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Parler de la guerre au féminin, l'ambition de la réalisatrice Eva Husson




Faire un film de guerre avec un regard féminin, telle est l'ambition de la cinéaste Eva Husson avec "Les filles du soleil", sur le sort des combattantes kurdes. Une œuvre jugée naïve par certains quand d'autres louent son courage et son humanité. "Les scènes de combat pendant 25 minutes, c'est chiant!", estimait la réalisatrice à Cannes où le film a été fraîchement accueilli au printemps.
Ce que "je veux", c'est "être avec les personnages", insistait-elle. En salles mercredi, "Les filles du soleil" évoque un sujet quasiment jamais traité à l'écran, du moins en fiction: le sort des femmes yézidies (jamais identifiées comme telles dans le long métrage) capturées par des jihadistes, transformées en esclaves sexuelles et devenues, pour certaines, des combattantes armées.
Une histoire reposant sur des faits réels qui ont inspiré cette cinéaste revendiquant une approche féministe, face à une industrie du cinéma "dominée par un regard masculin blanc".
"Je pense très important que le monde se représente tel qu'il est... (avec) des femmes fortes qui ne soient pas que des victimes ou des prostituées", soulignait Eva Husson, qui s'est longuement entretenue avec des reporters de guerre et d'anciennes combattantes. En s'attaquant au film de guerre, après un premier long métrage sur des jeunes organisant des orgies sexuelles ("Bang gang"), elle s'intéresse uniquement aux personnages féminins et privilégie leur parcours plutôt que les combats.
Son film suit la sergente Bahar, incarnée par l'actrice d'origine iranienne Golshifteh Farahani (très impliquée dans son rôle) au cours d'une offensive de quelques jours contre les islamistes quelque part au Kurdistan en novembre 2015. Réflexion sur la maternité, le combat, la place des femmes, le tout surligné d'une musique très présente, le film capte ses héroïnes au plus près.
Au travers de flash-backs et de confessions auprès d'une reporter, Mathilde (Emmanuelle Bercot), le spectateur découvre qu'avant de porter un treillis, Bahar était avocate, mariée et mère de famille. Sa vie a été transformée par l'arrivée soudaine d'"hommes en noir" qui ont tué son mari, kidnappé son enfant et fait d'elle une esclave sexuelle.
Une réalité traitée avec pudeur, la réalisatrice s'abstenant de montrer certaines atrocités pour ne pas réduire les personnages au statut de "victimes".
Elle préfère construire une ode à ces combattantes, filmant leur ténacité, comme celle de cette femme, à deux doigts d'accoucher, fuyant les islamistes.

Samedi 17 Novembre 2018

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