Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Les bénévoles créateurs de mondes Journée mondiale du volontariat




Un monde créé est celui qui commence par un chemin pris par un individu qui donne du temps, de l’énergie, de la pensée et des soins sans attendre de retour matériel quelconque, aux personnes qui aspirent à un véritable changement. Le bénévole qui donne de sa personne peut commencer ce voyage avec une grande angoisse face à l’inconnu, mais fort d’une croyance inébranlable en l’infiniment possible, et même avec l’aliénation pure et simple du peuple pour en tirer profit. Celui qui donne de soi sans attendre de recevoir en retour peut commencer un dialogue avec lui-même et se demander : « Pourquoi je suis là ? », « Qu’est-ce que je peux faire qui compte vraiment ? », et « Dois-je faire ceci et en même temps sentir le froid, la fatigue, la faim ou encore la solitude ? ».
 Le temps qui passe, la persistance et la fidélité à l’idéal du service envers les autres amènent les gens à se familiariser avec les bénévoles. Des histoires de joie et de souffrance sont parfois partagées, des rêves et des peurs peuvent être exprimés, et la confiance des gens émerge alors de leurs observations du bénévole au fil des situations et des contextes pour qu’enfin, cette acceptation par le peuple ouvre une voie à la création.
L’ouverture de cette nouvelle voie du développement n’obéit à aucun calendrier prédéfini. Les facteurs sociaux et environnementaux qui sont compris, qui pourraient prendre toute une vie pour s’identifier précisément, ou qui sont souvent incontrôlables, dépendent du rythme auquel le service d’un bénévole obtiendra le soutien de la communauté. À un certain point, cependant, le bénévole atteindra un cap lorsque la communauté lui fera passer un test non reconnu et informel, qui, s’il le réussit, se traduira par la disposition aux membres de la communauté à répondre présent aux réunions qu’il (le bénévole) organisera. À l’heure actuelle, il existe des méthodes – aux moult appellations dont les suivantes : participatives, recherche-action, gestion communautaire – qui aident les participants locaux à évaluer leurs besoins prioritaires et les choix des projets viables.
Le bénévole joue un rôle clé dans le lancement de ce processus analytique entrepris par la communauté. Celui qui contribue au changement durable local aide à coordonner le moment et l’endroit appropriés pour que les gens se rencontrent. Le bénévole œuvre afin de faire en sorte que toutes les personnes – femmes et hommes, propriétaires et sans-abri, jeunes et retraités, tous et chacun – participent à la conversation sur les premières initiatives et les suivantes qu’ils créent. Le bénévole partage des informations sur des partenaires potentiels publics et civils, locaux et distants, pour un projet de développement donné. Il organise les données de la communauté, cherche des synergies, rédige des propositions, identifie les financements et renforce les capacités des personnes afin qu’elles puissent mener à bien ce processus de changement par elles-mêmes.
Quel est exactement le nouveau monde créé à partir de cette expérience en pleine évolution ? Un chemin habilité pris par le peuple ; une découverte d’un avenir beaucoup plus épanouissant que le futur antérieur tel qu’imaginé jusqu’alors ; des relations nouvelles et enrichies dérivées d’une estime de soi nouvelle et enrichie ; et un monde nouveau tiré des moyens de subsistance issus de la propre production réalisée en collaboration avec les autres. Au Maroc, – où j’ai donné de ma personne comme membre du Corps de la paix et en tant que bénévole de la société civile et ensuite soutenu les autres dans leurs dons – cela signifie la guérison des femmes et les recours légaux contre les abus, l’eau potable dans les écoles et les déserts, des volontaires facilitant le changement et maintenant employés pour accomplir le changement, et des personnes, qu’elles soient musulmanes, chrétiennes ou juives, reconstituant ensemble leurs emplacements sacrés comme stratégie pour la réduction/l’allègement de la pauvreté. Tout cela implique un plaidoyer en faveur de programmes et de politiques à tous les niveaux pour faire progresser le développement durable que la nation a imaginé pour elle-même. Cela signifie des conséquences que nous pouvons mesurer, et des conséquences générationnelles qui n’ont pas encore pénétré notre imagination.
Pour de nombreux bénévoles, ils n’auront peut-être pas à tracer cette voie difficile de départ vers de nouveaux mondes, cette route sinueuse parsemée de doutes, d’incompréhensions et même de risques. Ils peuvent à la place trouver un moyen d’aider les autres pour progresser dans une voie de développement vers la transformation, ou peut-être même évaluer les changements tangibles en matière d’autonomisation qui auront été générés par de nouveaux projets.
En somme, il y a aussi des nouveaux mondes formés pour et par cette épopée altruiste des volontaires. Ils peuvent être initiés à une profession qui offre la merveilleuse flexibilité qui permet de promouvoir la croissance personnelle des gens. Leurs études peuvent prendre une orientation vers l’action, qui reconnaît qu’expliquer un problème social sans en améliorer la situation ne permet pas de parachever la conception de la recherche. Ils se déplacent d’une manière nouvelle et inédite, rencontrent des gens, établissent des relations et forment des communautés jamais projetées auparavant. Ils se découvrent davantage eux-mêmes, s’apprécient plus eux-mêmes et aiment plus les autres, et trouvent une signification supérieure qu’une réalité dure ne peut pas emporter. Ils se remplissent des histoires des gens, et peuvent avec le temps et l’accumulation des récits, parler au nom des marginalisés.
Les défenseurs de l’inclusion du service dans les écoles et sur le lieu de travail nous rappellent que nous sommes trois fois plus susceptibles de faire du bénévolat si on nous le demande. Avec la Journée internationale du bénévolat du 5 décembre qui mobilise des milliers de bénévoles, joignez-vous à ce refrain et à cette énergie qui forgeront des mondes meilleurs qui reflètent nos dons de nous-mêmes et les projets durables qui sont à portée de main.


 * sociologue et président
de la Fondation du Haut Atlas.

Par Yossef Ben-Meir
Mardi 5 Décembre 2017

Lu 1090 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Actualité | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | TV en direct | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito









Votre navigateur ne supporte pas le format iframe
Votre programme TV avec Télé-Loisirs