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Michael O'Leary dans la tourmente de Ryanair




Le patron de la compagnie Ryanair en pleine tourmente, l'Irlandais Michael O'Leary, est un fils de bonne famille, volontiers provocateur qui n'a jamais hésité à changer de trajectoire.
Depuis le début des années 90, celui-ci se définit comme "un sale petit con" et contribue largement à redéfinir le transport aérien, avec une formule de voyage bon marché qui l'a rendu milliardaire.
Michael O'Leary, avec son éternelle paire de jeans, a rudoyé ses clients et employés, déclenché d'innombrables batailles de procédures contre les régulateurs du trafic et dénigré mille fois les compagnies traditionnelles.
Mais l'annulation inopinée de 2.000 vols de Ryanair à cause d'une mauvaise organisation des vacances des pilotes constitue un défi inédit pour la roublardise de ce patron quinquagénaire qui, une rareté, s'est platement excusé lundi devant les caméras.
Adorant se faire détester, il est en effet coutumier des méthodes musclées et d'un discours méprisant, enracinés dans une origine privilégiée qui a facilité son succès.
Son père, Tim, est un entrepreneur de Mullingar, une bourgade commerçante à 80 kilomètres de Dublin où Michael O'Leary réside toujours.
Le futur magnat de l'aviation fréquente l'école privée sélect de Clongowes Wood non loin de la capitale, avant de sortir de l'Université de Trinity College avec un diplôme de gestion.
Il interrompt un début de carrière comme conseiller fiscal pour ouvrir un magasin de journaux à Walkinstown, banlieue ouvrière de la capitale. Plus tard, il se vantera de bénéfices réalisés en triplant le prix des piles électriques le jour de Noël.
Il change encore de cap en 1988 pour entamer sa carrière fulgurante chez Ryanair, tout juste créée à l'époque. Le fondateur de ce qui n'était alors qu'une petite compagnie aérienne régionale, Tony Ryan, avait repéré à ses débuts de fiscaliste Michael O'Leary, camarade d'école de deux de ses fils.
Embauché comme conseiller financier, Michael O'Leary est envoyé trois ans plus tard aux Etats-Unis pour étudier Southwest Airlines, une compagnie à bas coût, afin d'en importer le modèle à succès en Europe. Il le fait avec tellement de réussite qu'il s'impose dès 1994 comme directeur général de Ryanair, devenue entretemps une entreprise d'avant-garde du secteur aérien.
Malin, il n'oublie pas de s'assurer une part des actions de la compagnie alors peu valorisée, mais dont la cote monte en flèche à mesure qu'un nombre croissant de clients se laissent convaincre par un voyage rude... mais si bon marché.
Car O'Leary ne recule devant rien pour sabrer les coûts ou faire payer les passagers, interdisant à ces derniers de se plaindre vu le prix de vol dérisoire. Voyage debout, toilettes payantes, prix alourdi pour les obèses : nombre de ses idées ne seront jamais appliquées, mais son langage grossier le range parmi les patrons les plus haïs.
"Si vous pensez que voler sur Ryanair permet de vous détendre peinard en vous regardant le nombril, vous avez tort. On vous bombarde déjà d'annonces à bord et nos chariots vont et viennent dans l'allée, mais maintenant on réveillera tous ceux qui dorment pour leur vendre des trucs", lance-t-il un jour.
Après des années de croissance, sa stratégie connaît toutefois un trou d'air au début des années 2010 et Michael O'Leary accomplit un virage imprévu en 2013: il améliore le service aux passagers, en permettant par exemple un deuxième petit bagage gratuit en cabine ou en attribuant gratuitement un numéro de siège. Tout en mettant un peu en sourdine ses provocations.
Ryanair est depuis repartie de l'avant pour dépasser largement les 100 millions de passagers annuels et devenir le premier groupe aérien en Europe, à la barbe des Lufthansa, British Airways et autres Air France.
"Si j'avais su qu'être sympa avec les clients serait aussi bon pour mes affaires, je l'aurais fait il y a longtemps", a-t-il plaisanté depuis.
Il devra toutefois se surpasser pour apaiser la colère des passagers frustrés par l'annulation abrupte de leur vol ces derniers jours.

Vendredi 22 Septembre 2017

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