susciter un consensus international contre Moscou et rabattre les cartes de ce conflit ».

Notre interlocuteur avance que la position prudente du Maroc et des pays du Golfe découle du manque de confiance vis-à-vis des Etats-Unis. Les récentes positions américaines concernant l’Afghanistan, l’Iran et le Yémen ont ébranlé cette confiance. D’autant plus que Washington ne compte pas intervenir militairement dans le conflit en cours dans la mer Noire.

« Les pays arabes et ceux de l’UE estiment que Washington n’est pas un allié fiable comme c’est le cas pour la Russie qui a démontré à plusieurs reprises qu’elle ne lâche pas ses partenaires, comme c’est le cas, entre autres, de la Syrie. D’autant plus que Moscou encourage la politique de la main tendue et cherche à établir des relations avec les pays du Golfe. A noter que la carte Russie est utilisée comme outil de pression sur les Etats-Unis et un moyen pour garder les équilibres », a-t-il souligné. Et de poursuivre : « Les Etats-Unis voient d’un mauvais œil le fait que leurs alliés traditionnels (UE et monarchies du Golfe) aient approfondi et complexifié davantage leurs relations avec l’axe sino-russe notamment après le Printemps arabe ».

Pour notre interlocuteur, cette prudence à l’égard des Etats-Unis est logique et légitime puisque les calculs américains dépassent le conflit en cours. «Washington cherche à édifier une vaste coalition contre la Russie et derrière elle, la Chine, considérée comme l’ennemie numéro 1 des Etats Unis. Les événements d’aujourd’hui sont planifiés depuis 2014 et la sortie de Washington de l’Afghanistan s’inscrit dans ce sens. Celle-ci cherche à isoler Moscou et, après elle, Pékin du régime mondial monétaire et économique», a-t-il indiqué.

Et de conclure : «Le conflit en cours ne va pas affecter les intérêts américains. Et ce n’est pas le cas des pays arabes qui ont beaucoup à perdre. Notamment parce qu’ils ont des accords importants de sécurité et d’énergie avec la Russie. Idem pour l’UE qui importe des quantités importantes de blé et de gaz de la Russie».

Hassan Bentaleb


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