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Normal de la part d’un gouvernement qui se soucie des équilibres budgétaires au détriment de ceux sociaux

Le PLF 2023 en deça des aspirations de la femme marocaine, déplorent les intervenants lors de la journée d’étude du Groupe socialiste/OFI


Mourad Tabet
Dimanche 6 Novembre 2022

Quels sont les droits économiques et sociaux pour les femmes dans le PLF 2023 ? Est-ce que ce projet mobilise les ressources financières nécessaires pour améliorer les conditions des femmes, promouvoir leurs droits et favoriser leur participation effective sur les plans économique et social ?

Telles sont les questions auxquelles ont tenté de répondre les intervenants lors de la journée d’étude organisée conjointement par le Groupe socialiste à la Chambre des représentants et l’Organisation des femmes ittihadies (OFI).

«A travers cette initiative conjointe, nous avons choisi d'attirer l'attention sur la nécessité d’améliorer les conditions des femmes à un moment décisif de la gestion de la chose publique, en l’occurrence la discussion du PLF 2023, et ce en vue d'être une force de proposition en matière de politiques publiques fondées sur le genre», a, d’emblée, souligné Abderrahim Chahid, président du Groupe socialiste à la Chambre des représentants.

Selon lui, cette journée d’étude se veut une occasion pour approfondir le débat sur les mesures et actions gouvernementales contenues dans le prochain PLF 2023. «Nous oeuvrons, en tant que Groupe socialiste, depuis notre positionnement dans l'opposition, à proposer des amendements allant dans le sens d'approuver une loi de Finances qui favorise la participation effective des femmes sur les plans économique et social », a-t-il précisé lors de cette journée d’étude organisée vendredi dernier au siège du Parlement.

« La question des femmes est une question centrale dans notre référentiel social-démocrate fondé sur les principes et les valeurs de liberté, d'égalité et de justice. Nous avons tous lutté, notamment le mouvement des femmes ittihadies, pour que les femmes marocaines atteignent ce qu'elles ont atteint aujourd’hui, et nous continuerons à lutter pour un avenir meilleur pour les femmes, car notre ambition, légitime et réaliste, est d'atteindre l'égalité pleine et effective au sein des institutions et de la société », a-t-il mis en avant.

Concernant le débat sur le PLF 2023, le président du Groupe socialiste considère qu’il est nécessaire de rompre avec les lois de Finances antérieures et de faire preuve d’audace pour établir des lois de Finances justes et équitables qui priorisent les vraies questions sociales, notamment la question des femmes.

«Malheureusement, le projet que le gouvernement a proposé pour la deuxième année de son mandat nous a déçus, car il est bien en deçà de nos attentes, malgré les belles promesses de l’Etat social, qui reste un slogan creux face à l'échec du gouvernement à remplir ses obligations et son incapacité à créer des solutions pratiques pour résoudre les problèmes des citoyens», a martelé Abderrahim Chahid.

Et le président du Groupe parlementaire de l’USFP de poursuivre son réquisitoire contre l’Exécutif : «C’est un gouvernement qui continue de privilégier les équilibres budgétaires au détriment des équilibres sociaux. C’est un gouvernement incapable de rétablir l'équilibre social en adoptant de réelles mesures à même de faire face à la hausse vertigineuse des prix des produits alimentaires et des carburants et, partant, protéger le pouvoir d'achat du citoyen. C’est un gouvernement qui n'a pas encore dévoilé l'étendue des progrès concernant la mise en œuvre de son engagement de faire passer le taux d'activité des femmes de 20% à plus de 30%, et nous ne savons pas comment le gouvernement agira face aux rapports internationaux et nationaux faisant état de graves régressions en matière des conditions de la femme, notamment en ce qui concerne les droits économiques et sociaux».
Abderrahim Chahid 
La question des femmes est une question centrale dans notre référentiel social-démocrate fondé sur les principes et les valeurs de liberté, d’égalité et de justice
Selon lui, le gouvernement n'a pas eu le courage politique de mettre en œuvre les réformes fondamentales. «Pour cela, nous saisissons cette occasion pour appeler le gouvernement à rattraper le temps perdu et à rectifier le tir en interagissant positivement avec les recommandations de cette journée d’étude afin de promouvoir les droits des femmes ».

Abderrahim Chahid a également affirmé l’adhésion du Groupe parlementaire de l’USFP aux initiatives Royales visant à concrétiser le principe de parité conformément aux dispositions constitutionnelles et aux engagements internationaux du Maroc. «Nous veillerons à participer activement aux chantiers de révision du Code de la famille et à l’harmonisation de la législation nationale avec les conventions internationales, tout en abrogeant toutes les lois discriminatoires à l'égard des femmes. Nous poursuivrons notre mission législative et de contrôle afin d'adopter des politiques publiques et des budgets publics fondés sur le principe d'égalité », a-t-il souligné.

