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Les salles obscures du Maroc en berne: Quand la lumière jaillira-t-elle ?



Les salles de cinéma subissent de plein fouet les conséquences néfastes de la pandémie de Covid-19. Rideaux baissés depuis le début de cette crise, elles devraient encore prendre leur mal en patience car la reprise de l’activité n’est pas encore à l’ordre du jour. Avec une situation économique calamiteuse, le milieu cinématographique s’inquiète et s’interroge sur son avenir. La filière risque en fait de passer une période encore plus difficile, même si l’optimisme reste de mise. «Le Maroc détient désormais un triste record du monde, celui du nombre de jours de fermeture des cinémas durant la crise Covid: 407 jours consécutifs», peut-on lire dans une lettre adressée par les exploitants de salles de cinéma au ministère de la Culture. Dans le flou, ils espèrent une reprise, même timide, et souhaitent faire une première proposition que les autorités sanitaires pourront ajuster. «Il est particulièrement injuste que même fermés, nous […] payons encore des impôts alors que nous sommes en état d’asphyxie», dénoncent-ils, faisant cas des «plateformes telles que Netflix qui engrange des centaines de millions de dirhams de recettes au Maroc sans payer aucun impôt […] et que, sous leurs yeux, bien de secteurs ont progressivement repris leurs activités». Dans un entretien accordé à nos confrères de 2M.ma, Pierre François Bernet, fondateur et CEO de Cine Atlas Holding, a souligné que les exploitants de salles de cinéma sollicitent l’application du cahier des charges, dûment cosigné par ces mêmes exploitants des salles et le Centre cinématographique marocain, qui exige, entre autres, le respect des mesures barrières. «Il faut savoir que dans le monde entier, jamais un seul cluster n’a surgi d’une salle de cinéma ouverte durant la pandémie. Mais au-delà de cela, nous sommes prêts à modifier la jauge à 30% au lieu de 50% si cela peut accélérer la réouverture des salles obscures», a-t-il précisé. Pour une reprise saine, les propriétaires des salles au Maroc auront besoin de moyens financiers énormes, pas seulement pour appliquer les nouvelles mesures sanitaires, mais également pour renforcer la communication et attirer le public de nouveau en salles. Même si les accros aux salles de cinéma, au régime depuis des mois, ont hâte de s’y installer de nouveau et profiter des films sur écran géant. «L’ambiance conviviale et de détente qui règne dans les salles me manque terriblement», un sentiment que partage une passionnée du cinéma, qui avait l’habitude de les fréquenter chaque vendredi soir avec sa petite famille. «Je croise mes doigts pour que ça ne demeure pas ainsi et que ça rouvre le plus tôt possible. J’ai envie aussi d’apporter mon soutien au secteur qui a été amplement touché par la crise», a-t-elle ajouté. Mais il faut dire que l’internet et le streaming avaient relégué au second plan l’activité des salles obscures, bien avant la crise sanitaire. Les recettes des salles de cinéma ne cessaient de dégringoler depuis plusieurs années engendrant la fermeture de bon nombre d’entre elles. Selon Hassan Belkady, exploitant de «Cinéma Rif», une des salles de cinéma les plus emblématiques de Casablanca, plantée depuis plus d’un demi-siècle dans le centre-ville, les raisons d’une telle dégringolade sont essentiellement «l’invasion massive des DVD pirates et la détérioration, voire la disparition de plusieurs salles mythiques du Royaume». «En 1980, on comptait 280 salles de cinéma au Maroc. Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’une vingtaine. Bien évidemment, le nombre de spectateurs a aussi très nettement diminué, puisqu’on est passé de 50 à presque 1 million d’entrées par an. Et il faut bien reconnaître qu’il s‘agit là d’un constat affligeant», nous explique Hassan Belkady. Selon plusieurs professionnels, la survie de ces salles historiques passe par une politique publique plus volontariste: baisse des impôts, aides à la modernisation des salles ou encore la mise en place d’une concurrence plus saine… Alors peut-être les Marocains renoueront-ils avec les salles obscures. 

Mehdi Ouassat
Mercredi 19 Mai 2021

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