"On pense que c'est une bonne nouvelle, mais on ne sait pas à quel point c'est vrai", confie à l'AFP Mowlid Mohamed, militant associatif d'origine somalienne. "C'est difficile de croire quoi que ce soit venant de cette administration."
Cette métropole démocrate du Midwest est devenue le symbole des excès de la politique migratoire du président américain.
En janvier, les agents fédéraux y ont tué deux manifestants américains, ont tiré une balle dans la jambe d'un migrant vénézuélien et ont arrêté un petit Equatorien de cinq ans.
La qualification hâtive des deux morts, Renee Good et Alex Pretti, comme "terroristes", malgré des vidéos montrant qu'ils ne posaient pas de menace, a provoqué des remous jusqu'au sein du parti républicain et poussé Donald Trump à transiger.
L'émissaire qu'il a envoyé dans la ville, Tom Homan, a fini par annoncer le retrait de l'essentiel des 3.000 agents fédéraux déployés depuis plus de deux mois.
Seul un contingent "réduit" doit rester "pour intervenir lorsque nos agents sortent et se retrouvent entourés par des agitateurs, et que la situation dégénère", a-t-il précisé dimanche.
"Survivre à une occupation"
Soucieux de ne pas perdre la face, le gouvernement présente l'opération comme un succès. Plus de 4.000 personnes ont été arrêtées, présentées par la Maison Blanche comme de "dangereux criminels en situation irrégulière".
Un récit incohérent avec les statistiques officielles: le détail des chiffres pour Minneapolis n'est pas disponible, mais au niveau national, 47,4% des immigrés détenus depuis le début de l'année fiscale 2026 n'ont aucun antécédent judiciaire.
Le gouvernement n'a pas non plus rapporté d'avancées judiciaires dans le scandale de fraudes entourant la communauté somalienne de Minneapolis, une affaire vieille de plusieurs années initialement brandie pour motiver l'action de la police de l'immigration (ICE).
M. Homan a en revanche justifié le retrait en assurant que les agents fédéraux avaient désormais un meilleur accès aux prisons locales, dont la coopération est limitée par les autorités démocrates.
"Grâce à nos efforts ici, le Minnesota est désormais moins un Etat sanctuaire pour les criminels", a-t-il assuré.
Mais le shérif qui gère les prisons de Minneapolis assure n'avoir rien changé à sa politique. Et le maire, Jacob Frey, crie victoire.
"Ils pensaient pouvoir nous briser, mais l'amour pour nos voisins et notre détermination à tenir peuvent survivre à une occupation", a réagi l'édile.
"Traumatisme générationnel"
Ailleurs dans le pays, certains démocrates peignent déjà Minneapolis en bourbier politique, susceptible de coûter à Donald Trump sa fragile majorité républicaine au Congrès lors des élections de mi-mandat en novembre.
"C'est quelque chose dont notre ville sera fière pour toujours : la tyrannie a essayé de nous étouffer, et nous nous sommes levés pour dire non", abonde Chelsea Kane, une habitante membre d'un réseau de patrouilles quadrillant la ville pour repérer ICE.
Cette ingénieure informatique de 37 ans espère que la résistance de Minneapolis inspirera d'autres villes à filmer sans relâche l'action des agents fédéraux.
Mais l'heure du bilan lui semble encore loin, car elle continue ses patrouilles quotidiennes.
Le retrait "je n'y croirai que quand je le verrai", cingle-t-elle. Pour l'instant, les agents "se sont simplement déplacés vers les banlieues. (...) ICE n'a pas quitté Minneapolis."
L'opération laissera "un traumatisme générationnel" dans la ville, souffle l'ex-militaire.
Un constat partagé par Carlos, un immigré mexicain enfermé chez lui depuis début décembre. Depuis le retrait annoncé la semaine dernière, il n'est sorti que deux fois pour travailler.
"Je ne vais pas au supermarché, ni nulle part ailleurs", confie ce quadragénaire, sous couvert d'un pseudonyme.
Installé depuis plus d'une décennie à Minneapolis, son couple a perdu foi en l'Amérique. Lui et sa femme rêvent désormais de retourner au Mexique dès que leur petit dernier, âgé de 15 ans, sera majeur.
"Si nous sommes venus en fuyant notre pays parce que nous n'y avions pas de sécurité, et qu'on se retrouve dans la même situation ici, alors je crois que c'est mieux dans notre pays", lâche-t-il.









