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Marginalisée, la femme marocaine ? Tout porte à le croire

Ce n'est sûrement pas fait pour honorer l'homme marocain


«Elles participent peu à l’activité économique, elles sont moins qualifiées, elles occupent souvent des postes de responsabilité modeste et elles restent plus touchées par le chômage que les hommes», telle est la situation des femmes marocaines sur le marché du travail dépeinte récemment par le HCP.

Selon cet organisme chargé de la production, de l'analyse et de la publication des statistiques officielles, la situation des femmes sur le marché du travail durant le deuxième trimestre de 2020 révèle une faible participation de ces dernières à l’activité économique. En effet, leur taux d'activité n'est que de 20,8% (21,9% au deuxième trimestre de 2019), largement en deçà de celui des hommes (69,7%). Ce taux enregistre 23,9% en milieu rural contre 19,1% en milieu urbain. Sur une population active occupée d’environ 10,5 millions, le nombre de femmes a atteint environ 2,4 millions pendant le deuxième trimestre de l’année 2020 (soit un taux de féminisation de 22,7%), contre un effectif de 2,6 millions affiché pendant le même trimestre de l’année 2019 (23,5% comme taux de féminisation), ce qui équivaut à une baisse de 230.000 postes d’emploi (-9%).

Dans ce contexte, le taux d'emploi des femmes a diminué de 2 points en pourcentage entre les deuxièmes trimestres de 2019 et de 2020, pour afficher 17,5% (contre 61,8% parmi les hommes), et 19,5% une année auparavant. Par milieu, cette baisse a été plus marquée dans le milieu rural, passant de 28,4% à 23,0% pendant la même période, alors qu'en milieu urbain ce taux oscille autour de 14,7%. La note d’information du HCP indique, en outre, que les femmes demeurent moins qualifiées puisque près de six femmes en emploi sur dix (58,5%) n'ont aucun diplôme, contre 52,6% pour les hommes. Cette proportion cache des disparités importantes par milieu de résidence. Elle est de 91,2% en zones rurales contre 31,7% en zones urbaines.

Le HCP précise que plus d’un tiers de ces femmes (35,3%) sont des ouvrières ou des manœuvres agricoles ou de la pêche, 14% des manœuvres non agricoles ou des manutentionnaires des petits métiers, 12,4% des employées, 11,3% des artisanes ou des ouvrières qualifiées dans les métiers artisanaux, 8,8% des cadres supérieures et des membres des professions libérales, et 7,8% des exploitantes agricoles, des pêcheuses, des forestières ou des chasseuses. Ces femmes, poursuit la note du HCP, restent plus touchées par le chômage que les hommes, avec des taux de chômage respectifs de 15,6% (contre 11,1% au deuxième trimestre de 2019) et de 11,3% (contre 7,2%). De plus, dans les villes, leur taux de chômage est presque le double de celui des hommes avec respectivement 23,3% et 13,2%. Plus de 7 femmes en chômage sur 10 (76,9%) sont âgées de moins de 35 ans et plus de 8 sur 10 (82,6%) sont diplômées. Les deux tiers des femmes au chômage (64,5% contre 45,2% pour les hommes) sont sans emploi depuis au moins une année et 54,0% sont des primo-demandeuses d'emploi (contre 33,6% pour les hommes).

Pour Asamaa Raji, entrepreneuse et activiste féministe, ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité. Pour elle, les femmes marocaines endurent une réalité pénible faite de discrimination, d’injustice et de manque de reconnaissance. « Les femmes doivent faire leurs preuves mêmes pour les plus diplômées d’entres elles. Elles sont, en règle générale, appelées à redoubler d'effort pour trouver une place parmi leurs collègues de travail. Les femmes n’ont pas non plus un accès facile au marché du travail. Souvent, il faut l’intervention d’un tiers pour décrocher un poste », nous a-t-elle indiqué. Et de poursuivre : « Et même si une femme arrive à prouver sa compétence, il lui est difficile d’accéder aux postes de décision dominés majoritairement par les hommes. Les femmes sont souvent enfermées, comme c'est le cas ailleurs, dans des postes subalternes. Le nombre des femmes qui occupent des postes de décision est à compter sur les doigts des deux mains».

