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Mahatati, une appli de plus, une appli de trop ?

En attendant, pour le consommateur, c’est essence et gasoil jusqu’à la lie




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Google Play regorge d’applications et de comparateurs des prix à la pompe pratiqués au Maroc. Pourquoi fallait-il donc que le ministère des Affaires générales et de la Gouvernance s’en mêle, mobilise le Groupement des pétroliers du Maroc à ses côtés et lance, à l’instar des petites start-up nationales spécialisées, une application digitale permettant, elle aussi, de consulter et de comparer les prix des carburants des stations qui se trouvent dans un rayon de 50 kilomètres ? Est-ce pour faire de la concurrence à ces Apps qui ont déjà démontré leur inutilité et qui ont été délaissées par les utilisateurs ou est-ce parce qu’il estime que ces produits ne sont ni bons ni fiables pour garder l’audience qu’ils avaient au moment de leur lancement ? Et cerise sur le gâteau, est-il vraiment utile pour un consommateur de savoir qu’à mille lieues à la ronde, une station-service lui permettra de faire une économie de quelques centimes par litre mais pour qu’il s’y rende, il doit d’abord faire le plein ?
Quoi qu’il en soit, le lancement de cette application gouvernementale dénommée  Mahatati s’est fait en grande pompe  jeudi dernier à Rabat en présence du chef du gouvernement, du ban et de l’arrière-ban des opérateurs d’un secteur dont nul ne comprend la structure d’établissement des prix, ni leur flambée enregistrée depuis la libéralisation du secteur.
Intervenant à cette occasion, le chef du gouvernement a indiqué que le lancement de cette application est une première mesure entreprise par l'Exécutif dans le cadre du rapprochement de l'information aux citoyens, outre la mise en place d'une compétitivité entre les différents prestataires. Selon lui, Mahatati constitue un outil de veille sur les prix des carburants en vue de garantir la transparence et le respect des règles de la concurrence, ainsi que la protection et l'information du consommateur, "ce qui va de pair avec les différents programmes et projets gouvernementaux qui placent le citoyen au centre de leurs priorités", a-t-il souligné.
Pour sa part, le ministre délégué chargé des Affaires générales et de la Gouvernance, Lahcen Daoudi, a indiqué, selon l’agence MAP, que cette plateforme est de nature à éclairer le citoyen sur les prix des carburants, l'aider à optimiser ses choix et le mettre à contribution dans la mise en œuvre des mécanismes de concurrence. Dans un marché ouvert, le rôle du citoyen est fondamental pour ancrer la culture de concurrence, a-t-il fait remarquer, relevant que cette application permettra de choisir la meilleure offre, étant donné qu'un grand écart de prix pourrait exister entre les différentes stations (jusqu'à 1 dirham de différence par litre du carburant). De fait, la réalité est autre, l’écart des prix s’est toujours situé dans une fourchette de moitié moindre qu’un DH. Les carburants peuvent certes être servis gratuitement à certains responsables, mais la différence affichée officiellement par les différents opérateurs du secteur (et impactant le budget de ceux qui n’ont pas cette chance) se chiffre généralement en menue monnaie. Le fait de prétendre le contraire n’est donc que pure invention de l’esprit.
De fait, le commun des mortels aurait souhaité voir toute la lumière faite sur ces prix et comprendre pourquoi ils demeurent si hauts. Ceci d’autant plus qu’ils n’ont pas encore été informés du contenu du rapport de la mission parlementaire formée pour enquêter sur ce dossier.
Ce qui en a transparu à travers les médias, c’est qu’elle s’est penchée, en plus de la fixation des prix de vente au public, sur les conditions de concurrence dans ce secteur, jugée opaque, même par le ministre de tutelle.
Lors d’une conférence qu’il avait tenue au début de l’année en cours, il avait reconnu que «le consommateur paie le prix de l’absence des conditions de concurrence» et que le secteur connaît  plusieurs dysfonctionnements depuis sa libéralisation.
Toujours selon lui, le gouvernement n’est toujours pas en mesure de mettre en place les conditions nécessaires pour une bonne concurrence, malgré les retombées positives de cette libéralisation sur le budget de l’Etat.
Hicham Attouch, professeur d’économie (FEM)  à l’Université Mohammed V- Souissi nous avait affirmé à ce propos que «l’Etat et les distributeurs des hydrocarbures cultivent  l'opacité et la culture du secret et qu’il demeure difficile de savoir aujourd’hui quelle est la composition des prix, leur prix d’achat réel sur le marché, la valeur ajoutée sur laquelle sont comptabilisées les taxes et comment est calculée la marge des bénéficiaires, qu’ils soient les fournisseurs ou distributeurs». Et d’ajouter : «Le manque de transparence concernant également le nombre de fournisseurs existe, les circuits de distribution réels, les dates de contrats, les prix appliqués  et les prix des importations du Maroc en carburants. Et en l’absence  d’accessibilité à l’information dans ce domaine, le consommateur est mis à l’écart».
Il nous avait également déclaré que l’origine du problème réside dans le fait que l’Etat a procédé à la libéralisation du secteur sans mettre en place une instance de régulation. «On voudrait savoir qui assume ce rôle aujourd’hui. Est-ce le ministère délégué chargé des Affaires générales et de la Gouvernance ? Absolument pas puisque ce département qui est censé jouer ce rôle de gendarme ne peut pas être  juge et partie à la fois.  Ce ministère a pour rôle de superviser ce secteur notamment après sa libéralisation.  Pourtant, la responsabilité de contrôle reste partagée entre plusieurs départements ministériels. Il s’agit d’une affaire du gouvernement et non d’un seul ministère», nous avait-il précisé.
 «On assiste aujourd’hui à une concurrence monopolistique.  En d’autres termes, on a affaire à un oligopole comme  en attestent les prix appliqués à la pompe. En fait, les prix  entre les différents distributeurs ne dépassent pas quatre centimes. Alors que ces distributeurs s’approvisionnent auprès de divers fournisseurs et à des dates distinctes». Et de conclure : «Il suffit d’observer les prix appliqués dernièrement. On a assisté à des hausses mais rarement à des baisses. Et même celles-ci n’ont été que de quelques centimes».
Rien n’y changera quoi que ce soit, tant que le gouvernement refusera de prendre le taureau par les cornes. Ni Mahatati, ni n’importe quelle autre application ne pourra alléger le fardeau supporté par les citoyens en général et les usagers de la route en particulier.

H.T
Samedi 7 Avril 2018

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