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Les eaux usées en rajoutent à la psychose du Covid-19

Recommandations préventives et inspirées des autorités




Les eaux usées en rajoutent à la psychose du Covid-19
La part d’inconnu du coronavirus s’épaissit. En plus des nombreux doutes sur une infection par l’air via des aérosols, une nouvelle ombre s’ajoute au tableau du SARS-CoV-2, responsable de la maladie du Covid-19. «Des études menées dans plusieurs pays ont démontré la possibilité de présence de traces du génome du coronavirus dans les eaux usées issues des selles des personnes atteintes», alerte le ministère de l’Intérieur par le biais d’un courrier adressé aux walis et gouverneurs, tout en rappelant la règle :« Aucune eau usée ne peut être utilisée si elle n'a pas été
préalablement reconnue épurée et conforme à la norme ». Norme fixée par les dispositions législatives et réglementaires en vigueur, en l’occurrence la loi 36-15 sur l'eau, le décret n°2-97-875 du 6 Chaoual 1418 (4 février 1998) relatif à l'utilisation des eaux usées et l'arrêté n°1276-01 du 10 Chaabane 1423 (17 octobre 2002).
 
Le ministère de l’Intérieur adopte clairement une posture de précaution. D’autant que les études précitées dans ledit courrier n’établissent pas formellement le principe d’infection par les eaux usées. En effet, si aux Pays-Bas, aux Etats-Unis, en Espagne ou encore en France, des chercheurs ont détecté des traces du virus dans des réseaux d’eaux usées, le comportement du coronavirus dans l’eau n’en demeure pas moins épineux. Membre de l’Académie des technologies, considérée comme une cousine de l’Académie des sciences, Bernard Saunier tente de déminer la situation au site 20minutes.fr : « On sait que pour l’eau potable, le risque est quasi-nul, tant les traitements habituels sont efficaces contre ce type de virus ». Mais quid des eaux usées ?
 
550 millions de m3 par an d’eaux usées
 
A l’instar de nombreux pays dans le monde, les eaux usées offrent au Maroc une solution alternative tant la pression subie par l’eau douce s’accentue sans arrêt, notamment à cause des épisodes de sécheresse répétés. Dans le pays, la réutilisation des eaux usées est destinée à l’industrie, particulièrement le lavage de phosphates, mais aussi à l’irrigation des golfs. Au total, on compte 550 millions de m3 par an d’eaux usées, dont 45% sont traités grâce à 117 stations d’épuration. Mais uniquement 20% du volume sont réutilisés via 24 projets sans pour autant que l’agriculture y soit privilégiée. La complexité des normes n’est pas étrangère à cet état de fait. Autrement dit, ce n’est pas demain que l’on risque de retrouver des génomes du coronavirus dans nos légumes. Et encore moins dans l’eau potable. Mais d’autres problématiques demeurent. Comme la sécurité et la protection des agents des stations d’épuration.
 
Pour Christophe Gantzer, professeur au LCPME, un laboratoire de l’Université de Lorraine et du CNRS où il consacre ses journées à étudier le comportement des virus dans l’environnement, la question n’est pas tant de savoir s’il y a des traces du virus dans les eaux usées mais plutôt d’en déterminer les conséquences. « Qu’on puisse trouver du génome de SARS-CoV-2 dans les eaux usées n’est plus discuté aujourd’hui », tranche-t-il. Puis d’ajouter : « Ce qui l’est, en revanche, c’est de savoir si c’est un problème ou non ». Rien de bien pertinent, vous me direz. Pas faux. Même s’il faut prendre en compte la tâche ardue des scientifiques face à un virus qui leur était inconnu jusqu’ici. Cela dit, le professeur Christophe Gantzer tient à expliquer l’origine de ces zones d’ombre.
 
Une infectiosité en doute
 
D’abord, il faut savoir que le génome n’est qu’une infime partie du coronavirus. « Si on trouve du génome viral chez un patient à travers le test de diagnostic PCR, il n’y a pas de doute possible : la personne est contaminée », explique-t-il avant d’ajouter : « En revanche, dans l’environnement, le virus est en contact avec des éléments qui peuvent l’inactiver, et on ne sait pas si le génome détecté provient d’un virus infectieux ou non ». Bref, pour faire court, des traces du virus ont bel et bien été détectées dans les eaux usées, à Paris ou à Amsterdam, comme révélé début avril par des chercheurs du Centre de contrôle des maladies infectieuses des Pays-Bas dans une correspondance publiée dans les colonnes de la revue scientifique médicale britannique « The Lancet ». Mais pour affirmer que le virus y est toujours infectieux, il y a un pas de géant qu’aucun scientifique n’ose ou ne peut franchir pour l’instant.
 
