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Marc Wilmots ressuscitera-t-il grâce aux Verts ?

L’entraîneur belge troque deux années d’inactivité contre des challenges en vue


Mehdi Ouassat
Vendredi 12 Novembre 2021

Marc Wilmots ressuscitera-t-il grâce aux Verts ?
Après Sven Vandenbroeck à l’AS FAR, un deuxième technicien belge débarque à la Botola Pro. L’ancien international Marc Wilmots a été nommé entraîneur du Raja de Casablanca et manager général du club, en remplacement du Tunisien Lassaad Chabbi. Présenté officiellement jeudi à Casablanca, le technicien de 52 ans a signé pour deux ans et demi  et touchera un salaire mensuel de 40.000 dollars.
Si Lassaad Chabbi a été licencié malgré un excellent parcours avec les Verts, puisqu’il ne comptait que 4 défaites sur 40 rencontres, toutes compétitions confondues, en plus d’avoir permis au Raja de remporter deux titres majeurs, Marc Wilmots, lui, a tenu à bétonner son contrat pour éviter pareille surprise. Il a notamment exigé de toucher une indemnité de licenciement qui lui permettra d’empocher près de 160.000 dollars en cas de rupture unilatérale du contrat. Les dirigeants du Raja ont, de leur côté, décidé de ne lui accorder aucune prime de match, ni bonus et autres à-côté, à l'exception d'un pourcentage minime du "prize money" relatif aux différentes compétitions qu'il pourra éventuellement gagner. Ils ont également précisé que les principaux objectifs assignés au nouvel entraîneur et mentionnés dans le contrat sont le titre du championnat et le trophée de la Supercoupe de la CAF, en plus d’une participation convaincante en Ligue des champions africaine.
Il est vrai que le salaire officiel de Marc Wilmots est aujourd'hui le plus gros salaire jamais perçu par un entraineur dans un club marocain mais il reste tout de même inférieur à ce que touchaient Juan Carlos Garrido et Patrice Carteron qui coutaient au Raja entre 50.000 et 60.000 dollars par mois, primes de matchs comprises. Quant au coût de leur séparation avec les Verts, il est également nettement plus élevé que les 160.000 dollars convenus avec Willmots. L'espagnol Garrido avait touché plus de 240.000 dollars à son départ alors que le français Carteron a reçu 180.000 dollars. Sans parler du "rajaoui" M'hamed Fakher qui est allé jusqu'à saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS) pour réclamer plus de 500.000 dollars au Raja. Une somme qu'il a fini par empochée à un moment où son club traversait la pire crise financière de son histoire. 
Sur les dix dernières années, Lassaad Chabbi reste le seul entraineur à avoir quitter le Raja en n'encaissant que l'équivalent de deux mois de salaire, soit quelques 30.000 dollars. Il a en plus accordé un don de 25.000 dollars en faveur de la nouvelle académie du club, en guise de reconnaissance. "Je ne pourrai jamais oublier les moments passés au sein de ce merveilleux club. C'est ici où j'ai vécu les meilleurs moments de ma carrière et c'est ici où j'ai gagné mes trophées les plus importants.  Je ne peut qu'être pleinement reconnaissant", a-t-il souligné lors de l'annonce de son départ. Autre geste digne de l'homme qu'il est, Chabbi a rencontré son successeur, vendredi au club, et a tenu à lui rendre, en main propre, un rapport détaillé sur l'actuel effectif du Raja et ses principales lacunes, ainsi qu'un compte rendu du travail accompli avec chacun des joueurs rajaouis, sur les plans physique et tactique. Le but étant de lui faciliter la tâche et de participer à sa bonne entame à la tête des Verts.        