Il a, par ailleurs, reconnu que la question des femmes est aujourd'hui au centre du conflit de projets sociétaux diamétralement opposés et fait face à de multiples contraintes en raison des mutations internationales et régionales caractérisées par la montée des courants conservateurs et populistes qui s’opposent farouchement aux droits des femmes. « Nous devons affronter ces courants conservateurs qui mettent en péril le processus de construction sociale fondé sur la liberté, la modernité et l'égalité et portent atteinte aux acquis en matière de droits humains garantissant les conditions d'une citoyenneté pleine et entière ».

Et de rappeler une séquence funeste de l’histoire récente du Maroc. «Nous vivons encore sous les vestiges de la dernière décennie marquée par la domination du courant réactionnaire conservateur quant à la gestion de la chose publique. L’USFP, l’OFI et l’ensemble du mouvement féminin ont contribué, via leur vigilance et leur lutte, à contrer cette vague de mesures portant atteinte aux acquis, notamment à la lumière des dispositions avancées de la Constitution de 2011 », a précisé le président du Groupe socialiste.

S’exprimant lors de cette journée d’étude, Hanane Rihhab, secrétaire nationale de l'OFI, a souligné que le choix du sujet n’est pas fortuit. Il a été dicté par la conjoncture difficile aux niveaux national, régional et international, laquelle a imposé de nouveau la question des droits économiques et sociaux».

Elle a expliqué que S.M le Roi, qui a une vision proactive de toutes ces mutations, a pris l'initiative de former une Commission spéciale pour l’élaboration d’un nouveau modèle de développement, dont les travaux ont abouti à un document de référence, qui comprend le seuil minimum nécessaire pour fonder un Etat social fort et solidaire, projet par ailleurs préconisé et défendu par l’USFP...

«Toutefois, force est de reconnaître que toute transition vers l'Etat social ne se réalisera que par la mise en œuvre des valeurs d'équité, de solidarité et d'égalité, ce qui exige la réparation du dommage historique fait aux droits des femmes, et c'est ce qui nous pousse à adopter l'approche genre comme guide pour mesurer ce qui a été réalisé, remédier aux dysfonctionnements et proposer des alternatives», a mis en exergue la secrétaire nationale de l’OFI.

Elle a souligné que ce sont les femmes qui ont été frappées de plein fouet par la crise sanitaire du Covid-19, que ce soit en termes  de chômage, de violence, de baisse de revenu ou de difficulté d'accès aux services de santé et autres droits économiques ou sociaux.
Elle a également indiqué que le Rapport genre annexé au PLF 2023 révèle que le taux de femmes dans la fonction publique n’atteint que 36%, et que le taux d'accès des femmes aux postes de responsabilité est de 25,76 %.

Hanane Rihhab a relevé des régressions importantes en matière de droits des femmes et la persistance des disparités basées sur le genre au niveau national en termes d'accès aux opportunités économiques, affirmant que le taux de femmes touchées négativement par les crises économiques est plus élevé par rapport à celui des hommes.

Plus grave encore, a-t-elle souligné, entre 2019 et 2020, le taux de femmes employées sans aucun diplôme est passé de 60 à 80%. «Cela confirme que la crise du Covid-19 a poussé de nombreuses femmes de la classe défavorisée à rejoindre le marché du travail, notamment dans les secteurs informels», des secteurs qui ne garantissent même pas le seuil minimum de la dignité humaine et du respect des droits économiques et sociaux.
Elle a ajouté que le nombre de femmes qui travaillent ne dépasse pas 2.5 millions, soit un taux de féminisation qui atteint à peine 28 % en 2000.

Hanane Rihhab a rappelé que les rapports du Haut-Commissariat au plan, du Conseil économique, social et environnemental et du Conseil national des droits de l'Homme soulignent que l’Etat social ne peut être fondé sans combler le fossé entre les femmes et les hommes en matière d'autonomisation économique et sociétale.

Pour sa part, Saloua Demnati, membre du Groupe socialiste à la Chambre des représentants, a souligné qu'il existe de nombreux programmes qui n'ont pas atteint leurs objectifs et les résultats escomptés, tels que les programmes «Awrach» et «Forsa», précisant que le gouvernement n’a pas pris des mesures pour faciliter l’accès des femmes auxdits programmes.

Elle a présenté des chiffres concernant l'indice de pauvreté et de vulnérabilité montrant que le nombre de femmes qui travaillent ne dépasse pas 2,5 millions, ce qui signifie que le taux de féminisation de l'emploi a atteint à peine 28% en 2000.

Elle a indiqué qu'environ 432.000 emplois ont été perdus, le taux d'emploi des femmes étant tombé à 16,7% un an auparavant. Mais le paradoxe est que le taux d'emploi des femmes dans le monde rural est de 26,3%, alors qu'il ne dépasse pas 14,5% dans le monde urbain en 2019, contre 32,9% et 21,9% en 2000. La parlementaire ittihadie a soulevé un autre paradoxe, à savoir qu'il y a beaucoup de pays qui souffrent de guerres et de crises humanitaires, mais qui sont mieux placés que le Maroc au niveau de ces indices.

