Libération




Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Les échecs, une discipline qui fait du surplace




On a pour habitude de dire que le silence est d’or. Cette maxime a trouvé sa parfaite incarnation dans le tournoi d’échec. Un sport singulier. Côté ambiance et contrairement à la majorité des disciplines programmées lors de cette 12ème édition des Jeux africains, c’est le culte du silence qui prévaut. Il était donc plus judicieux pour les spectateurs de laisser les tambours à la maison avant de prendre la direction de l’Hôtel Mogador de Casablanca où se tenait le tournoi du 24 au 28 août (voir résultats sur : https://www.jar2019.ma/calendrier-et-resultats/index.html)  
Sport mental basé sur une concentration maximale et une intelligence hors norme, les échecs font donc l’éloge du silence. Lorsque nous avons fait un tour dans la salle qui accueillait le tournoi, nul autre son ne parvenait à nos oreilles, excepté ceux d’une climatisation en souffrance et des claquements des pendules d’échecs et des pièces du jeu. Des pièces déplacées dans tous les sens par plus d’une centaine de participants issus de 26 pays africains. Un record au niveau du continent, fêtant ainsi les retrouvailles des échecs avec les Jeux africains après plus d’une décennie d’absence. Une sorte de réhabilitation initiée par la Fédération internationale des échecs ayant pour objectif d’inscrire à terme la discipline au programme des Jeux olympiques.
Mustapha Amazzal en est fier. Le président de la Fédération Royale marocaine des échecs s’est dit satisfait et fonde de grands espoirs sur l’éventualité que ce sport fasse partie de la famille olympique. Il a justement profité des Jeux africains en vue de développer les compétences marocaines en matière de formation puisqu’il nous a indiqué qu’une session de formation a été organisée en faveur des entraîneurs nationaux, avec à la clé un diplôme décerné par la Fédération internationale.  
Jusqu’à maintenant, on vous a exposé la moitié pleine du verre. Passons à l’autre moitié, vide et peu reluisante. Et les résultats mitigés des compétiteurs marocains peuvent en attester. A commencer par Firdaous Mayar Idrissi. Initiée dès son plus jeune âge aux jeux d’échecs par son père, Firdaous a fait preuve d’une précocité hors norme en participant aux championnats du Maroc à environ 12 ans. Entre 2013 et 2015, elle a raflé quasiment tous les titres nationaux en individuel et par équipes, ainsi que deux médailles (argent et bronze) aux championnats arabes organisés en Egypte. Tout ça pour dire que les champions à fort potentiel existent dans le pays, même si le reste ne suit pas. « Cela fait plus de trois ans que le championnat est à l’arrêt », regrette Firdaous. Et d’ajouter amèrement : «C’est la raison pour laquelle nous avons eu du mal à nous étalonner sur le niveau des autres participants et notamment les Egyptiens qui étaient mieux préparés que nous qui manquions d’entraînement et de compétition. Ils s’entraînent des fois jusqu’à 7 heures par jour et aujourd’hui, ils font partie du gratin mondial de la discipline ».
Comme quoi, il n’y a pas de secret. Le chemin de la réussite est tout tracé, encore faut-il l’emprunter. Ce qui est loin d’être le cas au Maroc où le championnat est gelé depuis plus de trois ans tout comme les activités de l’instance censée le guider vers l’excellence. « Les activités de la fédération sont gelées depuis 2017 », nous explique Mustapha Amazzal. Et la raison avancée n’est autre qu’une guerre intestine. « Je regrette cette situation qui aurait pu être évitée. D’autant plus qu’elle est née de conflits personnels et de guerres intestines au niveau de la gouvernance. Et depuis, toutes les activités organisées sont initiées par le président de la Fédération, afin que le Maroc continue d’être une place forte sur l’échiquier continental et mondial, car les premiers à souffrir de cette situation sont justement les licenciés de notre fédération ».
Cela dit, il y a de l’espoir. Il est personnifié par la fascination que vouent de plus en plus d’adolescents à cette discipline peu commune. Au sein de la Chess Academy où elle occupe un rôle de coach, Firdaous Mayar Idrissi est ravie : « Il y a de plus en plus d’adhérents et un grand engouement populaire, émanant à la fois des parents et des enfants ». En effet, les joueurs d’échecs affiliés à la fédération sont au nombre de 5000. Ce chiffre pourrait être amené à doubler avec des instances pacifiées et dont les membres poussent tous dans le même sens. Et pourquoi pas un jour devenir comme la Norvège, ce pays scandinave où les échecs se jouent à l’école, dans le métro, à la maison ou dans les clubs.

Chady Chaabi
Samedi 31 Août 2019

Lu 1977 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Dans la même rubrique :
< >

Jeudi 17 Septembre 2020 - 18:00 Enfin, un carton plein du Wydad

Jeudi 17 Septembre 2020 - 17:55 Pirlo au banc d'essai à la Juventus