Par le passé, d’autres virus ont dévoilé leurs degrés de persistance dans l’eau. « On connaît mieux ce point sur certains virus de gastro-entérite, qu’on qualifie de très résistants dans l’eau », avance le professeur Christophe Gantzer à l’AFP. « Mais avec certains virus de gastro-entérite dans une eau stérile et à une température de 20°C, vous perdrez 80 % de la population initiale de ce virus tous les dix à quinze jours. Cet ordre de grandeur est à prendre avec des pincettes, puisque dans l’environnement naturel, le virus trouve normalement des conditions bien plus dégradées », explique-t-il.
 
Donc si l’on a bien compris, il n’y a quasiment aucune crainte à avoir de ce point de vue là. Qui plus est à la lumière de la fragilité des coronavirus. En effet, leur particularité est d’avoir une enveloppe supplémentaire qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les rend plus fragiles et en conséquence moins résistants. Mais à l’heure actuelle, les scientifiques sont incapables de savoir au bout de combien de temps précisément. Encore un plafond de verre dans le portrait du SARS-CoV-2.   
 
Un outil de surveillance de l’épidémie
 
Aussi étonnant que cela puisse paraître, il se pourrait que la présence du nouveau coronavirus dans les eaux usées ne soit finalement pas aussi dramatique. Les prélèvements opérés par les scientifiques peuvent être utiles. L’intérêt serait de prévoir et d’anticiper une hypothétique nouvelle vague à laquelle plusieurs scientifiques n’y croit pas, à l’image du professeur Didier Raoult (voir notre édition du 30 avril 2020).
 
Parmi les conclusions d’une étude menée sur la base d’échantillons recueillis régulièrement entre le 5 mars et le 7 avril par le laboratoire de la régie municipale Eau de Paris, en collaboration avec Sorbonne Université et l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA), les scientifiques ont noté que l’augmentation « des unités de génome » dans les eaux usées « suit avec précision l’augmentation du nombre de morts ». D’où l’intérêt de se doter d’un outil de surveillance de l’épidémie en scrutant les eaux usées. Pas bête comme idée. Par contre, il y a un bémol de taille. Ces résultats n’ont pas encore été validés par d’autres scientifiques. Mais c’est une piste à ne pas négliger. C’est la raison pour laquelle dans le Vieux Continent, particulièrement en France, on plaide pour la création d’un réseau Sentinelle national de surveillance des eaux usées. Vincent Maréchal, virologue à Sorbonne Université, assure à l’AFP qu’un tel outil « pourrait même permettre d’anticiper une deuxième vague d’épidémie et ainsi gagner du temps dans la mise en place des mesures barrières. »

​Le pic épidémique est en approche

​Hier à 10 h du matin, le ministère de la Santé a annoncé l’apparition de 163 nouveaux cas d’infection au Covid-19 en 24h portant le total des personnes infectées à 5.382. Un décès est également à déplorer pour un bilan de 182 morts. La bonne nouvelle est à trouver du côté des rémissions, puisque 131 nouvelles guérisons ont été confirmées. Au total 1.969 Marocains et Marocaines ont échappé aux griffes du Covid-19 grâce à leur courage mais aussi au dévouement du corps médical.
 
Il ne vous aura pas échappé que le nombre de cas est à la hausse. Car avant les 163 cas recensés, il y en a eu 166 avant hier à 16h. Cette tendance haussière est également corroborée par le taux de reproduction de base (R0). Selon un modèle américain, le R0 serait monté à 1,85, après être redescendu sous le 1 en début de semaine dernière et de grimper en flèche samedi dernier (voir notre édition du 30 avril).
 
« Rien de bien inquiétant », selon le docteur Driss El Habchi, responsable du service de chimie et toxicologie à l’Institut Pasteur de Casablanca : « L’augmentation du nombre de cas est due à l’augmentation des tests. Ils ont été doublés quotidiennement ». Pour le coup, difficile de savoir avec certitude si c’est inquiétant ou non. Enfin si, un peu quand même. Car cela revient à dire qu’en l’absence d’un dépistage massif, les autorités sanitaires naviguent à vue. Et le nombre de cas risque d’augmenter encore plus selon la capacité des autorités à organiser une plus grande campagne de dépistage. Pour rappel, le Maroc a effectué 52.100 tests dont 46.718 se sont avérés négatifs. Un faible total comparé à d’autres pays dans le monde.
 
Autre élément important, pour le docteur El Habchi. « Le Maroc pourrait connaître cette semaine le pic épidémique », relate-t-il sur sa page Facebook où un graphique représentant une courbe épidémique prévisionnelle appuie ses propos. Des propos qui se veulent rassurants et résolument tournés vers l’optimisme. Pour preuve, le Dr. El Habchi estime que la date du déconfinement est réaliste par rapport à l’évolution de l’épidémie. Espérons que l’avenir lui donnera raison. 

Chady Chaabi
Jeudi 7 Mai 2020

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