Saloua Demnati n'a pas manqué de pointer la faiblesse des prévisions et des hypothèses sur lesquelles reposait le PLF 2023, soulignant que «le gouvernement manque de vision et de sagesse pour s'attaquer aux dossiers qui intéressent le citoyen, notamment à la lumière de la vague de hausses des prix et de la sécheresse».
Hanane Rihhab 
Toute transition vers l’Etat social ne se réalisera que par la mise en œuvre des valeurs d’équité, de solidarité et d’égalité
Elle a également relevé dans son intervention que le PLF 2023 ne prévoit pas de mesures pour motiver et accompagner économiquement et socialement les femmes, à l'exception des programmes précités qui n'ont pas atteint pleinement leurs objectifs, tout en soulignant que la couverture sociale est un chantier Royal et que le gouvernement est tenu de le mettre en œuvre en équipant les structures hospitalières afin d’assurer l’accès de tous les Marocains aux soins.

L’intervention de Khadija Rebbah, militante associative et experte des questions de genre, a porté sur l'autonomisation des femmes et le PLF.

Elle a souligné que les programmes gouvernementaux visant à encourager l'investissement ne comportent aucune mesure incitative en faveur des femmes, mettant l’accent sur la nécessité de procéder à une évaluation annuelle des politiques publiques et de mesurer l'impact des équilibres macroéconomiques sur la situation des femmes.

Elle a également insisté sur la nécessité d’interpeller le gouvernement sur la qualité des choix et sur la mise en œuvre de ses engagements en matière d'amélioration de la situation économique des femmes et l'élimination de la discrimination fondée sur le genre en matière de formation, d’emploi et de salaires, appelant à la mise en œuvre effective des dispositions des lois organiques relatives à la loi de Finances, en particulier les dispositions liées à l'égalité hommes-femmes.

Après avoir évoqué certains rapports internationaux et nationaux qui dénoncent la situation de la femme marocaine dans le domaine du développement humain, de l'emploi et de l'éducation, Khadija Rebbah a appelé à combler l'écart salarial entre les deux sexes et à assurer la convergence des politiques publiques en faveur des femmes.

De son côté, Mohammed Abdellaoui, professeur universitaire, a souligné que la crise mondiale a un impact direct sur la situation des femmes dans divers domaines tels que l'emploi, la santé, l'éducation, entre autres.

Dans ce contexte, il a appelé à prêter attention à l’aspect sociologique de la question des femmes et à œuvrer à améliorer les indicateurs liés au statut de la femme en termes d'accès au travail et aux postes de responsabilité, à l'éducation, à la santé ...

Il a souligné la nécessité d'accompagner les femmes dans le monde rural selon une vision réaliste visant à renforcer la cohésion sociale et à valoriser la contribution de ces femmes au cycle économique, ainsi que l’amélioration du taux d'emploi des femmes au Maroc, à l'instar des pays émergents et développés.

Après avoir mis en évidence certains indicateurs liés au statut des femmes dans plusieurs rapports internationaux et nationaux, le professeur universitaire a proposé la création d'un observatoire national pour mettre à jour les informations relatives aux politiques destinées aux femmes, ainsi que le renforcement du rôle législatif et de contrôle dans ce domaine.

L’avocate et militante associative, Aicha Guellaâ, a, pour sa part, déploré le fait que le gouvernement ne dispose pas d’une réelle volonté politique pour promouvoir les droits des femmes et mettre fin à toutes les formes de discrimination à leur égard, soulignant que l'égalité hommes-femmes reste un slogan superficiel sans aucun impact sur la situation de la femme, comme en témoignent le PLF 2023 et le budget consacré à la promotion de la condition féminine.

Elle a noté que les bonnes intentions ne sont pas suivies d'un réel changement dans la réalité et ne se concrétisent pas dans les politiques publiques, notamment au niveau de la consécration des droits économiques et sociaux des femmes.

L’avocate a également souligné la nécessité pour les femmes d'avoir accès à la santé, à l'emploi, à l'éducation et aux autres droits fondamentaux, ajoutant que le Rapport genre annexé à la loi de Finances n’évoquait que la période Covid-19, alors que la situation des femmes était difficile avant même la crise sanitaire.

Aicha Guellaâ a noté que le gouvernement traite la question de la femme avec une logique de bienfaisance et ne respecte pas la dignité des femmes dans de nombreux programmes et projets, appelant à allouer spécialement un budget aux femmes et à intégrer l'approche genre dans les politiques publiques.

Pour sa part, la professeure universitaire Najat Elammari a évoqué dans son intervention les droits économiques et sociaux des femmes et le budget qui leur est alloué, affirmant qu'il est du devoir de l'Etat et de l'acteur politique de garantir toutes les conditions nécessaires pour que les femmes exercent pleinement leurs droits et puissent vivre librement.

L’intervenante a souligné que la loi de Finances doit se traduire par des procédures et des mesures pratiques et des mécanismes réalistes pour autonomiser les femmes et promouvoir leurs droits sociaux et économiques.

Elle a, par ailleurs, appelé à la répartition équitable des richesses et à la promotion des droits des femmes en leur permettant de jouir pleinement de leurs droits économiques, sociaux, politiques et culturels. Et de conclure que le Rapport genre annexé au PLF 2023 ne sert qu’à la consommation médiatique et ne comprend aucune mesure pratique à même de faire progresser le statut des femmes.

Mourad Tabet



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