Si certains Rajaouis craignent que cette nouvelle expérience de Wilmots avec les Aigles verts fasse long feu, c’est parce qu’à l'exception de la sélection belge qu'il a dirigée à 51 reprises, ses expériences sur un banc sont relativement courtes. Huit matchs au poste d’entraîneur par intérim à Schalke 04, sept avec la Côte d'Ivoire et six avec l'Iran. Et puis, la génération actuelle des supporters du Raja est avide de trophées et se demande si elle pourra en remporter avec Wilmots. Ce qui rend ces supporters encore plus réticents quant à l’arrivée de Willy aux commandes des Verts, c’est que ce dernier n’en est qu’à sa troisième expérience d’entraîneur dans un club après celles de Schalke 04 en Allemagne et de K Saint-Trond VV en Belgique. Mais pour lui, "le travail d'un coach à la tête d'un club est beaucoup plus facile que celui d'un sélectionneur". "Avoir les joueurs à sa disposition tous les jours et pouvoir travailler avec eux toute la semaine permet d'avancer plus rapidement et surtout de transmettre son style de jeu, ses stratégies et ses tactiques de manière fluide", a-t-il expliqué lors de sa présentation officielle. Et d'ajouter: "Alors qu'en sélection, on ne peut travailler avec les joueurs que lors des rares rassemblements organisés à l'occasion des dates FIFA. Ceci rend certainement l'exercice plus compliqué".
A Casablanca, Wilmots va forcément découvrir un style et une culture du football totalement différents de ce qu'il a pu connaître en Allemagne ou en Belgique, même si le Raja a toujours adopté un style de jeu collectif fait de passes courtes et rapides. «Ceci fait partie de l’ADN du club, en plus de ce profond attachement à la culture des titres et des trophées», a souligné le président rajaoui, Anis Mahfoud, lors de la présentation officielle du coach. «Si le Raja a préféré se séparer du technicien tunisien, c’est parce qu’il ne convenait pas au nouveau projet du club et Marc Wilmots va pouvoir redonner au Raja son identité de jeu», a-t-il ajouté.
Willy réussira-t-il à relever ce défi ? Ou est-ce qu'est c'est lui, après deux ans d'inactivité, qui ressuscitera grâce aux Verts ?
En tout cas, ça ne sera pas tâche aisée si l’on se réfère à son expérience à la tête d’une sélection hyper talentueuse, celle des Diables rouges, où il n’a pas pu exploiter le potentiel offensif de ses joueurs. Sa culture tactique rudimentaire a d’ailleurs coûté cher aux Belges. 
Adjoint de Georges Leekens puis de Dick Advocaat dans la sélection belge, Wilmots a fini par prendre les commandes des Diables rouges en 2012 et a, en effet, été limogé dans la foulée de l'élimination de l'Euro 2016 par le pays de Galles. 
L'ancien international, sélectionné à 70 reprises en équipe nationale de Belgique, a été vivement critiqué après cette défaite. Ses choix tactiques, son style de jeu et de management ont été mis en cause, non seulement par les médias mais également par ses propres joueurs.
La presse néerlandophone s'était montrée très sévère. Notamment le quotidien Het Laatste Nieuws qui avait réclamé un «véritable coach», tout en soulignant que Wilmots ne pouvait plus être sélectionneur. «Pas après cette élimination scandaleuse».
Cette contre-performance avait également fait sortir Thibault Courtois de son silence, en critiquant la manière dont son équipe s'était inclinée. Le gardien des Diables rouges avait notamment attribué la responsabilité de cette élimination à Marc Wilmots. «La tactique était complètement mauvaise, nous sommes tombés dans le piège», avait-il reproché à son coach.
Un autre joueur de la sélection belge, Jordan Lukaku, s'était également confié dans un entretien à Eleven Sports et est notamment revenu sur le parcours de la Belgique à l’Euro 2016 et plus particulièrement sur la gestion de l’équipe belge par Marc Wilmots. S’il admet ne pas avoir été à la hauteur, le frère de Romelu remet tout de même en cause les schémas tactiques mis en place par l’entraîneur. « Si on avait gagné cet Euro, quelqu'un aurait essayé de dire que c'était grâce à lui. Mais il a juste eu la chance d'avoir de tels joueurs pour le porter. L'équipe était déjà hyper soudée. Mais il n'y avait personne pour la diriger. [...] Avec toutes les armes qu'on avait, son plan, c'était de donner la balle à Eden Hazard, quoi... Il n'a pas créé d'équipe. C'est ça qui est dommage», a-t-il souligné. 
Rappelons enfin que Marc Wilmots a décidé de garder quelques membres de l’ancien staff du Raja, dont l'entraîneur des gardiens Said Daghay. Il a, par contre, fait appel à un analyste vidéo maroco-belge qui devait débarquer vendredi à Casablanca pour pouvoir découvrir les installations du club et assister à la première séance d'entraînement avec le nouveau coach. 

 



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