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Les mille et une petites mains invisibles du travail dangereux

Sur les 247.000 travailleurs mineurs, 162.000 exercent des travaux à risque




Ils sont partout, mais invisibles. Peinant comme domestiques dans les maisons ou derrière les murs des ateliers, ils sont forcés de travailler alors qu’ils devraient être à l’école. Ils le font non pas de plein gré mais par obligation.
Si leur exploitation éhontée est essentiellement due à la pauvreté, elle est aussi la conséquence de normes sociales qui tolèrent leur envoi au charbon, le chômage de leurs parents, les inégalités sociales, la difficulté d’accès aux services sociaux, etc.
Autant de phénomènes que le communiqué rendu public par le Haut-commissariat au plan à l’occasion de la dernière Journée mondiale contre le travail des enfants, a mis en lumière.
S’appuyant sur les données de l’Enquête nationale sur l’emploi, ce document révèle que sur les 7.049.000 enfants âgés de 7 à 17 ans en 2017, 247.000 faisaient non pas leurs devoirs scolaires, mais autre chose. Parmi ces derniers, 162.000 exerçaient des travaux à caractère dangereux, ce qui correspond à un taux d’incidence de 2,3% .
Les enfants astreints à ce type de travail sont à 76,3% ruraux, 81% masculins et à 73% âgés de 15 à 17 ans.
Quatre régions du Royaume abritent 70% des enfants qui exercent ce genre de travail. La région de Casablanca-Settat vient en tête avec 25,3%, suivie de Marrakech-Safi (20,3%), puis Rabat-Salé-Kénitra (12,7%) et enfin la région de Fès-Meknès avec 11,7%.
Par ailleurs, 10,6% des enfants exerçant un travail dangereux sont en cours de scolarisation, 81,4% ont quitté l’école et 8% ne l’ont jamais fréquentée.
Le travail dangereux reste concentré dans certains secteurs économiques et diffère selon le milieu de résidence. En zones rurales, les enfants exerçant un travail dangereux se retrouvent en particulier dans le secteur de l’"agriculture, forêt et pêche" (82,6%). En revanche, en milieu urbain, ils sont concentrés dans les "services" (52,7%) et dans l’"industrie y compris l’artisanat" (32%).
Parmi les secteurs où le niveau d’exposition des enfants à ce risque est le plus élevé figure en particulier, le secteur des BTP avec 92%, suivi de l’"industrie” y compris l’artisanat" (83,7%), les "services" (82,4%) et l’"agriculture, forêt et pêche" (58,6%).
Ce type de travail demeure l’apanage de certains statuts professionnels et diffère selon le milieu de résidence. En milieu rural, 73,3% des enfants exerçant un travail dangereux sont "aides familiales" et 19,6% "salariés". En milieu urbain, 43% des enfants sont "salariés", plus du tiers (34,6%) "apprentis" et 18,8% "aides familiales".
 Alors que l’opinion publique, surtout sensibilisées par les médias au sort des enfants travaillant en entreprise, considère ce travail comme une variable incontournable de la concurrence internationale par l’abaissement des coûts de production, les statistiques montrent ainsi que l’écrasante majorité des enfants sont au travail en milieu rural et dans le secteur informel. Pour ces populations qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté, adultes et enfants confondus, la première question qui se pose n’est pas celle d’une exploitation plus ou moins féroce, mais de survie. Ce qui explique la complicité — ou la solidarité — si répandue entre les enfants, leurs parents et les petits employeurs face aux campagnes contre le travail des enfants.
Il y a donc une relation dialectique entre les politiques économiques néolibérales suivies par notre pays, qui imposent une baisse des investissements dans la fonction publique, l’éducation et les services sociaux, font fleurir une économie de rente peu soucieuse de la redistribution des richesses nationales, et une augmentation du travail des enfants.
Idem aussi pour la politique suivie en matière d’enseignement public qui, vu l’absence d’une vision volontariste et le manque de perspectives et d’horizons professionnels, exerce une double pression incitant les jeunes  à quitter l’école : d’une part, les parents en situation de précarité ne comprennent de moins en moins l’intérêt de la scolarité et de l’autre, l’environnement social immédiat, qui montre que l’école ne sert pas à grand-chose dans la vie, puisque le lien traditionnel entre l’école et le monde du travail n’existe plus.
Que faire donc pour renverser la vapeur ? Difficile de s’avancer, néanmoins,  toute réponse devrait intégrer une dimension que l’expérience et le bon sens enseignent comme certaine : demain, lorsque nos enfants atteindront l’âge de la majorité légale, ils devront être suffisamment préparés à cette guerre sans merci qu’est la lutte pour l’emploi, acquérir les qualifications idoines et avoir la chance de toucher un salaire ou des revenus à même de leur permettre de vivre décemment pour que   la précarité ne jette plus d’enfants dans la géhenne du travail dangereux.

H.T
Mardi 19 Juin 2018

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