Et mêmes si certaines femmes arrivent à arracher une place de premier plan, ajoute notre interlocutrice, leurs compétences et leurs efforts sont moins valorisés et moins reconnus. « Il nous manque gravement une culture de la reconnaissance.Il y a des femmes qui font du bon travail et en toute discrétion, mais ce modèle de femmes est,malheureusement, moins reconnu, voire pas du tout. Ce manque de reconnaissance est palpable également au niveau des salaires et des promotions qui profitent plus aux hommes qu’aux femmes », a-t-elle souligné.

Mais qu’en est-il des lois, des programmes et des mécanismes mis en place pour promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes dans le domaine du travail ? « Les dispositions législatives et juridiques ne manquent pas, mais leur impact et leurs effets sur la réalité restent minimes voire illusoires.En effet, on ne ressent pas d'amélioration de notre situation malgré la promulgation des lois et la mise en place de mesures d'accompagnement. Ceci d’autant plus qu’il n’y a pas d’évaluation d’impact de ces lois et programmes. L’évaluation des politiques publiques en matière d’égalité homme-femme reste l’une des grandes défaillances auxquelles il faut remédier d’urgence pour garantir une application saine des textes de lois et, du coup, assurer un traitement équitable aux femmes par le marché du travail », a conclu Asamaâ Raji.

Même constat de la part de l'ex-Conseil économique etsocial (ancêtre de l’actuelCESE) qui a observé dans un rapport daté de 2012 et intitulé: « Promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes dans la vie économique, sociale, culturelle et politique », que les efforts développés en faveur de la formalisation de stratégies, de plans, et d’expériences pilotes sont, en matière d’égalité entre les femmes et les hommes, souvent gâchés parle défaut de suivi de leur mise en œuvre, ou par leur interruption en raison d’une budgétisation insuffisante, ou par absence d’évaluation de leurs résultats. Le même rapport a indiqué que dans le cadre d’une expérience pilote, le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle constatait en juin 2010 que les politiques actuelles de l’emploi avaient notamment «tendance à limiter la prise en compte de la dimension genre dans les marges et dans des projets spécifiques et non pas dans le cadre de la réflexion politique globale sur le marché du travail». A méditer.

Hassan Bentaleb

 

Mohamed Benabdelkader met en lumière le rôle des femmes dans la réforme du système judiciaire

Le ministre de la Justice, Mohamed Benabdelkader, a insisté, vendredi à Rabat, sur le rôle primordial des femmes dans le dialogue national autour de la réforme du système judiciaire. S'exprimant au cours d'une réunion de communication organisée à l'Institut supérieur de la magistrature à Rabat en célébration de la Journée nationale des femmes, il a souligné que cette commémoration instituée à l’initiative de S.M le Roi Mohammed VI est l'occasion de rendre hommage, entre autres, aux femmes avocates, magistrats, notaires, du secrétariat-greffe et femmes adouls, ainsi que pour mettre en avant leurs efforts continus au service du système judiciaire.

"Il s'agit d'approfondir les concertations avec notamment l'Amicale Hassania des magistrats au sujet du chantier législatif sur lequel travaille le ministère de la Justice ainsi que d'écouter les points de vue des femmes juges en ce qui concerne la gestion du système judiciaire", a-t-il expliqué. C'est aussi une occasion, selon lui, de mettre l'accent sur les perspectives qui se présentent pour promouvoir la place professionnelle qu'occupe la femme dans le système de la justice et sur sa contribution au service de la sécurité juridique et judiciaire dans le Royaume.

Le procureur du Roi près le tribunal civil de première instance de Casablanca, Aïcha Aït Lhaj, a, de son côté, indiqué que cette célébration reflète l'intérêt porté par le ministère de la Justice aux femmes exerçant dans le domaine de la justice dans un esprit d'excellence au niveau de toutes les administrations, surtout dans les circonstances exceptionnelles liées à la propagation du Covid-19.

"Je souhaite davantage de succès et de réalisations pour l'ensemble des femmes du système judiciaire", a-t-elle dit. Pour sa part, la représentante de l'Amicale Hassania des magistrats, Amina El Malki, a affirmé dans une déclaration à la presse qu'il s'agit d'une belle initiative pour rendre hommage aux femmes, en particulier les femmes juges pour leurs efforts appréciables afin de mener à bien le chantier de la réforme du secteur de la justice.

Hassan Bentaleb
Dimanche 11 Octobre 2020

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