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Naomi Osaka, leader sur et en dehors des courts




De son boycott retentissant au tournoi de Cincinnati jusqu'à son deuxième triomphe à l'US Open, 17 jours sont passés, révélant en Naomi Osaka une championne retrouvée et mue par sa lutte contre l'injustice raciale, et c'est tout le tennis qui s'est découvert une leader.

Allongée sur le dos au milieu du court, après sa victoire contre la Bélarusse Victoria Azarenka, mains croisées sur le ventre, son regard est parti se réfugier quelque part dans le ciel new-yorkais à demi-apparent derrière le toit ouvert du court Arthur-Ashe.

A quoi pensait-elle? On peut imaginer que durant ce court temps suspendu dont l'image a fait le tour du monde - au moins jusqu'au Japon où elle est une idole depuis son premier sacre dans le Grand Chelem new-yorkais en 2018 -, la jeune femme de 22 ans a vu défiler ces 17 derniers jours si intenses émotionnellement. Fragments d'une existence longtemps emmurée dans la timidité, soudainement devenue porte-voix de Black Lives Matter dans un microcosme qui n'aime rien tant que rester dans sa bulle.

Le déclic s'est produit juste le 26 août, après sa victoire en quart de finale du tournoi de Cincinnati, délocalisé à Flushing Meadows. Apprenant que les basketteurs NBA de Milwaukee avaient boycotté leur match de play-offs contre Orlando, pour protester après les tirs policiers contre Jacob Blake, elle décide d'en faire de même pour sa demie.

"En tant que femme noire, j'ai l'impression qu'il y a des questions beaucoup plus importantes qui nécessitent une attention immédiate, plutôt que de me regarder jouer au tennis", argue-t-elle sur Twitter. Et d'ajouter: "Je ne m'attends pas à ce que quelque chose de radical se produise si je ne joue pas, mais si je peux engager une discussion dans un sport majoritairement blanc, je considère que c'est un pas dans la bonne direction".

L'action aussi forte qu'inédite, saluée par de nombreux joueuses et joueurs, oblige les organisateurs à se montrer à leur tour solidaires en interrompant le jeu toute une journée. Le monde connaissait Osaka la joueuse, talentueuse, redoutable, puissante, la femme la mieux payée de l'histoire du sport. Il découvre Naomi l'activiste.

Or cette dernière ne s'est pas révélée avec Jacob Blake. Née d'une mère japonaise et d'un père d'origine haïtienne, Osaka est devenue ces dernières années le symbole de la lutte pour les "hafu" (de l'anglais "half" ou moitié), ces enfants issus de mariages mixtes, qui pâtissent toujours de vifs préjugés raciaux comme l'illustre l'histoire de ses parents, dont l'union a été difficilement acceptée par la famille côté maternel.

La période du confinement, imposé au printemps par la pandémie de coronavirus, a été de son propre aveu cruciale dans son cheminement, à la fois en tant que femme vivant dans une époque tourmentée et en tant que joueuse ayant eu du mal à assumer les attentes, après ses succès à l'US Open 2018 et l'Open d'Australie 2019, statut de N.1 mondiale en prime.

"Je crois que si je parviens à m'affirmer un peu plus, cela pourrait changer des choses", confiait celle qui fut avec LeBron James et Coco Gauff une des premières à crier sa colère après la mort de George Floyd, consécutivement à son interpellation le 25 mai, allant même ensuite manifester à Minneapolis où eut lieu le drame.

A l'US Open, elle ne s'est jamais départie de son engagement, que ce soit en prenant la parole pour mettre en lumière les violences racistes systémiques ou en affichant les noms d'une victime sur son masque noir, tenant sa promesse de le faire sept fois jusqu'à la finale.

"Tout ce que j'ai fait en dehors, j'ai voulu le faire aussi sur le court. Cela m'a donné la volonté de gagner, car je veux que les gens en parlent", a-t-elle expliqué samedi, ajoutant "je me suis forcée à grandir. J'espère que cela s'est aussi vu dans mon tennis".

Libé
Dimanche 13 Septembre 2020

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